Bilan

Autos-portraits

Détrôner une belle italienne ou coiffer une anglaise ? Impossible n’est pas Wiesmann ou Koenigsegg, deux marques venues du froid qui inscrivent leur légende dans le monde fermé des supercars mythiques.

Ci-dessus: Le Roadster Wiesmann MF5 Un moteur de 4,4 litres V8 et 555hp à 5700 par 6250 tours minute. Une vitesse maximale de 331 km/h et un 0-100 km/h en 3,9 secondes. Un ratio poids-puissance de 2,5 kg/hp. Son prix : à partir de 195 000 francs suisses.

Sur la planète Ferrari, Lamborghini, Bugatti ou Porsche, vouloir surpasser les mythes est affaire d’obsession. Et d’extrême soin du détail, quasi schizophrène. La haute couture automobile existe et sans être nécessairement française ou italienne relève du même besoin vital de s’appuyer sur les métiers artisanaux et tours de main qui célèbrent le sur-mesure. La marque allemande Wiesmann et la suédoise Konigsegg en donnent chacune une vision etrême, l’une tournée vers un âge d’or de l’industrie plus que jamais vénéré et l’autre rivée à la conscience que la révolution automobile est en marche. Les courbes rassurantes très fifties d’une Wiesmann ou toujours plus affutées d’une Koenigsegg témoignent de ces deux tendances automobiles actuelles, l’une symbole d’une mode du rétro qui marche et l’autre porteuse de nouveaux référents technologiques.

Wiesmann, un futur dans le rétro

Surprenants par leurs courbes carrossées de pin-up métallique, les roadsters Wiesmann semblent sortir d’une BD sans âge de gentleman aventurier. Classée parmi les sportives haut de gamme les plus performantes, la marque estampillée du gecko se distingue par son très haut niveau de personnalisation. Chaque Wiesmann est unique, du châssis à la carrosserie, du système électrique à la sellerie. Chaque détail de l’habitacle se choisit avec soin. Forme du siège selon morphologie du client, cuirs et coutures, style de tableau de bord. Tout est affaire de goût personnel. Et ça marche. Plus de 1300 Wiesmann ont déjà été produites pour un prix moyen avoisinant les 140 000 francs. Pourtant, la success story débute sur un coup de tête, il y a à peine plus de vingt-cinq ans. En 1985, les frères Wiesmann n’ont aucune expérience de l’industrie et du design automobiles. Juste une passion sans limites pour les voitures sportives vintage et une idée bien claire de ce qui pourrait être inventé pour combler leur frustration. Martin et Friedhelm, ingénieur et économiste de formation, se donneront quatre ans pour réaliser leur rêve. Faites d’argile et de mastic, les premières maquettes voient le jour dans leur cave. En 1988, ils présentent le prototype au salon d’Essen en Allemagne qui se conclut par un contrat en poche. L’unique exemplaire du Roadster Wiesmann sera livré à son premier client en 1993. L’aventure peut commencer. Pour financer les suivantes, ils construiront des hard-tops de cabriolet, un domaine qui, jusqu’en 2004, leur permettra d’investir efficacement dans la production des voitures Wiesmann. 

Aujourd’hui, la marque qui se dit taillée pour les esprits individualistes bâtit sa notoriété sur un concept clair : construire un bolide de caractère au plus près de la singularité de chacun. Façonnées entièrement à la main dans la manufacture de glace de Dülmen en Allemagne, les Wiesmann sont produites en petites séries et jamais plus de 200 exemplaires par an. Le client Wiesmann est un esthète qui aime la performance technique au service du seul plaisir de conduire et non l’inverse. La visite de la manufacture en forme de gecko est incontournable. Au travers des larges baies vitrées, les 110 techniciens façonnent à la main, sans bruit, chacun des composants d’une Wiesmann. Le moteur, lui, est un BMW. Au total, plus de 350 heures par modèle. Un des clients commente : «J’ai eu la chance de visiter la manufacture Wiesmann à Dülmen début 2011 et fus stupéfait de la structure, de la technologie, du niveau d’exigence sur mesure de la maison. Posséder une Wiesmann c’est avant tout un acte de rébellion, une communion avec les créateurs qui, depuis vingt-sept ans défient les lois de l’économie de marché automobile. Ils rassemblent autour d’eux une très petite tribu de clients attirés autant par l’unicité, la bienfacture et le plaisir de conduite unique que par le caractère sans concession de ces voitures. Conduire une Wiesmann ne ressemble en rien à ce que j’ai connu jusqu’à ce jour. Elle ne peut pas être cataloguée. Elle regroupe le meilleur d’une allemande, d’une italienne et d’une anglaise ! Et de toute façon, entre les différents moteurs, châssis et réglages de suspensions, chaque acheteur se configure sa propre Wiesmann, qui ne plaira pas forcément à un autre client de la marque». L’actualité Wiesmann ? Produire l’édition finale des fameuses MF3 qui ont bâti le succès de la marque depuis dix-huit ans. En collaboration avec le designer allemand Sieger, les 18 Roadster MF3 (un 6 cylindres en ligne avec un couple de 252 kW/343 hp) seront tous très iconiques, célébrant l’individualisme à l’extrême.

