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Bastian Baker, l'homme Culture 2013

Bilan Luxe a élu le jeune chanteur "Homme de l'année 2013" dans la catégorie Culture. Rencontre.
Crédits: Photo: Sébastien Agnetti / Maquillage et coiffure : Delfina De Giorgi / Assistant photo : Mathilda Olmi

Auteur-compositeur-interprète, Bastian Baker n’est pas l’artiste formaté que l’on croit façonné pour le grand bal médiatique. En trois ans, il aura su se construire une véritable identité musicale, que son deuxième album, enregistré à Londres avec quelques belles pointures du rock, vient de confirmer. Derrière le sourire lustré du crooner se cache une détermination rare chez un artiste suisse de son âge. Ses 250 concerts en vingt-quatre mois sont sa force.

Comment expliquer la rapidité du succès?

Dès ce fameux 29 mai 2010, date de ma rencontre avec Patrick Delarive, tout s’est incroyablement enchaîné. J’ai pu jouer devant les organisateurs du Caprice Festival, faire quelques interviews grâce à eux, et, très vite, le premier single Lucky a suivi.

Début 2011, Bastian Baker, nouvel artiste suisse, était né sur les radios avec un titre que je venais de composer deux jours avant ma rentrée en studio. J’utilise chaque rencontre, chaque concert comme un tremplin pour progresser. Notre petite équipe travaille sans horaire, pratiquement vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Nous sommes des artisans. Nous fonctionnons de manière totalement indépendante, sans major pour nous ouvrir les portes. Je suis très investi dans le projet. Depuis trois ans, je travaille jour et nuit sans relâche, en offrant une accessibilité complète.

Cette accessibilité est-elle une contrainte ?

Non, j’aime aller à la rencontre des gens. Je n’ai pas construit cette stratégie. Mais cette accessibilité fait clairement partie du jeu. Nous avons été par chance très présents dans les médias dès les débuts. Une vraie identité musicale s’est construite et développée auprès du public grâce aux 5 singles passés en boucle sur les radios pendant un an.

Cela pousse les gens à aller aux concerts, à y reprendre en chœur les morceaux plus connus. Ça donne d’intenses moments musicaux. Mais plus que cet aspect d’accessibilité, beaucoup jouer sur scène reste primordial. C’est la meilleure manière de convaincre.

La séduction fait-elle partie du jeu pour un jeune artiste sur scène?

Il faut savoir séduire le public par sa présence scénique. La séduction est un vrai métier. Elle en est même une des composantes essentielles, si je veux continuer à faire de la musique.

Jusqu’à l’hystérie?

Je ne crois pas déclencher de l’hystérie, même si j’ai clairement été vendu comme ça au début. Je pense que c’est plutôt de l’engouement. Il y a autant d’hommes que de couples, que d’enfants, que de grand-mères à mes concerts.

Dès que le public s’élargit, le côté phénomène disparaît. Et en règle générale, les artistes connotés «ados» n’enchaînent pas les festivals tout l’été, sur des scènes rock ou alternatives comme on le fait. Au final, nous jouons sur ces deux aspects: populaire et médiatique, mais aussi alternatif.

Parmi les 250 concerts donnés en deux ans, il y a plusieurs grandes scènes: le Stravinski, Paléo ou encore cette première partie de Johnny au Stade de Genève. Comment vit-on cette pression à seulement 22 ans ?

Avant de monter sur scène et d’affronter ces dizaines de milliers de personnes, je ne pense à rien. Je suis prêt, concentré sur le travail que je dois faire, comme un fou pour essayer de capter le public. Et quelquefois, quand j’enchaîne trois concerts dans la journée, je n’ai même pas le temps d’y penser. Mes partenaires savent que je suis prêt à tout.

A travailler. Tout le temps. C’est une discipline qui vient du hockey. Lorsque vous êtes devant la cage des buts et que vous devez tirer un penalty, les mains n’ont pas le droit de trembler. La peur n’amène rien. En situation d’échec ou d’erreur aujourd’hui, je ne débriefe pas sur la faute, mais sur les solutions à trouver.

Bastian Baker, c’est aussi un business…

J’en suis le principal décisionnaire. Mais la discussion est permanente entre mon équipe et moi-même. Beaucoup d’aspects sont décidés avec Raphaël Nanchen, mon manager. Patrick Delarive, producteur, intervient dans les décisions qui ont un impact direct sur la suite de ma carrière: de la cover de l’album à ma participation à The Voice Belgique pour 2014 jusqu’aux concerts.

Quelquefois, par contre, certaines décisions sont moins unanimes. L’émission Danse avec les stars en était une. Ce fut un gros dilemme. J’étais très récalcitrant. Mais les 6 millions de téléspectateurs hebdomadaires sont difficiles à ignorer. Nous avons pu multiplier par dix les ventes de l’album après l’émission, qui coïncidait avec la sortie du single Alléluia.

L’application iPhone Bastian Baker et votre grande présence sur les réseaux sociaux, c’est une manière de contourner la critique?

Je suis un artiste jeune qui se développe avec les réseaux sociaux. L’application, c’est un peu comme un journal intime publié, mais ce n’est pas une manière de contourner la critique. C’est une façon pour les fans d’être au plus proche de l’artiste. Mais il est vrai que cette connexion oblige une implication poussée de l’artiste qui doit toujours donner plus.

A l’époque, écrire aux Rolling Stones et ne pas recevoir de réponse était normal. Aujourd’hui, si je ne retweete pas un fan, il ne vient plus au concert (rires)…

Vous avez atteint la limite?

Il y a bien sûr un côté très intrusif, sans compter toutes les dérives qu’internet peut avoir, y compris les dizaines de faux comptes liés à mon nom… Mais plus que d’essayer d’éviter ces dérives, l’application nous offre un canal de communication direct avec eux et nous permet surtout de distribuer notre musique.

Nous sommes les premiers à le faire via ce canal. Mais nous le faisons au sens large, avec beaucoup de bonus, de vidéos live et toujours ce côté participatif des fans. L’application est une réaction à la vision pessimiste du moment, au vent de fatalisme qui souffle sur l’industrie de la musique lié à l’écroulement du CD. C’est un nouveau business model de vente de musique.

Combien de personnes ont-elles déjà acheté l’application?

Aujourd’hui, nous en sommes à près de 5000 téléchargements. Ce qui n’est pas si mal. Mais ce n’est que le début de la phase de promotion et les nouveaux développements techniques vont également apporter leur valeur ajoutée pour les utilisateurs. Jay-Z et Lady Gaga vont aussi sortir une appli d’ici peu.

Ce moyen de vendre de la musique va donc certainement décoller très vite. Et qui sait, peut-être que dans vingt ans, à la place d’avoir un classement des «charts», il y aura un classement des applications!

Cristina d'Agostino

RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE EN CHARGE DE BILAN LUXE

Lui écrire

Licenciée en Sciences politiques à l’Université de Lausanne puis spécialisée en marketing et économie à HEC Lausanne en 1992, Cristina d’Agostino débute sa carrière dans l’industrie du luxe, et occupe les fonctions de responsable marketing et communication pour diverses marques horlogères. En 2008, elle décide de changer radicalement d’orientation, et débute une carrière de journaliste. En freelance d’abord, elle collabore aux titres Bilan, Bilan Luxe, Encore, avant d’intégrer la rédaction de Bilan en 2012. Depuis 2012, elle occupe la fonction de rédactrice en chef adjointe et responsable des hors-série Bilan Luxe.

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