Bilan

Boris Collardi, l'homme Business 2013

Bilan LUXE a élu le jeune CEO de la banque Julius Baer "Homme de l'année 2013" dans la catégorie Business. Rencontre.
Crédits: Photo: Sébastien Agnetti / Maquillage et coiffure : Delfina De Giorgi / Assistant photo : Sandrine Gutierrez

Ni aristocrate ni descendant d’une famille de banquiers, le Vaudois accédait pourtant en 2009 au poste suprême d’une des plus grandes banques privées helvétiques, à seulement 34 ans. Il est alors le plus jeune directeur général nommé à la tête d’une société cotée au SMI. Il y a un an, Boris Collardi réussissait à donner une dimension mondiale à la banque familiale zurichoise Julius Baer, grâce au rachat des affaires de gestion de fortune de Merrill Lynch (hors USA et Japon).

Le 1er mai 2009, vous étiez nommé CEO d’une des plus grandes banques privées helvétiques, à seulement 34 ans. Qu’est-ce que vous avez ressenti à ce moment-là ?

Ma première réaction fut la surprise. Que le conseil d’administration choisisse un Romand, très jeune, et dont le cursus universitaire n’était pas estampillé Saint-Gall était très étonnant. J’ai mis quelques mois à me rendre compte que j’avais été nommé à ce poste. La fierté est venue une fois que j’avais réalisé la situation.

Est-ce que votre jeunesse a été un atout ou un handicap lors de votre nomination ?

Ma jeunesse n’a jamais été un handicap, car mon entourage m’a toujours jugé sur mes compétences. Personnellement, je vois ma jeunesse plutôt comme un atout. Je peux compter sur une belle énergie et une capacité de récupération rapide, notamment lors des nombreux voyages.

Ensuite, le secteur bancaire vit une phase de changements extrêmes où les vieilles recettes ne fonctionnent plus. Il faut trouver de nouvelles solutions aux nouveaux problèmes. Notre industrie vit une véritable révolution marquée par de nombreux risques, mais également de grandes opportunités à prendre. Mon jeune âge m’offre un horizon d’investissement plus long et une dose de courage plus importante que si j’étais à deux ans de la retraite.

Julius Baer mène une politique d’expansion depuis 2005, avec l’acquisition de Ferrier Lullin, Banca di Lugano, Ehinger & Armand von Ernst et le gérant de fonds GAM Holding. A l’époque, vous étiez déjà en charge de leur intégration. En 2010, vous rachetez les affaires suisses de la banque néerlandaise ING. En 2012, vous avez repris les activités de gestion de fortune (hors USA) de Merrill Lynch. Est-ce que vous cherchez encore à vous agrandir ?

A court terme, nous digérons l’acquisition de Merrill Lynch. Elle va nous permettre d’avoir une taille critique et une vraie diversification pour le futur. Toutefois, nous n’excluons aucune bonne opportunité si celle-ci devait se présenter.

Avec la fin du secret bancaire, le monde bancaire helvétique vit un nouveau paradigme. Comment avez-vous changé votre modèle d’affaires ? Et comment voyez-vous l’avenir de la place financière suisse ?

Le modèle d’affaires est plus ou moins le même, par contre les standards réglementaires ont changé et Julius Baer a très rapidement pris les devants pour s’y conformer.

Nous essayons même d’anticiper les futurs développements. Je suis personnellement extrêmement positif quant à l’avenir de la place financière suisse et j’encourage mes collègues d’autres établissements bancaires à se réinventer. Montrons que la place financière suisse est bel et bien une référence mondiale.

Le premier semestre 2013 a dépassé les attentes pour Julius Baer et vous avez même gagné des parts de marché dans la gestion onshore en Allemagne. Comment expliquez-vous ce succès ?

Il est vrai que le premier semestre s’est inscrit dans un contexte de marché positif (l’action Julius Baer a pris 37%). Malgré notre processus d’intégration, nous gardons une priorité essentielle sur notre clientèle et nous restons concentrés sur les marchés. Ensuite, nous récoltons les fruits de notre stratégie basée sur la gestion privée qui reste inchangée depuis de nombreuses années.

Notre management est fidèle et je vois personnellement des clients tous les jours qui me donnent un feed-back sur ce qu’il y a à améliorer au sein de notre banque.

Julius Baer a vécu pas mal de turbulences depuis quelques années, comme le vol de données par des collaborateurs, les menaces de sanctions américaines, la suppression de près de 1000 emplois suite au rachat de Merrill Lynch. Plus récemment, le refus des actionnaires de vous verser un salaire de 6,7 millions de francs. Comment faites-vous pour gérer toutes ces situations ?

En effet, l’image caricaturale du banquier qui se lève à 9 heures, déjeune pendant deux heures avec un client et rentre chez lui à 17 heures n’existe plus. Depuis quelques années, la gestion de fortune s’est extrêmement professionnalisée, et il y a beaucoup de situations difficiles à gérer au quotidien. Aujourd’hui, les établissements ont trois objectifs principaux. Premièrement, il faut régler le passé. Je suis personnellement pour une transparence claire et absolue.

Deuxièmement, nous devons prendre plus de mesures de sécurité quant aux risques de vol de données. Et troisièmement, il faut anticiper le futur. Ma philosophie, c’est qu’il y a toujours une solution. Et je m’entoure toujours de mes collaborateurs pour prendre une décision.

Vous avez aussi connu le drame de la disparition de l’ancien patron de Julius Baer Alex Widmer en 2009. Plus récemment, c’est Carsten Schloter, de Swisscom, qui s’est suicidé. Est-ce qu’être CEO d’une grande entreprise est un poste à risque, en termes de pression, de stress et d’attentes ?

C’est clair qu’un CEO ne peut presque jamais se reposer, car il doit répondre en permanence aux demandes, que ce soit des actionnaires, du conseil d’administration, des collaborateurs ou encore des clients.

Il peut dès lors très rapidement se trouver en situation de burnout. De mon côté, je suis assez détendu, car je sais qu’il s’agit juste d’une fonction et que cela peut changer du jour au lendemain. Et ma vie ne changera pas si un jour tout s’arrête.

Quel est votre meilleur moyen pour prendre du recul ?

J’ai malheureusement très peu de temps libre. Comme vous le savez je suis marié et je n’ai pas d’enfants, ce qui me permet d’avoir une certaine flexibilité. Ainsi, je voyage en moyenne 2 ou 3 fois par semaine. Donc les rares moments où je suis à la maison avec mon épouse sont très privilégiés. 

Chantal Mathez

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