Bilan

Bellinzone marie gastronomie et culture à l'automne

Pour dynamiser le tourisme à l'automne, la ville de Bellinzona veut se distinguer de ses voisines Locarno/Ascona et Lugano. Et le mois d'octobre est propice avec une arrière-saison qui permet d'associer culture et gastronomie.
  • La ville de Bellinzone organise des dégustations de produits locaux dans des musées et espaces culturels.

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  • Le Museo Villa dei Cedri invite à découvrir les trésors de la bière les 13 et 14 octobre.

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Contrairement à ses voisines, Bellinzona ne peut miser sur son front de lac. Pas d'étendue d'eau partagaée avec l'Italie pour les cartes postales comme à Locarno et Ascona sur le Lac Majeur, ou à Lugano. Pour autant, le chef-lieu du Tessin n'est pas dénué d'atouts. En premier lieu ses châteaux, classés au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. Trois imposants ensembles de fortifications qui dominent la ville et bloquent la vallée.

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«Les Suisses qui contrôlaient le Col du Gothard menaient des incursions jusque dans la plaine. Ce sont donc les Sforza de Milan et d'autres dynasties italiennes qui ont fortifié le secteur de Bellizona pour bloquer ces attaques», explique Giulia Pedrazzi, historienne et guide touristique. Et, à l'abri de ces murailles, une intense vie commerçante va se développer. L'un des témoins majeurs de cette ébullition marchande reste aujourd'hui encore le marché hebdomadaire de Bellinzona: chaque samedi, le centre-ville de la cité est envahi par une foule venant aussi bien des environs que des autres villes tessinoises et même de Lucerne ou Zurich. Il faut dire que les petits producteurs ont su conserver l'authenticité de ce rendez-vous et réussissent à restituer l'âme latine de cette région.

Cafés et vins

En remontant les venelles de la cité vers le Castelgrande, on passe à côté de cafés où les arômes de la torréfaction viennent chatouiller les narines. Sous l'influence de l'Italie, le Tessin et Bellinzona ont été parmi les premiers à proposer ces saveurs dès le XVIIIe siècle. Et Giulia Pedrazzi ne manque pas une occasion de rappeler ces épisodes: «On trouve encore, dans certaines arrières-cours, des ateliers où les grains de café acheminés jusqu'ici étaient torréfiés pour ensuite être distribués dans les établissements qui proposaient cette boisson exotique», glisse-t-elle en invitant à retrouver ces témoins du passé entre une falaise et un parking, face à une petite bâtisse qui ne paie pas de mine.

Mais si la gastronomie s'est fait sa place au pied des murailles, elle a aussi su s'inviter au coeur des châteaux. Dans les caves du Castelgrande, le Grotto San Michele fait le lien entre les terroirs du Tessin: charcuteries et fromages des alpages, fruits et légumes du Piano di Magadino, desserts qui témoignent de la rencontre entre montagnes des Alpes et plaine du Pô, sans oublier les vins des coteaux qui entouraient jadis la ville,... Une tradition encore plus forte pendant la Rassegna d'autunno, un grand rassemblement gastronomique et marché aux fromages, avec les fruits des alpages et des vignes (plus de 60 stands avec les produits locaux en centre-ville).

La vigne justement. Longtemps en recul face à l'urbanisation galopante des faubourgs de Bellinzona, elle résiste désormais, protégée par les autorités et quelques producteurs conscients de sa valeur. Et l'alliance entre la ville et les viticulteurs trouve l'une de ses plus belles expressions à la Villa dei Cedri. Cette ancienne demeure estivale autrefois située à quelque distance de la cité a été rattrapée par l'urbanisation et se situe désormais sur le territoire comunal de Bellinzona. Mais la villa transformée en musée a su préserver non seulement son parc mais aussi une très belle parcelle de vigne et un verger. «C'est de ce vignoble qu'est tiré le vin de la ville de Bellinzona, proposé lors de réceptions ou d'événements», insiste Carole Haensler, directrice du Museo Villa dei Cedri.

Au coeur de ce musée d'art de la ville qui a choisi de se spécialiser dans les dessins, estampes et oeuvres des artistes ayant un lien avec la région, les petites salles aux sublimes planchers de bois offrent un écrin idéal aux oeuvres exposées. Cette ancienne demeure aristocratique de campagne, réaménagée au début du XXe siècle par l'architecte milanais Nelusco Mario Antoniazzi, est devenue propriété de la commune en 1978, et cette dernière en a rapidement fait un musée, appuyé initialement sur la collection Rossi e Sacchi.

La bière à l'honneur

Actuellement, ce sont les réalisations de Fernando Bordoni, un artiste tessinois né à Mendrisio en 1937, qui ont pris place aux cimaises. Entre pop art et abstraction, ses dessins et peintures donnent autant à voir dans leurs parts creuses que dans les espaces marqués de couleurs ou de traits noirs ou gris par l'artiste, dont le parcours s'étale de l'aube des années 1960 jusqu'au début du XXIe siècle.

Et le week-end des 13 et 14 octobre, avec la deuxième édition de Birra al Parco, la Villa dei Cedri va elle aussi s'inscrire dans cette philosophie de la ville qui ne dissocie pas la culture et la gastronomie. Mais ce n'est pas le vignoble de la villa qui sera à l'honneur ces deux jours, mais la bière. «La bière est une des boissons phares de Bellinzona. Il y a ici une rencontre entre la tradition brassicole du Nord de l'Italie et celle du Nord des Alpes. On peut encore visiter et prendre un verre dans une ancienne brasserie située à deux pas des portes médiévales de la ville», rappelle Giulia Pedrazzi.

Les 13 et 14 octobre, c'est le sommelier Roberto Storni qui fera découvrir un univers riche et passionnant. Passionné par les vins et champagnes mais aussi les nectars tirés du houblon, il proposera cinq cours différents tout au long des deux jours: saveurs écossaises, allemandes ou tchèques, américaines, scandinaves, italiennes ou belges, des dégustations permettront de se familiariser avec les techniques de brassage et de fermentation. «Le grand public sait depuis longtemps associer vins et mets. Mais on a longtemps négligé les alliances entre bières et mets, alors qu'il y a des passerelles gustatives inattendues et extraordinaires», commente Roberto Storni.

Une dizaine de brasseurs artisanaux, principalement suisses, feront également découvrir leurs produits et expliqueront leurs démarches, avec notamment des micro-brasseries du Tessin, ainsiq que des Grisons et du Valais.

Birra al Parco, au Museo Villa dei Cedri de Bellinzona, les 13 et 14 octobre 2019. Informations sur le site web de la Villa dei Cedri ou celui de l'office du tourisme de Bellinzona

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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