Bilan

Automobile: le luxe s’est enfin branché

Alors qu’il y a quelques années encore certains constructeurs dédaignaient ostensiblement les «voitures à piles», 2021 s’annonce comme une année charnière dans la transition vers l’électrique. Les annonces se succèdent: la quasi-totalité des marques de prestige prévoit l’abandon progressif des moteurs thermiques. Par Jorge S.B. Guerreiro

  • Le prototype Bentley EXP 100 GT préfigure ce à quoi pourraient ressembler les prochains modèles électriques de la marque anglaise à l’horizon 2030.

    Crédits: Kelly Serfoss
  • Première Lotus 100% électrique, l’Evija ne devrait être produite qu’à 130 exemplaires. Disponibile dès la fin de l’année, la puissance de cette hypercar approchera les 2000 chevaux.

    Crédits: Dr
  • Ferdinand Porsche présenta sa première voiture électrique en… 1900! La berline sportive Taycan se veut le premier modèle zéro émission de l’ère moderne du constructeur allemand.

    Crédits: Dr

Les législations de plus en plus sévères contraignent peu à peu, avec de lourdes amendes à la clé, les constructeurs automobiles à tirer définitivement un trait sur leurs moteurs thermiques. Pour certains, le chemin se fera progressivement, en passant d’abord par une gamme de modèles hybrides mêlant moteurs à essence et électriques. Pour d’autres, la transformation sera plus radicale. Quoi qu’il en soit, l’issue du processus semble inéluctable: nous assistons probablement à la fin des voitures qui font vroum vroum, y compris pour les marques haut de gamme, soumises aux mêmes règles. Ainsi, outre les constructeurs traditionnels contraints d’emprunter les chemins de la conversion à l’électrique, de nouveaux venus profitent de cette nouvelle donne pour s’attaquer à ce marché, suivant ainsi l’exemple de l’américain Tesla, qui n’a jamais proposé depuis sa création en 2003 que des voitures zéro émission. La firme californienne a quelque peu poussé les autres marques à agir, ces dernières la voyant à la fois comme une cible à abattre et un concurrent de taille. Selon le critère habituel de calcul de la réussite d’un constructeur, à savoir le décompte de ses ventes, Tesla n’est en effet qu’un tout petit acteur vendant moins de 500 000 voitures par an, là où Volkswagen et Toyota en écoulent plus de 10 millions. Mais sa valorisation boursière a atteint les 700 milliards de dollars en ce début d’année, dépassant ainsi la valeur de tous les autres constructeurs automobiles… combinés!

Etats-Unis

Outre-Atlantique, cette voie a donné des idées à de nouveaux arrivants, confortés en cela par une législation californienne de plus en plus contraignante. Citons Lucid, une compagnie financée par des fonds saoudiens et dirigée par un ancien de chez Tesla. Son premier modèle, une berline ultraperformante, sera lancé cet automne. De son côté, l’équipe de Rivian prépare également la commercialisation d’un luxueux tout-terrain dont le développement a été permis grâce à des investisseurs tels qu’Amazon, BlackRock ou… Ford. Ce dernier vient d’ailleurs de lancer une version électrique de sa légendaire Mustang. Son concurrent General Motors, titillé par ces nouvelles start-up de l’automobile, a dévoilé un successeur «propre» à son Hummer, symbole de l’automobile qui polluait il y a encore quelques années.

Europe

De quoi nous faire traverser l’océan pour nous intéresser aux parangons du luxe européen. Poussés en cela par l’annonce du gouvernement de Sa Majesté d’avancer l’interdiction de la vente de voitures à moteur thermique de 2035 à 2030, les vénérables constructeurs britanniques affichent leur volonté de rendre 100% électrique l’ensemble de leurs gammes dans le courant de la décennie encore, à l’image de Jaguar qui a pris les devants en annonçant vouloir franchir le pas dès 2025 déjà. Un objectif extrêmement ambitieux qui a poussé le groupe indien Tata Motors, à qui appartient Jaguar et Land Rover, à vouloir investir 2,5 milliards de livres par an afin d’y parvenir. Du côté de chez Bentley, cette transformation se fera néanmoins par étapes, avec un premier modèle zéro émission lancé en 2025, pour une échéance au tout-électrique fixée à 2030. Ces transitions rapides poussent les petits constructeurs à devoir s’associer afin de partager les coûts astronomiques qu’entraîne une telle décision. Ainsi, Lotus, qui a présenté l’Evija, une hypercar 100% électrique, annonce qu’il s’alliera avec la petite marque française Alpine pour concevoir une plateforme commune servant à l’élaboration d’une future voiture sportive. De son côté, Rolls-Royce pourra s’appuyer sur les moyens et l’expérience de sa maison mère BMW, l’un des premiers constructeurs traditionnels à avoir présenté une voiture sportive électrifiée, la i8, pour amorcer son virage vers l’électrique. Il se murmure qu’une Silent Shadow serait en préparation.

