Bilan

Black Tie

Quand une invitation spécifie «black tie» ou «cravate noire», l’homme porte le smoking. L’élégance classique et stricte du noir-blanc autorise désormais une grande diversité en matière de coupes et de tissus.
  • Interprétations contemporaines du smoking avec cravate par Ermenegildo Zegna Crédits: Dr
  • Interprétations contemporaines du smoking avec cravate par Armani. Crédits: Dr
  • Clive Owen Crédits: Dr
  • Matt Damon Crédits: Dr

Les caricaturistes ont toujours eu la vie facile: les militaires portent l’uniforme, les nobles, le frac, et les capitalistes, le smoking. Or le manuel de l’élégance masculine prescrit: «Le smoking est l’habit de soirée de l’homme.» Pour l’écrivain Thomas Mann, la journée se divisait même en deux parties: l’avant et l’après-smoking.

Le «frac sans queue», une désignation pas tout à fait correcte pour le smoking mentionné pour la première fois en Angleterre en 1894, était une jaquette confortablement coupée, souvent de velours et de brocart, que les messieurs portaient quand ils étaient entre eux, au salon de jeu, aux soirées du club ou au fumoir.

On appréciera également l’usage selon lequel, quand les hommes sortaient du fumoir, ils changeaient de jaquette – le smoking, justement – pour éviter que l’odeur du tabac n’indispose les dames. Mais comme en Angleterre tout est différent, le smoking s’appelle là-bas «dinner jacket».

Pour compléter la polyvalence des tenues du soir masculines, il faut encore mentionner que le frac raccourci s’appelle «correct cut» et, dans sa forme plus courte actuelle, c’est un spencer. En Allemagne, pour les manifestations organisées par l’Etat, on porte également le frac mi-long et rayé sombre, dit aussi «Stresemann».

En attendant, le lieu de naissance effectif du smoking serait le Tuxedo Country Club, au sud-ouest de New York. C’est là qu’à l’occasion du bal de l’automne du 10 octobre 1886 on aurait vu pour la première fois Griswold Lorillard, sportif et héritier d’un empire du tabac, porter une jaquette écarlate aux revers de soie.

C’est de là que vient l’appellation américaine de «tuxedo» ou «tux». Une anecdote court à propos du milliardaire américain Benjamin Guggenheim: pour être convenablement habillé pendant le naufrage du Titanic, il aurait enfilé un smoking.

Car, à l’instar des meilleures adresses d’hôtels et de restaurants, sur les paquebots on attache toujours de l’importance à une telle pièce de vêtement, spécialement quand on est invité au «Captain’s Dinner».

Le smoking convient chaque fois qu’une invitation mentionne «cravate noire», en revanche ni la cravate ni le nœud papillon blancs qui sont réservés au frac. Ou au sommelier en smoking.

Outre le costume de couleur sombre, le smoking est par excellence l’habit de société. Mais un habillement «de société» exige bien sûr la compagnie de personnes aux mêmes idées et à la même élégance. Il est donc un signe d’appartenance et se porte avec une certaine nonchalance. Le style traditionnel, en la matière, n’est pas l’indication d’un manque de fantaisie mais bien celui de la courtoisie.

Ces messieurs en smoking constituent le décor sombre devant lequel brillent les femmes. Les femmes ont le droit d’attirer l’attention, l’homme en smoking se contente juste d’avoir l’air bien mis.

Reste que le smoking apprécie les feux de la rampe. Son âge d’or se situe dans les années 1920-1930 à Paris, New York et Berlin. Clark Gable, Cary Grant, Leonardo DiCaprio, George Clooney: le smoking reste l’uniforme de gala des stars du cinéma. «And the winner is…»: un homme vêtu d’un smoking ouvre l’enveloppe de la remise des Oscars.

Cole Porter, George Gershwin, Brian Ferry ou Lang Lang: le smoking ne révèle rien du genre de musique de celui qui le porte. Il est simplement en harmonie avec les touches noires et blanches du piano à queue.

