Bilan

Bienvenue chez Rosmarie Amacher

Elle est L’incontournable de la haute couture suisse et sa marque «à ma chère» sonne comme une déclaration d’amour aux étoffes fines et au grand art de la mode. Dans la maison de cette créatrice zurichoise, on trouve partout des détails et des traces qui suggèrent les sources d’inspiration pour ses fastueuses robes du soir et ses collections semestrielles de prêt-à-porter.
  • Crédits: Dominic Büttner
  • Crédits: Dominic Büttner
  • Un ciseau de couture, symbole de sa passion pour les étoffes, héritée de son grand-père. Crédits: Dominic Büttner
  • Crédits: Dominic Büttner
  • Crédits: Dominic Büttner
  • Tableau de l’artiste zurichois André Wilhelm. Crédits: Dominic Büttner
  • Crédits: Dominic Büttner

Un coup d’œil par la fenêtre, où « les feuilles tombent et tombent comme de haut, comme si de lointains jardins se fanaient dans les cieux », incite le visiteur à se replonger dans le poème automnal de Rilke.

Des couleurs et des échantillons jetés çà et là, cernés par des dizaines de lés de tissus, emplissent en cette fin septembre la maison de la couturière Rosmarie Amacher, en lisière de forêt, à Zollikon, au-dessus du lac de Zurich. Vêtue d’une robe de laine vert bouteille sans prétention, la créatrice fait visiter la demeure où elle vit avec ses filles, une jeune fille au pair et un chien.

Elle a égayé sa robe d’un foulard Gucci des années 1970 et d’une ceinture de cuir de la même griffe et de la même époque. « J’adore les articles vintage », dit-elle en dépliant le carré et en l’exposant à la lumière pour montrer de quelle qualité accomplie est l’impression huit couleurs en sérigraphie double face.

Ce pourrait être un hasard si la gerbe de fleurs sur la table intègre le modèle floral du carré Gucci, mais c’est l’indice de ce goût si sûr que possède la maîtresse de maison, y compris pour ce qui paraît secondaire. Elle n’a pas seulement un regard très entraîné mais aussi la main heureuse : au milieu du bouquet de fleurs s’épanouit un trèfle à quatre trouvé le matin même lors de la promenade avec le chien.

Elle raconte qu’elle a acheté sa robe il y a des années à Florence pour sa couleur et les accessoires parce qu’ils évoquent la mémoire d’un temps disparu où l’artisanat était du grand art et où elle était une apprentie couturière décidée à s’installer à Zurich.

Elle était fascinée, alors, par l’environnement créatif caractérisant la ville, par la créatrice de mode Ursula Rodel et par Lu Lüthi, le premier mannequin hors du commun que la Suisse ait produit.

Elle se délecte dans un enthousiasme qui n’est plus, à son avis, de saison dans l’univers de la mode zurichoise de nos jours. Le week-end précédent, elle assistait à la remise des prix du Festival du film de Zurich à l’opéra. « Tout était extrêmement noir », commente-t-elle à propos des vêtements, mais aussi de l’impression déprimante qui se dégageait de « ces dames mal habillées ».

Face à l’élégance en noir et blanc des hommes, « les femmes auraient pu se mettre en relief mais elles n’en ont pas profité ». Pourquoi ? Parce que rares sont celles qui ont gardé l’envie de se vêtir correctement. Et de conseiller : « Quand on va à l’opéra, on ne s’habille pas de façon négligée sous prétexte que le voisin porte des jeans. Ça n’a pas d’allure. »

Née en 1959, Rosmarie Amacher a appris la couture pour dame à la meilleure enseigne de Zurich, chez Couture Villiger. Lassée de se piquer les doigts, elle a œuvré dans la vente d’habillement – sans toutefois abandonner entièrement l’aiguille : le soir elle cousait des vêtements de cuir et finit par oser se mettre à son compte. Ses jupes et shorts de cuir étaient mythiques.

Dans son atelier, même Joe Cocker s’est fait prendre les mesures pour un pantalon. Là où elle vivait et travaillait naguère, Dufourstrasse 167, il y a aujourd’hui quinze collaborateurs employés à la coupe et à la vente de tissus.

Divers outils parsemés dans la maison, comme ces grands ciseaux de couture déposés sur un rayon de bibliothèque au salon, évoquent le commerce de tissu, auquel se consacrait déjà son grand-père.

