Bilan

Bienvenue chez Cyril et Corinne Koller

Des trésors artistiques et des antiquités de toute époque, de tout style passent par les mains du commissaire-priseur Cyril Koller et de son épouse Corinne, experte en argenterie. Dans leur maison proche de Zurich, ils vivent au milieu de multiples trouvailles qui décrivent toute la diversité de leurs rapports personnels à l’art.
  • Corinne et Cyril Koller sur un canapé Biedermeier dans le salon jaune. La chaise et la table sont Louis XVI, des dessins et peintures de maîtres anciens ornent les murs. Crédits: Vera Hartmann
  • Figure féminine, élément d’un double portrait d’un peintre anonyme du XVIIe siècle. Le second portrait est accroché au mur d’en face. Table baroque avec mappemonde du XIXe siècle et photos de famille. Crédits: Vera Hartmann
  • La salle à manger est dominée par une table à rallonges de style Empire avec des chaises Louis XVI. Le cadre du miroir provient d’une peinture de Holder qui a été réencadrée de neuf. Crédits: Vera Hartmann
  • La chaise de lecture dans le cabinet de travail du maître de maison. L’usage lui en est sans cesse disputé par les trois chats de la maison. Crédits: Vera Hartmann
  • Cabinet de travail avec grand « partners desk » anglais. Sur ce bureau où deux personnes pouvaient travailler l’une en face de l’autre grâce aux tiroirs disposés des deux côtés, un bracelet de bronze africain servant à la fois de bijou et de moyen de paiement. La suspension de bronze est de style Empire. Crédits: Vera Hartmann

Un jardin un peu exubérant, un accès un peu masqué, du lierre hors d’âge sur la façade : dans cette villa plus que centenaire de la rive gauche du lac de Zurich vit une famille depuis des générations. Seuls les familiers des lieux et ceux que le maître de maison Cyril Koller a initiés aux arcanes de la numérotation urbaine dénichent le chemin qui conduit à la porte d’entrée.

Le commissaire-priseur zurichois habite ici, avec son épouse Corinne, leurs quatre enfants, le golden retriever « Whisky » et les trois chats.

A l’ensorcellement du jardin succède la décontraction cultivée de la maison. Même Corinne et Cyril Koller, qu’on voit toujours vêtus d’élégance classique dans leur salle des ventes de la Hardturmstrasse, portent ici une tenue décontractée.

On est reçu au salon du rez-de-chaussée surélevé, où l’on jouirait, par-delà le lac, de la vue sur l’Uetliberg et la chaîne de l’Albis si seulement on parvenait à détacher le regard des peintures, meubles, statuettes et objets d’art, en un mot des couleurs de la pièce.

Rien n’a été minutieusement organisé ni même mis en scène avec application. En fait, tout porte simplement la signature de deux personnes qui s’occupent d’art, qui vivent d’art – et en parfaite harmonie, lui l’homme de l’image, elle l’experte en argenterie. Cyril Koller incarne la deuxième génération à la tête de la maison de vente homonyme, Corinne est responsable du département argenterie. 

Un homme d’images

Et puis, il y a les tableaux du salon jaune, accrochés façon Saint-Pétersbourg, qui servent de carte de visite au commissaire-priseur. Par leur thématique, les œuvres disposées en rangs serrés – à l’instar des toiles du Musée de l’Ermitage – révèlent au visiteur l’inclination du maître des lieux pour la culture occidentale. 

« Je suis un Européen qui a grandi dans cette culture », expose Cyril Koller tout en saisissant une statuette de bronze. Œuvre d’un artiste peu connu, elle évoque le Bacchus de Michel-Ange. « Elle respire l’Histoire », dit-il, pour exprimer « la transformation des valeurs culturelles depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours ».

Sur les 5000 années d’Histoire que maîtrisent les experts de sa salle des ventes, du temps des pharaons égyptiens jusqu’au design de meubles modernes, sa passion à lui se porte sur les toiles des maîtres anciens et du XIXe siècle.

Bijoux et chefs-d’œuvre 

Pour Cyril Koller, une esquisse de Michel-Ange est tout aussi justifiée qu’une installation d’artiste contemporain. Les ouvrages sur la vie et l’œuvre d’artistes, de la Renaissance au temps présent, qui garnissent autant le salon que le bureau témoignent, de par les signets glissés entre les pages et les couvertures fatiguées, qu’il s’agit-là d’outils de travail et non d’objets de décoration.

« L’art est un long et vaste fleuve », philosophe Cyril Koller, ce qui explique qu’en privé, avec son épouse, ils mêlent sans souci les styles et les époques. L’observateur voit ainsi son attention attirée par un petit objet cubique côtoyant le buste de terre cuite du peintre français Hubert Robert.

Ce qui ressemble à une pierre de prière tibétaine est une œuvre de Bernhard Heinrich, artiste zurichois et premier hautbois à l’orchestre de l’Opéra. « C’est la pierre des Sages de la saga Harry Potter », révèle Corinne Koller. L’artiste l’a créée en guise de cadeau pour l’un des enfants de la famille : un pavé zurichois emballé dans un manuscrit de papier birman.