Le smoking est d’une élégance intemporelle mais il n’est pas indémodable. La coupe et les accessoires changent. Or celui qui le porte ne doit viser qu’un objectif: le style. Peut-être le fait qu’aucun chapeau ne lui est prescrit est-il lié à son origine de simple jaquette de salon confortable.

A chacun de choisir son couvre-chef préféré. Mais c’est là encore une question de style et oser l’incongruité est déconseillé. Pourtant, même un chapeau de paille est autorisé: à Deauville ou à Biarritz.

Alors qu’autrefois la règle de l’élégance en noir et blanc était de rigueur, de nos jours seuls les détails comptent. A une raie ou à deux raies, avec revers de soie ou col châle, le smoking doit en tout cas être noir. Ou bleu nuit si l’on souhaite s’afficher un brin excentrique.

Tout le reste n’est que le résultat d’un manque de goût importé par le biais des séries américaines. Le smoking bigarré, éventuellement même en fibre synthétique inusable, porté avec une chemise à jabot, est devenu aux Etats-Unis l’uniforme du futur marié.

Mais il est vrai que, là-bas, le tux rembourré a toujours été le vêtement de travail de ceux qui se prenaient pour des cinglés, les artistes de variétés à l’image de Michael Douglas dans le film Liberace.

Le smoking blanc est du même goût inadmissible. Somerset Maugham n’envisageait que deux occasions de le porter: pour le thé poméridien avec le vice-roi des Indes ou à Casablanca vers minuit. Quand Humphrey Bogart, au Rick’s Bar, murmure à l’oreille du mineur: «Regarde-moi encore dans les yeux», il portait convenablement une «dinner jacket» blanche avec un pantalon noir.

La jaquette de smoking comporte des revers ou un col châle avec revers de soie. Que les revers soient coupés en angles ou en rond, l’audace est à la mode. Mais ce qui ne doit pas manquer c’est la boutonnière dans laquelle le réalisateur Ernst Lubitsch piquait toujours un gigantesque chrysanthème.

Avec ça, un pantalon avec des bandes latérales de satin, évidemment sans revers et forcément noir. Même si le tissu de la jaquette peut se permettre d’arborer une certaine structure, le pantalon doit toujours être lisse. Avec cela, on porte des chaussettes en soie noire et des chaussures laquées de la même couleur. Surtout pas des «lackpumps» avec des boucles: elles sont réservées au frac et aux toreros.

Choisir un smoking à un seul rang de boutons ou à boutonnage double? Tout dépend si on préfère le gilet ou la ceinture écharpe (cummerbund). On peut porter le cummerbund avec les deux et il doit être du même matériau que le nœud papillon. Le gilet de smoking comportait originellement une rangée de boutons.

Mais de nos jours, aussi bien les gilets en piqué de coton que ceux de brocart de soie sont consentis. La meilleure adresse pour ce type de vêtement est Charvet, place Vendôme à Paris, tandis que pour le smoking classique – s’il n’est pas coupé sur mesure par Reto’s und Frenzer à Zurich – il faut aller chez Lesley & Roberts à Londres ou chez les créateurs contemporains tels qu’Armani, Boss, Hackett ou Zegna.

Le bréviaire de l’homme soigné recommande avec une jaquette à un rang de boutons une chemise de frac avec plastron rigide et d’un blanc éclatant.

Une chemise souple avec col rigide ou col rabattu est autorisée. Les jeunes en smoking privilégient cette forme de col. Si les boutons de la chemise de smoking ne sont pas cachés par une sous-patte – comme l’étiquette l’exige – ils doivent au moins être faits du même matériau que les boutons de manchettes.

Le point le plus délicat est le nœud papillon. Alors qu’il a toujours été noir, un nœud de soie rouge bordeaux ou même vert bouteille n’est plus un sacrilège. Même une cravate noire est permise. (A vrai dire, Curd Jürgens préférait des billets de banque froissés pour s’attirer les grâces des videurs de Chez Régine à Paris.) Ah, encore un mot: quand on porte un smoking, la montre est proscrite: l’heure importe alors peu.

Konrad Koch

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