L’Agera R de Koenigsegg  Un moteur de 5 litres V8 et 1115 hp à 6900 jusqu’à 7250 tours par minute. Une vitesse maximale théorique de 440 km/h mais bloquée à 375 km/h et un 0-100 en 2,9 secondes. Un ratio poids-puissance de 1,19 kg/hp. Son prix : à partir de 1,4 millions de francs suisses.

Koenigsegg, l’étalon du sur-mesure

Le 2 septembre 2011, à 12h08, sur la piste d’Ängelholm en Suède, le record tombe. L’Agera R de Koenigsegg est officiellement la voiture la plus rapide du monde. Le Guinness Book des records inscrira la performance quelques semaines plus tard.  Surpassant la Bugatti Super Sport de quelques centièmes, lasupercar de Koenigsegg réussit un 0-300-0 km/h en 21’19 secondes. Etonnant ! Logique, répondrait Christian von Koenigsegg, créateur de la marque éponyme. Pour l’homme venu de Suède qui en rêvait depuis ses 5 ans, le compromis n’a pas sa place dans l’imaginaire automobile. Aucun détail ou élément de décor inutile ne doit venir perturber la structure. Christian von Koenigsegg : «Performance, fonctionnalité, aérodynamique et sécurité sont les fondements de notre marque. Quand on observe une Koenigsegg on comprend l’utilité de chaque détail». Cette philosophie du luxe, que l’on pourrait comparer à Hermès, doit son succès à l’intégration de tous les métiers rentrant dans le processus de production. Pour preuve, la marque au symbole de bouclier – logo inspiré des armoiries de la famille Koenigsegg datant du Saint Empire romain germanique – maîtrise même la fabrication de ses propres moteurs. «Avec la fabrication de nos moteurs, nous arrivons à créer une source de puissance extrêmement compacte. Nous arrivons à obtenir plus de puissance CV par volume de cylindrée et par litre d’essence consommé. Notre ratio essence consommée/puissance de sortie est inégalé. Il est donc intéressant de constater que la consommation peut être drastiquement abaissée si l’on tient compte des nouveaux développements technologiques à venir».

La manufacture, créée en 1997 et reconstruite en 2003 suite à un incendie, occupe deux anciens hangars d’avion de chasse suédois, sur l’aéroport d’Ängelholm, toujours en activité. Cette idée, plutôt futée, permet aux clients de la marque de poser leur jet privé à quelques pas du siège et d’offrir les meilleures pistes d’essai pour les nouveaux bolides. Sur place, la construction d’une Koenigsegg rassemble sept étapes, du moulage de la carrosserie et du châssis en carbone, au système électronique en passant par le moteur et l’intérieur de l’habitacle. Au total, plus de quatorze semaines de production entièrement faite main. Car Christian von Koenigsegg a toujours été réputé dans le milieu automobile pour son obsession de la qualité. Et dès ses débuts, à peine âgé de 22 ans, il met la barre très haut. En quatre ans, le prototype Koenigsegg CC sort des ateliers pour être présenté au Salon de Paris. Moins d’une année plus tard, en 2002, la première voiture est livrée à son client. Un rêve se concrétise. En 2005, la Koenigsegg CCR détrône la McLaren F1 de route. Quelques records plus tard, la Koenigsegg Agera R, présentée au dernier Salon de l’auto de Genève 2011, atteint 100 km/h en 2,9 secondes, peut rouler jusqu’à 440 km/h (mais bloquée à 375 km/h), développe 1130 chevaux pour un poids plume de 1330 kg. Sur son tableau de bord, un senseur indique même les « G » que le conducteur ressent. Son prix, lui aussi, explose les compteurs. La Koenigsegg Agera R devient la deuxième voiture la plus chère du marché avec plus de 1,4 million de francs. Pour l’heure, seules un peu plus de 80 voitures sont sorties des ateliers Koenigsegg, mais celui qui rêvait de sauver Saab il y a encore quelque temps compte atteindre le chiffre mythique de 100 supercars en 2012.

Crédits photos: Dr

Sylvie Bernaudon

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