Bilan

Aux sources du luxe depuis 1663

Avec plus de trois siècles et demi d’existence ininterrompue, Vitale Barberis Canonico est la plus ancienne filature au monde encore en activité. Plongée dans les coulisses bien gardées d’une entreprise au savoir-faire considérable, dont les tissus composent les créations des plus grands noms de la mode.
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  • La dynastie Vitale Barberis Canonico se perpétue depuis treize générations.

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Un peu plus de 110 kilomètres séparent Milan – centre de gravité incontesté de la mode en Italie – de Pratrivero. Une fois l’autoroute reliant la capitale lombarde à Turin quittée, la route se fait sinueuse, entourée d’un écrin vert. Et pour cause, l’omniprésence de l’eau dans cette région montagneuse a façonné le paysage et le destin des femmes et des hommes qui l’habitent.

Une population tout entière tournée depuis des siècles vers le tissage, activité nécessitant historiquement de l’eau en abondance. Pour la teinture des fibres et – grâce à la force hydraulique qu’elle génère – la mécanisation de la production textile elle-même.

C’est donc bien loin des podiums et des crépitements frénétiques des flashes – dans ce petit bourg piémontais sans charme particulier, situé à quelques encablures de la Suisse – que prennent forme les tissus produits par Vitale Barberis Canonico, au fil d’un processus long et complexe.

Pas moins de treize générations de la même famille se sont succédé à la tête de l’entreprise, surmontant les aléas de l’histoire afin d’offrir aujourd’hui encore aux marques les plus prestigieuses un savoir-faire envié. Car à l’image des producteurs et éleveurs sans qui les chefs étoilés ne peuvent rien en matière de gastronomie, VBC – comme l’appellent les initiés – constitue un partenaire indispensable pour nombre d’illustres enseignes de la mode.

L’ampleur des activités déployées et la grandeur des installations du site de production de l’entreprise impressionnent. Depuis la réception des balles de laine australienne, sélectionnées sur place avec le plus grand soin jusqu’à l’inspection finale du tissu, toutes les étapes nécessaires à la transformation de la laine se déroulent à Pratrivero. Lavage, cardage, peignage, teinture, filature, tissage, foulage, finition, autant de processus qui nécessitent une expertise et un soin considérables.

Avec une production annuelle totale de quelque 8 millions de mètres de tissu, de quoi confectionner 2,5 millions de costumes et de vestes environ, Vitale Barberis Canonico compte parmi les acteurs les plus importants du secteur. Un volume de fabrication que la créativité débordante de l’équipe du bureau de création rend particulièrement complexe, avec pas moins de 4000 références différentes de tissu – motifs, couleurs, etc. – créées en 2013 ! Une passion et un enthousiasme latins qui font évidemment ensuite le plus grand bonheur des stylistes et autres créateurs de mode.

Parmi eux Alessandro Sartori, directeur artistique de la prestigieuse enseigne française Berluti, aujourd’hui propriété du groupe LVMH. Depuis le rachat d’Arnys – maison de tailleur parisienne renommée, fondée au début du XXe siècle – la marque a développé un service « grande mesure », la haute couture du sur-mesure masculin. C’est précisément pour cette nouvelle entité que Vitale Barberis Canonico a imaginé – à l’occasion de son 350e anniversaire – un projet un peu fou : créer un tissu avec le fil de laine le plus fin au monde, le Grand Cru 1663.

Véritable défi technologique, la production du fil requiert des compétences multiples, à commencer par la sélection d’une laine d’exception. Celle-là provient d’une race rare de moutons australiens, le mérinos saxon. Les animaux – fierté d’un nombre très restreint d’éleveurs – font l’objet d’une attention toute particulière afin que leur précieuse laine ne soit en rien dégradée par leurs conditions de vie. Au final ?

Un fil tellement fin qu’il en faut plus de 200 kilomètres pour atteindre un poids de 1 kilo seulement. De quoi tisser une étoffe d’une légèreté absolue, sans être transparente pour autant, avec – selon les spécialistes les plus exigeants – une luminosité, un tombé et une main absolument uniques.

L’incarnation d’un luxe subtil, raffiné et rare. Pas plus de 200 costumes Berluti confectionnés avec le fameux Grand Cru 1663 verront le jour, en effet. Le poids de chacun d’entre eux ne dépassera pas
1 kilo mais nécessitera pour sa confection pas moins de septante-deux heures de travail. Soit six mois environ, compte tenu des quatre essayages incontournables. Une patience nécessaire pour profiter de l’incarnation du meilleur de deux mondes, capables de collaborer à la perpétuation d’un art de la confection porté à son plus haut niveau. A ce degré d’exclusivité, on ne parle évidemment pas de tarif mais de privilège.

A l’heure où nombre de marques se créent un passé à la véracité historique discutable, ressuscitant à la faveur d’un rachat des établissements disparus de longue date dans le seul but de nourrir leur manque de légitimité, il est réjouissant de constater que certaines maisons perpétuent une vocation authentique. Vitale Barberis Canonico fait indéniablement partie de ces dernières, animée qui plus est d’une farouche volonté de regarder devant. Car, quand bien même ses archives comptent plus de 1200 volumes d’échantillons catalogués depuis 1876, l’inépuisable inspiration créatrice et l’ambition de toujours progresser semblent devoir rester pour longtemps encore le meilleur moteur de cette entreprise hors norme. Pour le bonheur des plus grands noms de la mode et de leur clientèle. 

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Sébastien Ladermann

FONDATEUR DES EDITIONS ALPAGA

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Editeur, journaliste indépendant et spécialiste en communication, Sébastien Ladermann est passionné de gastronomie et de voitures anciennes notamment. Deux thèmes qui l’inspirent au quotidien dans ses diverses activités, au point de nourrir une intense réflexion sur l’art de (bien) vivre et d'avoir consacré aux plus prestigieux chefs de cuisine lémaniques un ouvrage novateur (Portraits (intimistes) de chefs, paru aux Editions Alpaga) préfacé par F. Girardet, Ph. Rochat et G. Rabaey.

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