Bilan

Au Liban, les nectars d’un vigneron suisse

Ancien banquier, Gaston Hochar a repris le domaine familial Château Musar. Reconnu pour son vin, produit avec le plus grand soin, et ses cépages typiques du Liban, il sera présent au salon Arvinis du 26 avril au 1er mai à Montreux.

Gaston Hochar cultive notamment deux cépages indigènes, l’obeidi et le merwah.

Crédits: Dr

Depuis ses chais, Gaston Hochar a une vue plongeante sur la rive en contrebas. Mais ce ne sont pas les coteaux de Lavaux que ce viticulteur contemple chaque jour: ce sont les berges de la Méditerranée, entre Beyrouth et Byblos (Jbeil). Pourtant, c’est dans un français parfois teinté d’expressions romandes que le maître des lieux accueille ses hôtes au Château Musar, à Ghazir. «Ma femme a vécu en Suisse, à Zurich, où son père était banquier, et à Genève. Grâce à elle, après mes études à Paris, j’ai obtenu la nationalité suisse. J’ai été actif dans le domaine de la banque avant de rejoindre l’entreprise familiale depuis plus de vingt ans, et j’ai des enfants qui suivent leur cursus en Suisse actuellement, au sein des écoles polytechniques fédérales», explique ce Libanais qui a succédé à son père Serge Hochar à la tête du domaine.

Dans un pays encore marqué par quinze ans de guerre civile et deux décennies d’occupation syrienne, et alors que plus de 1,2 million de réfugiés syriens ont trouvé refuge dans les villes et sur les bords des routes, la viticulture pourrait sembler anecdotique. «Il y a eu des années difficiles pendant la guerre, mais mon père et mon oncle d’abord, puis moi, avec mon frère et mon cousin avons œuvré pour relever le domaine et repartir de l’avant», confie l’ancien banquier.

Arômes d'amande et de fruits mûrs

L’origine du domaine remonte à 1930, quand le grand-père de Gaston Hochar, lui aussi prénommé Gaston, planta les premiers pieds de vigne au retour d’un voyage de Bordeaux. Certains ceps viennent de France, tout comme les Hochar, famille de chevaliers arrivée au XIIe siècle au Levant. D’autres sont locaux, comme l’obeidi, cépage autochtone dont l’ADN a d’ailleurs été séquencé en Suisse voilà quelques mois. Car le Liban n’est pas un «nouveau monde» pour le vin: la Bible relate que Noé, au sortir de l’arche, aurait renouvelé l’alliance entre Dieu et les hommes en plantant un pied de vigne et la légende veut que cet épisode ait pris place au cœur des montagnes du Liban, sur le Jabal Sannin, .

«L’obeidi et le merwah (autre cépage indigène) sont importants à nos yeux car la plupart des autres cépages ont été importés d’Europe. Mais ceux-là ne sont semblables à nul autre. En les travaillant, on s’approche sans doute de ces vins que produisaient nos ancêtres les Phéniciens voilà des millénaires», glisse Gaston Hochar. Dans son verre danse un nectar d’or, scintillant au soleil. Mais en bouche, le Château Musar Blanc déploie ses arômes avec une force insoupçonnée: obeidi et merwah lui confèrent une structure charpentée que peu de blancs peuvent revendiquer, tandis que des touches d’amande et de fruits mûrs crépitent sur la langue.

«Nos vignes sont dans la plaine de la Bekaa, sur les collines pierreuses proches de l’Anti-Liban pour l’obeidi, sur les versants occidentaux aux graviers calcaires du Mont-Liban pour le merwah, à 1200 m d’altitude», détaille le directeur du château. Et sur ces raisins aux saveurs inconnues en Europe s’ajoute le travail des hommes. Des vignes jusqu’à la bouteille, la famille et ses collaborateurs apportent un soin d’une infinie précision à chaque barrique. A tel point que Serge Hochar, père de Gaston, a été déclaré homme de l’année 1984 par le célèbre magazine anglo-saxon Decanter.

Présence à Arvinis à Montreux

Cette attention au produit, depuis la grappe jusqu’à la bouteille, reste de mise avec la génération actuelle. Château Musar a d’ailleurs été le premier producteur libanais à obtenir le label bio pour ses vignobles. «Nous avons une démarche pragmatique et non dogmatique dans cette optique: nous soignons nos vignes naturellement dans la mesure du possible, mais si un vrai danger se présentait nous réagirions pour sauver nos vignobles», précise l’ancien banquier.

Une démarche pragmatique qu'il aime expliquer. L'ancien spécialiste de la finance parle avec passion de ses nectars et va à la rencontre de ses clients pour leur faire partager sa flamme. C'est ainsi qu'il sera, du 26 avril au 1er mai, à Montreux pour le salon Arvinis

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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