Bilan

Art dérivé

La Suissesse d’adoption Caroline Dechamby vient de décliner ses toiles sur une collection de sacs à main, mais aussi sur des montres haut de gamme.
  • L’artiste Caroline Dechamby

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  • Le graphiste André Saraiva, qu’on ne présente plus, et dont le Monsieur A court les murs de Paris s’invite sur le châle Monogram Louis Vuitton entre les projections de peintures.

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  • Première création horlogère estampillée Caroline Dechamby.

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Qu’ont en commun Damien Hirst, Richard Prince, Caroline Dechamby, Mona Roussette ou encore Gaëlle Boissonnard? Ce sont tous des artistes qui n’ont pas craint de décliner leur art sur toute une série de supports: sacs à main, foulards, vaisselle, montres, lampes, plateaux ou encore coussins.

Jeff Koons, l’« artiste » vivant ayant vendu une œuvre la plus chère (un de ses Balloon Dogs s’est vendu en novembre dernier pour 58,5 millions de dollars chez Christie’s), a proposé en série limitée une minisculpture s’enfilant sur un Dom Pérignon pour les fêtes de fin d’année.

Une façon de s’offrir à bon prix (170 dollars) une œuvre de celui qui a cartonné lors des ventes mondiales 2012-2013. D’après le magazine Art Actuel, Jeff Koons se place au 2e rang avec un total de 49 millions de francs (non compris la vente de novembre 2013), juste derrière Jean-Michel Basquiat (198,5 millions). Rien de surprenant pour celui qui a longtemps été courtier en matières premières à Wall Street et qui ne réalise aucune œuvre lui-même.

Très réputé aussi, le Britannique Damien Hirst (8e au classement du top 100 des artistes contemporains) qui a réalisé une série exclusive de 30 modèles de foulards pour la marque Alexander McQueen. Cette opération a marqué les 10 ans du foulard à tête de mort imaginé par le célèbre styliste.

Les papillons, punaises et araignées sont travaillés en kaléidoscope pour créer le motif tête de mort. Autre star de l’art contemporain, à peine moins controversé : Richard Prince (13e du même classement). « Je ne vois aucune contradiction en tant qu’artiste entre peindre un tableau et un sac à main. Un sac opère de toute autre façon pour l’œil, c’est une petite architecture, un objet en 3D avec une fonction d’usage, quelque chose que vous vous appropriez », a-t-il déclaré au Figaro.

Cet artiste de 65 ans découvre l’univers de la mode et de ses accessoires, ce qui l’amuse beaucoup. Avec un humour décalé et ironique qui fait penser à Riccardo et à Sandrine Barilla, il a pioché dans une centaine de blagues, pas vraiment drôles, pour les imprimer sur ses sacs à main.

Originale également la démarche de la Valaisanne d’adoption Caroline Dechamby, qui a osé décliner ses toiles sur des sacs à main et des portefeuilles, mais surtout sur des montres serties. Par le passé, elle avait organisé plusieurs événements dans sa galerie d’art de Crans-Montana avec des marques horlogères: Audemars Piguet, Julien Coudray 1518 ou encore Revelation.

«J’ai toujours été interpellée par le fait que le monde horloger reste, avant tout, un univers d’hommes. Les montres de luxe sont, bien souvent, pensées par des hommes», raconte-elle à son retour d’un voyage à Tokyo où elle est allée nouer des contacts.

L’artiste a dévoilé cet hiver sa montre en or rose 18 carats, automatique, 100% Swiss made. La boîte et l’assemblage ont été confiés à Dubey & Schaldenbrand, dont le CEO Jonatan Gil est le fils de Miguel Gil, un ami de longue date avec lequel elle collabore sur les sertissages de ses tableaux.

« J’ai entièrement dessiné la montre. Je voulais absolument une forme tonneau un peu bombée, c’est ce qui est le plus agréable à porter car cela épouse la forme du poignet », relève la Valaisanne qui a une idée bien précise de ce qu’elle veut. « Je devais aller jusqu’au bout dans ma démarche », confie-t-elle.

Sa « signature », une silhouette vue de dos, en salopette, se retrouve non seulement sur ses toiles, mais aussi accrochée à ses sacs à main et désormais soudée au boîtier de sa montre. La figurine a été réalisée par Olivier Savelli, meilleur ouvrier de France 2000 en joaillerie, à partir d’un bloc de cire.

«Avec Caroline, nous avons le même rêve et le partageons. C’est d’abord de l’émotion», relève-t-il. Ce dernier a déjà une longue carrière prestigieuse derrière lui. Il a notamment été chargé de mettre en place le département joaillerie chez Roger Dubuis, à l’époque de Carlos Dias et plus récemment de restructurer Quinting.

«Il s’agissait de mettre en 3D ce que Caroline voulait. Ce processus a pris une année. Nous avons d’abord travaillé sur de la cire», précise le joaillier. Quant à Caroline, il lui paraissait logique de peindre elle-même un petit tableau miniature sur le cadran à l’aide d’un microscope spécial. Ils sont peints avec 5 à 7 couches de peinture à l’huile et non en émail pour que cela corresponde à son style.

Douze modèles différents reprennent à chaque fois une de ses toiles: Mon Jardin (sertie de 130 pierres précieuses), Rêve d’enfant (entièrement sertie de 1708 diamants), Chrysalide, etc. Le prix de vente varie entre 65 000 et 70 000 francs.

Quant à ses sacs, ce sont des artisans italiens qui les réalisent, suivant scrupuleusement son design. Elle en a déjà vendu 65, un chiffre impressionnant puisque son unique point de vente, jusqu’à ces derniers jours, était sa galerie de Crans-Montana. Désormais, on peut les trouver aussi au Bach’s Bazar de Gstaad et à l’Inde Le Palais à Bologne, et prochainement à Tokyo et Singapour.

«Je suis en train de travailler sur une licence mondiale.» Outre Caroline Dechamby et Richard Prince, d’autres artistes peintres ont déjà suivi cette voie. Citons le Suédois André Saraiva, célèbre pour son jovial Monsieur A qui court les murs de Paris et qui vient de décliner une de ses œuvres pour la collection « Foulards d’artistes » Louis Vuitton 2014 ou encore les Françaises Gaëlle Boissonnard et Mona Roussette qui vont jusqu’à décliner leurs œuvres non seulement sur des sacs mais aussi sur des lampes, des coussins ou des carrés de soie. Une liste loin d’être exhaustive.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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