En dépit des grands noms de l’art suisse accrochés aux murs, les pièces n’ont rien d’un musée. Le chien et les chats qui se partagent pacifiquement ce territoire artistique prouvent que les meubles Biedermeier et baroques peuvent s’avérer d’usage quotidien. 

« J’aime le métissage », déclare Cyril Koller pour expliquer que l’art ne l’intimide pas. Pour lui, une conception qui  transcende les époques représente une nouvelle génération de collectionneurs et, de ce fait, une nouvelle clientèle pour sa salle de vente. Cela dit, il se peut que, lorsqu’on vit parmi les œuvres d’art, l’aspect primordial soit de savourer l’art.

Mais les objets d’art et les antiquités ont aussi une valeur matérielle. « La satisfaction des yeux et du ventre ne suffit pas à déclencher l’acte d’achat », avertit le commissaire-priseur. Quand on achète dans une galerie ou que l’on enchérit dans une vente, il importe de se renseigner : la qualité, l’état de conservation, l’origine et surtout le prix de l’objet sont-ils corrects ?

L’art de qualité est aussi un investissement de valeur, et cela depuis bien avant l’explosion des marchés de l’art consécutive à l’abondance des liquidités.

Vivre avec l’art

Même si Cyril Koller vit au milieu d’œuvres d’art qu’il désigne toutes comme sa pièce préférée – et dont aucune n’a été acquise sans la permission de Corinne – il ne se considère pas comme un collectionneur. Il est beaucoup trop commissaire-priseur pour ça. Avec un brin d’ironie, il se décrit même comme quelqu’un qui « a du plaisir à l’art et du savoir-faire pour le commercialiser ».

Car le moment où il obtient une toile de valeur pour ses enchères, qu’il la détient pour un temps limité, qu’il peut l’examiner et travailler grâce à elle est aussi émouvant pour lui que l’instant où il scelle un bon prix au troisième coup de marteau.

Né en 1967, Cyril a commencé par étudier l’histoire de l’art à l’Université de Zurich, non pas dans l’idée de reprendre la salle des ventes de son père mais plutôt sous l’influence de la maison familiale imprégnée d’art. Son père Pierre, natif de Lausanne, s’était fait un nom dans le commerce de meubles et d’antiquités avant de fonder en 1958 la Galerie Koller à Zurich. 

Celle-ci s’investit très tôt dans les enchères, y compris avec une succursale à Genève. A côté de ses études, Cyril a toujours travaillé dans le commerce de son père et c’est là qu’il a fait la connaissance de sa future épouse Corinne.

En 1992, il a repris le département Peintures. En collaboration avec son père, dans une phase économiquement difficile pour le marché de l’art, il entreprend de transformer la Galerie Koller d’une institution tout-terrain en une entreprise moderne vouée aux enchères (voir encadré). Une opération liée au déménagement à l’adresse actuelle.

Aujourd’hui, le nom de Koller Auktionen est devenu, dans l’univers des enchères, une marque qui incarne l’expertise et la réputation dans les principaux domaines du marché de l’art. Il en est conscient, Cyril Koller, quand il dit : « Nous sommes la première salle de vente suisse.

A notre niveau, il faut travailler à l’international. De nos jours, nos acheteurs et nos fournisseurs viennent de Chine, de Russie, des Etats-Unis, de Grande-Bretagne. Du monde entier. »

Ayant dit, il allume une cigarette et s’absorbe dans la contemplation de la finesse et de la sérénité d’un petit Holder encadré, avant de sursauter quand on lui demande s’il ne voudrait pas avoir aussi un Jeff Koons ou un Damian Hirst : « Qu’on me les apporte tout de suite ! Après tout, je suis commissaire-priseur. »|

Koller Vente aux Enchères

En atteignant régulièrement des prix records pour des œuvres hors cote, la salle des ventes Koller indique que Zurich et Genève peuvent aisément rivaliser avec les marchés d’art traditionnels de Londres, Paris et New York. L’entreprise familiale dirigée par Cyril Koller n’est pas seulement la plus grande maison d’enchères de Suisse, elle fait partie de celles qui vendent le plus en Europe. 

Avec ses propres équipes d’experts, elle organise des enchères thématiques qui s’étendent des œuvres des maîtres anciens à celles du XIXe siècle, en passant par l’art moderne, le Contemporary & Post-War, l’art suisse, l’argenterie, les meubles et la décoration, l’Art déco, les livres et les arts asiatiques. Dès ce printemps à Zurich, l’art et le design de meubles contemporains seront mis aux enchères en même temps.

A Genève, il y aura des enchères de vins et d’art africain. Chez Koller West, des objets du marché des antiquités sont proposés à des prix modérés.

Dates des enchères et catalogues à l’adresse www.kollerauktionen.ch

Konrad Koch

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