Bilan

Bordeaux: misez sur des vins peu connus

Les grandes étiquettes de la région bordelaise sont devenues quasiment inaccessibles. Des domaines de petite notoriété plus abordables méritent qu’on s’y intéresse.

Le critique Jean-Marc Quarin souligne la qualité de vins plus confidentiels.

Crédits: Patrick Cronenberger

Bordeaux a accueilli des experts et des dégustateurs de vins venus du monde entier durant les primeurs 2018 début avril. Résultat: les grands crus classés sont devenus inabordables et il faut s’intéresser dorénavant à des crus plus confidentiels. C’est l’avis en tout cas de Bruno Gueuning , directeur de B&S Wine, qui s’est régalé avec des crus raisonnables dans la région viticole la plus emblématique du monde. «Je ne suis même pas allé visiter les premiers et seconds crus, explique le marchand de vin. Non seulement il ne faut pas prendre les consommateurs pour des pigeons, mais les revendeurs ne gagnent plus rien avec les grands vins.»

Le distributeur de bordeaux en Suisse propose désormais, dans son assortiment, un choix de vins à des prix inférieurs à 30 francs la bouteille tels que le Château Godeau (Saint-Emilion Grand Cru) ou encore Château Lilian Ladouys (Saint-Estèphe) et Château du Retout (Haut-Médoc). «J’ai même dégusté du Quinault L’Enclos, petite propriété achetée par Cheval Blanc il y a une dizaine d’années
qui est d’anthologie et dont le prix se situe autour des 35 francs.» 

Même avis venant de Jean-Marc Quarin, critique indépendant des vins de Bordeaux: «J’ai déclassé Château Pavie car je considérais qu’il n’était pas à la hauteur au niveau du goût pour un cru porté au sommet de la hiérarchie de Saint-Emilion.» Le Français recommande aussi de s’intéresser aux plus petites étiquettes. Parmi les «outsiders», ces vins dont le goût est supérieur à ce que l’étiquette laisse paraître, il suggère A nos Amours du Château Lafont Fourcat (Bordeaux Supérieur) ou encore Le Clos Manou (Médoc), qui dépasseraient, selon lui, les appellations surcotées, en réputation néanmoins. Jean-Marc Quarin organise depuis quatre ans un événement en Suisse (Les Rencontres de JM Quarin à Lausanne) consacré aux vins de Bordeaux plus confidentiels (voir encadré ci-dessous). 

Bon rapport qualité-prix

Le critique suisse Yves Beck tempère toutefois: «Il est indéniable que certains grands vins bordelais sont devenus inabordables pour le commun des mortels, mais ils ne représentent qu’une infime minorité de la production bordelaise. Il faut rappeler que parmi les 50 vins les plus onéreux du monde, on compte cinq vins de Bordeaux (Ausone, Lafite, Lafleur, Petrus et Liber Pater), le reste étant largement dominé par la Bourgogne.» Yves Beck considère par ailleurs que le bordeaux se positionne très bien d’un point de vue rapport qualité-prix dans la plage située entre 15 et 30 francs. Il suggère des vins «délicieux» à moins de 30 francs disponibles sur le marché suisse, tels que Château Le Reysse 2015 (Médoc) au prix de 19 fr. 50 ou encore Château Charmail 2015 (Haut-Médoc) au prix de 21 fr. 50.

Les seconds vins, un bon plan?

Et qu’en est-il des seconds vins de «Grandes Etiquettes», souvent bien plus abordables financièrement? Acquérir des seconds vins de grands châteaux (Forts de Latour, Petit Mouton, Pavillon Rouge de Margaux) ne serait pas un bon plan, selon Yves Beck. «Ils sont bien trop onéreux, surtout d’un point de vue rapport qualité-prix. N’oublions pas que bien souvent, les deuxièmes vins sont le résultat de ce qui n’a pas répondu aux sélections nécessaires pour être dans le premier vin. Payer plus de 100 francs pour de tels vins est un non-sens.» 

Même avis de Bruno Gueuning: «Les Châteaux capitalisent souvent sur leur marque. Si un jus est délicieux, pourquoi le mettraient-ils dans leur second vin?» Or, un plus petit domaine moins connu fera des efforts considérables pour être le mieux noté possible et le mieux perçu par les consommateurs et déclassera souvent les cuves qui ne sont pas à la hauteur de ses ambitions», conclut le commerçant.  


Rendez-vous le 24 mai

Le 24 mai au Beau-Rivage Palace à Lausanne aura lieu la 4e édition des Rencontres de Jean-Marc Quarin qui réunit une trentaine de crus dans trois millésimes, 2015, 2016 et 2018, tous présentés par leurs vinificateurs. Même si la plupart sont des crus confidentiels, le salon organise également deux verticales, de Château Ausone et de Château Smith Haut Lafitte. Réservations sur
www.lesrencontresquarin.com.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

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Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l’Université de Genève. Elle débute sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Journaliste depuis 2010 pour le magazine Bilan, elle est spécialisée dans les PME. En grande amatrice de vins et gastronomie, elle est également responsable du supplément Au fil du goût encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal contribue par ailleurs régulièrement aux suppléments Luxe et Immo Luxe de Bilan.

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