Bilan

Blockchain, la plus précieuse des ressources

De l’ingénieur au développeur, en passant par le consultant juridique ou le chef de projet, les profils formés à la blockchain sont toujours plus recherchés par l’industrie du luxe. Leur mission? Améliorer l’expérience client grâce à de nouveaux services digitalisés.

Ces prochains mois, de nouveaux services liés à la blockchain devraient voir le jour chez Vacheron Constantin.

Crédits: Dr

« Un candidat qui dispose de solides connaissances blockchain se voit proposer quinze offres d’emploi par semaine avec un salaire à six chiffres » Marc*, chasseur de têtes pour de grands noms de l’horlogerie

Dans son classement 2020 des compétences les plus recherchées par les entreprises, LinkedIn place la blockchain en première position. Elle devance le cloud, le raisonnement analytique et l’intelligence artificielle. Le secteur du luxe n’échappe pas à cette tendance. Depuis quelques mois, il recrute activement les talents qui maîtrisent cette nouvelle technologie. Ce qui n’étonne pas Vincent Pignon, CEO de Wecan Group et expert blockchain : « Les marques de luxe ont besoin d’innover et il est souvent difficile, long et coûteux de le faire sur le produit. Donc elles misent sur la blockchain. Cela permet de garantir l’authenticité, lutter contre la fraude et les contrefaçons, suivre la chaîne de valeur et, ainsi, avoir des informations sur le marché secondaire. »

Salaire à six chiffres

Conséquence directe de cet engouement : la demande pour les spécialistes de la blockchain explose depuis quelques mois. Parmi les profils les plus recherchés, on retrouve les ingénieurs qui pilotent la création et le déploiement de ces solutions, les développeurs, les chefs de projet, les consultants juridiques et les designers. Une tendance amenée à croître selon Marc*, un chasseur de têtes qui travaille en toute discrétion pour de grands noms de l’horlogerie : « Un candidat qui dispose de solides compétences se voit proposer quinze offres d’emploi par semaine avec un salaire à six chiffres. Certains ont même dû supprimer leur profil LinkedIn car ils croulaient sous les sollicitations. L’industrie du luxe s’arrache ces talents et ce n’est que le début ! »

Gain de temps

Pour chaque marque, le challenge est de taille. Il consiste à démontrer ses capacités d’innovation en utilisant au maximum les fonctionnalités offertes par la blockchain. Les mastodontes du luxe l’ont bien compris. Kering vient d’adopter cette technologie pour garantir la valeur et la qualité des montres Ulysse Nardin. Le groupe Richemont a déjà franchi le pas en juin dernier pour certains modèles de sa marque Vacheron Constantin (lire encadré). Quant au géant LVMH, il s’est également laissé séduire comme le confirme sa porte-parole Aurore Borderie : « Nous utilisons principalement la blockchain pour la traçabilité et la preuve d’authenticité, tout au long du cycle de vie du produit. L’objectif principal est de sécuriser l’approvisionnement en matières premières et composants par les marques de luxe. Un autre objectif est de lutter contre la contrefaçon. »

Nouveaux usages

Dans un avenir proche, les nouvelles fonctionnalités devraient se multiplier selon Emmanuelle Collet, cofondatrice de la startup Arianee : « La blockchain crée surtout de nouveaux usages. Elle augmente les possibilités de revente des biens de luxe et la location de ces produits. D’autres services sont en train de voir le jour comme la possibilité d’assurer son bien directement dans le certificat ou encore de le déclarer perdu ou volé. » Autrement dit, le principal intérêt pour les marques est de pouvoir s’appuyer sur la blockchain afin de conquérir le marché du luxe d’occasion. Un enjeu devenu stratégique. Selon la dernière étude réalisée par le Boston Consulting Group et Vestiaire Collective, ce marché représentera
36 milliards de dollars en 2021. Quand on sait qu’il ne s’élevait qu’à 25 milliards en 2018, on comprend aisément le levier de croissance qu’il représente pour le secteur du luxe…

* Nom connu de la rédaction


Manque de profils qualifiés

Alors que l’expertise en matière de blockchain est toujours plus demandée par l’industrie du luxe, les employés formés à cette technologie restent trop peu nombreux. Ce que confirme Guillaume Boilot, directeur des opérations chez Vacheron Constantin : « Les profils recherchés sont encore très rares. Plusieurs membres de nos équipes ont dû suivre des cursus afin de se former à cette technologie encore émergente. » Pour Vincent Pignon, CEO de Wecan Group, il est urgent de former de nouveaux talents : « Nous sommes dans une phase croissante de l’adoption de cette technologie et la pénurie devrait se manifester d’ici deux à trois ans si les formations ne se développent pas.» En Suisse romande, les deux principaux cursus sont basés à Genève. A l’Université de Genève pour les futurs développeurs et au sein de l’école CREA pour les responsables de projet.


Vacheron Constantin tire un bilan positif

Chez Vacheron Constantin, l’intérêt pour la blockchain ne date pas d’hier comme se plaît à le rappeler Guillaume Boilot, directeur des opérations au sein de la manufacture horlogère : « Depuis trois ans, nous avons lancé plusieurs initiatives pour évaluer cette technologie et les bénéfices que nos clients pourraient en retirer. Il en ressort de nombreux éléments positifs nous poussant à poursuivre cet apprentissage et ce déploiement. » Lancée en juin de l’année dernière en partenariat avec Arianee, la première application concrète est la digitalisation des certificats d’authenticité de certaines montres vintage de la marque. Ces derniers sont désormais infalsifiables et non copiables. Outre la possibilité de lutter contre la contrefaçon et d’assurer aux montres une traçabilité dans le temps, cette innovation permet d’intégrer d’autres éléments au certificat, tels qu’un historique de la pièce concernée et des informations sur la collection et la marque. Guillaume Boilot ne compte cependant pas s’arrêter là: « D’autres applications pourraient voir le jour ces prochains mois. Par exemple, un carnet de bord du produit avec son histoire, un lien avec la certification Poinçon de Genève, ainsi que de nouveaux services. Le spectre est large. »

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