Bilan

«Au CHI, nous privilégions le sport avant tout»

La directrice du Concours hippique international de Genève peut se targuer d’être, depuis quinze ans, à la tête d’un événement mondialement reconnu.

Sophie Mottu, directrice du CHI: «L’équitation, c’est comme une drogue, une fois que l’on commence, on en a besoin presque tous les jours.»

Crédits: Nicolas Righetti/lundi13

Palexpo Genève accueillera, du 6 au 9 décembre 2018, le 58e Concours hippique international de Genève. Lors de ce rendez-vous, l’un des quatre majeurs du Rolex Grand Slam of Show Jumping, l’élite mondiale du saut d’obstacles, de l’attelage, du dressage et du concours complet foulera la piste indoor. «Tout se présente très bien, se réjouit la directrice de l’événement Sophie Mottu, rencontrée début novembre. Les dix meilleurs mondiaux seront là.»  

Combien de participants seront présents?

Il y a environ 90 cavaliers et meneurs et certains d’entre eux viennent avec cinq chevaux. C’est pour cela que nous avons construit 400 boxes pour les accueillir. Depuis de nombreuses années, nous avons une qualité d’infrastructure irréprochable. Les meilleurs cavaliers veulent venir chez nous car ils savent qu’ils seront bien accueillis.

Comment expliquez-vous cette ferveur autour des chevaux à Genève?

Nous sommes un canton où il y a énormément de manèges, d’écuries privées et d’écoles d’équitation. Nous avons un bassin de personnes passionnées d’équitation, qui en font comme loisir ou en compétition. Du coup, il est, à ce jour, facile pour nous de trouver des bénévoles – 700 en tout – et devons même en refuser plus d’une centaine. 

L’engouement pour l’équitation n’est-il pas plus fort qu’il y a quelques années?

L’attirance pour ce sport a toujours existé, notamment chez les jeunes filles. Mais il est vrai que ce sport est plus médiatisé depuis quelques années, aussi parce qu’il s’est bien développé. Nous avons un champion olympique suisse – Steve Guerdat – et nous organisons l’un des concours les plus importants du monde à Genève. Une icône et de jeunes talents dans un sport drainent aussi plus de passionnés. 

Est-ce que c’est un sport qui donne de l’assurance, notamment aux adolescentes peu sûres d’elles?

Il est vrai que le cheval est d’un grand réconfort et c’est pour cela qu’il est utilisé en thérapie. C’est un animal qui a une sensibilité et qui est très à l’écoute. Donc effectivement, si tu n’es pas bien dans ta peau, l’animal sera plus sensible avec toi. C’est d’ailleurs l’un des rares sports qui se fait avec un animal. Pour certaines adolescentes, le cheval est presque considéré comme une grosse peluche, parce qu’elles passent, au final, plus de temps à le brosser et à s’en occuper qu’à le monter. Et je peux l’affirmer: partager des moments avec cet être est fantastique. 

Vous-même, êtes-vous une grande cavalière?

J’ai commencé l’équitation à l’âge de 8 ans, puis j’ai arrêté quelques années quand j’ai eu ma fille. J’ai recommencé il y a quelque temps en devenant copropriétaire d’un cheval qui se trouve au manège de Corsier. Je monte trois fois par semaine. L’équitation, c’est comme une drogue, une fois que l’on commence, on en a besoin presque tous les jours.

Quelles seront les nouveautés de cette année au CHI?

Il n’y aura pas de grandes modifications par rapport à l’année dernière. Nous avons supprimé deux épreuves pour alléger notre programmation qui était trop lourde. Mais hormis cela, nous avons toujours les quatre disciplines – saut, cross, dressage, attelage. Autour de la piste, nous aurons environ 90 exposants liés au monde équestre ainsi que des artistes. Nous accueillerons des attractions, des spectacles sur la piste annexe. Nous aurons aussi une présentation de l’élevage suisse. Le jeudi, nous accueillerons 600 écoliers de 6 à 12 ans pour leur faire découvrir le monde équestre. 