Malgré ce flot de bonnes volontés, certaines voix discordantes attirent l’attention sur les problèmes que cette révolution survoltée pourrait entraîner. Alors que la marque vient de présenter l’Artura, son premier modèle hybride, le CEO de McLaren Mike Flewitt met cependant en garde contre ce genre de déclarations précipitées: il ne suffit pas aux gouvernements d’annoncer l’interdiction des voitures thermiques, encore faut-il mettre en place l’infrastructure pour accompagner cette transition, notamment en termes de redimensionnement des infrastructures de production et d’acheminement d’électricité et de mise en place de vrais réseaux de bornes de chargement.

Un problème que ne semblent pas rencontrer les pays nordiques puisque plus de 50% du marché automobile norvégien est désormais passé à l’électrique. Du côté de la Suède, Volvo a annoncé également sa décision de ne plus proposer de moteurs thermiques dès 2030. En parallèle, le constructeur scandinave a lancé une marque haut de gamme 100% électrique, Polestar, dont les deux modèles disponibles à ce jour sont en vente en Suisse depuis fin 2020.

Italie

Grand créateur de voitures exotiques dotées de tonitruants moteurs V12, l’Italie se voit aussi contrainte de mettre ses bolides en sourdine. Cela fait déjà plusieurs années que Ferrari a adopté un système hybride sur son modèle exclusif LaFerrari. Deuxième véhicule du genre, la SF90 est apparue en 2020. «Au cours de la décennie, une Ferrari 100% électrique verra le jour», a déclaré John Elkann, président de la firme au cheval cabré. Son éternel rival Lamborghini devrait lui emboîter le pas, malgré la volonté de son CEO Stephan Winkelmann «de vouloir garder en production des voitures à moteur thermique aussi longtemps que possible». Des états d’âme qui ne semblent pas affecter Maserati, qui prévoit l’électrification de l’ensemble de sa gamme au fur et à mesure des renouvellements des modèles. Dès 2023 déjà, toutes les Maserati disposeront d’une variante 100% électrique.

Allemagne

Plus grand constructeur de voitures de prestige au monde, l’Allemagne n’est pas en reste. A tout seigneur, tout honneur, commençons par l’inventeur de l’automobile à moteur thermique. Pour développer ses futurs modèles électriques, transformer ses usines et accélérer dans le numérique, Mercedes-Benz investit la somme colossale de 70 milliards d’euros. Une décision qui a pour résutat le lancement cette année encore de plusieurs modèles portant le label EQ, dont l’EQS, version 100% électrique de la berline surplombant le catalogue du constructeur à l’étoile. Le groupe Volkswagen lui emboîte le pas. Outre Bentley et Lamborghini déjà citées, les marques teutonnes du groupe avancent leurs pions sur le marché. Audi développe sa gamme électrifiée E-tron au pas de charge, malgré une appellation quelque peu malheureuse pour les francophones. Porsche attaque le marché sur deux fronts. La Taycan, premier véhicule 100% électrique de la légendaire firme de Zuffenhausen, se pose en sérieux concurrent de la Tesla Model S. Un SUV succédant à l’actuelle Macan devrait suivre l’an prochain. Mais en parallèle ses ingénieurs travaillent à la mise au point d’un carburant synthétique de substitution permettant de continuer à faire tourner les moteurs thermiques tout en respectant les futures normes antipollution. Une avancée permise grâce aux efforts conjoints de Porsche et de Siemens. A signaler encore que Porsche vient d’augmenter une nouvelle fois sa part dans le capital de Rimac pour la porter à 24%. Ce petit constructeur croate à la production confidentielle se pose, en effet, en coulisses, en géant de l’innovation technologique, travaillant pour Porsche, Hyundai et Jaguar. Il se murmure que Rimac pourrait mener Bugatti, la plus prestigieuse des marques automobiles, sur le chemin de l’électrification…

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