Les tissus de toute fibre et de tout tissage sont sa passion, sa matière première. Elle y taille volontairement dans le haut de gamme afin, dit-elle, que ce ne soit pas le prix qui joue un rôle mais bien la qualité.

D’innombrables ouvrages sur la mode et l’art l’accompagnent dans sa quête inlassable du beau et de l’accompli, du photographe Horst jusqu’aux anthologies de Léonard de Vinci que l’on trouve dans toutes les chambres.

On tombe aussi sur une brosse de tailleur sur laquelle un corps conforme au nombre d’or a été modelé. Presque quotidiennement elle rend visite à une maison de poupée à l’étage. C’est un double souvenir de l’enfance de ses filles et de la sienne quand, petite fille, elle s’est mise à coudre des habits pour ses poupées.

Même le tableau de l’artiste zurichois André Wilhelm, au mur du salon, a un rapport avec le textile. D’un geste dans un profond tiroir, Rosmarie Amacher extrait un foulard de soie imprimé de motifs « palais fédéral » réalisés par l’artiste (voir photo).

Dans son travail, Rosmarie Amacher part toujours de l’artisanat et, pour elle, cela commence par le tissage. La connaissance du droit fil, de la manière dont les fils de chaîne et les fils de trame se combinent est fondamentale. Afin qu’un vêtement tombe bien, il faut veiller au droit fil en coupant, explique Rosmarie Amacher, qui s’est perfectionnée en technique de coupe.

Elle juge passionnante cette combinaison de gestes qui part du dessin sur papier au modelage sur buste. Pourtant, dans la mode actuelle, tout part du design, de détails qui n’ont aucune importance. A l’inverse, la grande couture commence par l’étoffe et par la personne qui la porte.

Avec ses plus de trente ans d’expérience, elle capte en un coup d’œil comment une personne se tient et donc comment le tissu va tomber. Il lui importe que les gens ne disent pas: « Oh, quelle robe magnifique ! », mais bien: « Oh, tu as une allure magnifique ! »

La chroniqueuse Hildegard Schwaninger parle même d’une « allure sensationnelle » pour l’actrice Ursula Andress. Dans une robe soie gœrgette verte griffée « A ma chère », l’ancienne Bond girl a été le centre éblouissant de l’attention au Gala de Berne, à mi-octobre.

Elle ne valide pas le reproche selon lequel le vêtement dissimulerait le caractère d’une personne. « Comment voulez-vous que quelque chose soit beau de l’extérieur si, à l’intérieur, ça ne joue pas ? » Comme il n’existe plus de diktat de la mode, ce sont des détails qui aident à jauger une personne.

« Une pièce de vêtement est la maison du corps », philosophe-t-elle. Elle juge sévèrement les gens pour qui il importe peu de veiller sur cette maison : « Des gens sans culture ! »

Mais son jugement sur les costumes pantalons sombres des femmes qui travaillent dans l’univers des banques et des cabinets de conseil est tissé de regrets. Elle ne décrit même pas un style inadéquat, plutôt la pression de la pensée uniforme, qui conduit à des fautes vestimentaires encore pires chez les hommes.

Elle contredit avec de solides arguments ceux qui prétendent que s’offrir une garde-robe sur mesure coûte du temps et de l’argent, en visant les lectrices de ce magazine : la femme active achète certaines marques parce qu’elle pense qu’elles lui conféreront de l’allure.

Mais en général ce n’est pas le cas. Les femmes gaspillent beaucoup de temps dans les magasins pour, au bout du compte, n’avoir aucune allure et en être malheureuses.

Elle recommande une garde-robe faite de pièces combinables, tailleur, manteau, pantalon. Etre bien habillé, selon elle, n’est pas uniquement une question de budget. Avec du goût et un regard honnête dans le miroir, on y parvient aussi avec peu d’argent.

Interrogée sur le prix de ses belles robes du soir, elle promet à la femme un vêtement dans lequel elle se sentira accomplie et plaira aussi à l’homme, « même si, peut-être, la facture lui plaira moins ».

En dépit du caractère glamour de son travail, pendant son temps libre Rosmarie Amacher aime faire la paysanne dans la Maremma toscane. Elle y produit une huile d’olive divine et rêve de galoper un jour dans l’extrême sud de l’Argentine, vers Ushuaïa, puis d’emprunter en bateau le canal de Beagle, direction le Chili.

www.a-ma-chere.ch

Konrad Koch

Aucun titre

Lui écrire

Aucune biographie

Du même auteur:

Bienvenue chez Hannes B.
Des Jaguars dans les montagnes

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."