Qu’est-ce qui fait la renommée du concours genevois?

Il y a beaucoup de choses qui font sa renommée. Premièrement son histoire, car il date de 1926. Ensuite, ce qui nous différencie, c’est que nous privilégions le sport avant tout. Nous ne payons pas de sportifs pour qu’ils viennent chez nous. S’ils viennent, c’est parce qu’ils ont les résultats sportifs pour être là. 

Comment attirer un nouveau public?

En proposant les quatre disciplines, nous ouvrons aussi le concours à des personnes qui ne sont pas uniquement passionnées par le saut d’obstacles. Les spectacles équestres attirent aussi du monde.
Nos prix d’entrée, qui démarrent à 30 francs, sont aussi accessibles pour permettre à tout le monde de venir. 

Qu’en est-il de la concurrence, notamment des Jumping Longines de Crans-Montana et de Verbier?

Ce ne sont pas des concurrents, nous sommes plutôt complémentaires. 

Qu’avez-vous changé dans l’organisation du CHI que vous avez repris il y a quinze ans?

Ma principale fierté, c’est que cet événement est viable financièrement. Depuis que je suis là, le CHI a toujours gagné le Prix du meilleur concours hippique mondial et nous faisons partie du Grand Chelem (avec Aix-la-Chapelle en Allemagne, les Spruce Meadows Masters à Calgary et les Dutch Masters aux Pays-Bas). Ensuite, quand j’ai commencé, le prize money était de 600 000 francs alors qu’il est de 2,385 millions toutes disciplines confondues aujourd’hui. J’ai instauré aussi un mode de travail convivial et collégial. Je laisse beaucoup de liberté à mes équipes, je suis très à l’écoute, même si je dois avoir le dernier mot. Je travaille beaucoup au feeling et j’admets que ça m’arrive aussi de me tromper. Mais il y a une très bonne ambiance entre nous, nous sommes comme une grande famille – 30 membres du comité d’organisation, dont 25 bénévoles et 5 salariés. 

Quels sont les principaux obstacles dans l’organisation d’un concours comme celui-ci?

Le plus difficile reste la recherche de fonds, même si nous avons la chance d’avoir Rolex qui nous soutient depuis le début. Cette année, nous sommes contents parce que nous avons signé deux nouveaux partenaires. Autre difficulté: trouver des sponsors pour les tables – une cinquantaine – dans notre espace «La terrasse des hospitalités» qu’il faut remplir. 

Et les cavaliers, sont-ils difficiles à gérer?

Non, car ils ne se comportent pas comme des stars.  

Est-ce que la pression est toujours aussi grande après une 15e édition en tant que directrice générale?

Il y a toujours beaucoup de stress, mais ce n’est pas le même stress qu’au début. Quand j’ai commencé, j’avais 28 ans, donc je devais prouver que je n’étais pas une erreur de casting. J’avais le challenge de maintenir le concours au même niveau, garder sa qualité, trouver des fonds. Aujourd’hui, je dois surtout défendre notre sport en général, au niveau suisse et international. 

Votre meilleur souvenir?

Il y en a tellement, mais le souvenir le plus émouvant a été les adieux de Nino-des-Buissonnets, cheval de Steve Guerdat en 2016. A l’issue du concours, le cheval est revenu sur la piste pour faire ses adieux, c’était très touchant. 

Et le pire?

La mort de Camille-Z, cheval d’Athina Onassis, il y a quatre ans. Heureusement, la cavalière n’a pas été blessée, mais le cheval a dû être euthanasié. Il fallait gérer l’accident, la détresse d’Athina, les médias. C’est un souvenir très difficile. 

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

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Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l’Université de Genève. Elle débute sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Journaliste depuis 2010 pour le magazine Bilan, elle est spécialisée dans les PME. En grande amatrice de vins et gastronomie, elle est également responsable du supplément Au fil du goût encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal contribue par ailleurs régulièrement aux suppléments Luxe et Immo Luxe de Bilan.

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