Bilan

Art Basel 2019 sous le signe de la diversité

Les affaires démarrent en fanfare pour une 49e édition d'ArtBasel marquée par le mouvement #metoo. Les créatrices de même que les artistes d’origine extra-européenne sont à l’honneur.

La galerie londonienne Pace a vendu des œuvres à plusieurs millions de dollars en moins d’une heure.

Crédits: DR

Il a suffi d’une heure, à peine. Mardi, lors de la journée d’avant-première d’Art Basel réservée aux seules VIPs, la galerie londonienne Pace annonçait déjà des ventes spectaculaires, dont celle de From Line, une œuvre de Lee Ufan (1977), acquise pour 2 millions de dollars. Quant à elle, la galerie zurichoise Hauser & Wirth avait au même moment déjà vendu trois travaux pour un total de près de 20 millions de dollars.

Au terme de deux jours où seuls sont invités les collectionneurs, Art Basel 2019 ouvrira ses portes au grand public de jeudi à dimanche. Pour sa 49e édition, la plus grande foire d’art du monde réunit quelque 290 galeries issues de 34 pays.

«Une phase de consolidation»

«La profession passe par une phase de consolidation», a déclaré lors de l’ouverture Marc Spiegler, directeur d’Art Basel. En effet, si les grands noms de la branche sont certains de faire de bonnes affaires, il n’en va pas de même pour les autres acteurs. Après le crash de 2008, le marché a renoué avec la croissance, selon le «Art Market Report 2019» d'Art Basel et UBS. Cependant, seul un petit nombre de galeries figurent parmi les grands gagnants. Celles-ci font d’importantes affaires autour d’une poignée d'artistes comme David Hockney, Gerhard Richter ou Jeff Koons. 

Au registre des talents émergents, Art Basel est traditionnellement l’occasion d’acquérir des travaux d’artistes repérés à la Biennale de Venise. Dans la cité rhénane, on retrouve ainsi la Britannique Anthea Hamilton, première femme noire à avoir créé une œuvre pour la Tate Britain, l’Américain Darren Bader ou encore la Sud-Coréenne Anicka Yi. «Cette 49e édition est placée sous le signe du cosmopolitisme, de la diversité raciale et de l’égalité des genres», a souligné Marc Spiegler.

Les femmes artistes sont en effet particulièrement nombreuses cette année. En écho au mouvement #metoo sont exposés de nombreux travaux militants, comme LifeDress, signé par Alicia Framis. L’Espagnole a revêtu des mannequins de robes fabriquées à partir d’airbags de voiture. Chaque vêtement est prévu pour protéger la personne contre une forme de harcèlement en gonflant de manière surréaliste autour de différentes parties du corps des femmes.

En 2000, Art Basel a inventé une nouvelle déclinaison pour l’exercice de la foire d’art en lançant Unlimited, une halle dédiée d'œuvres de grande taille. Directeur de cette section, Gianni Jetzer termine sa huitième et dernière année à ce poste. Egalement conservateur au Hirshhorn Museum and Sculpture Garden à Washington DC, le Zurichois domicilié à New York a fait ses adieux durant la conférence de presse. «C'est un peu triste que ce soit mon dernier Unlimited. Mais c'est un processus naturel que les curateurs affiliés changent. Et huit ans, c'est assez long», glisse-t-il dans un sourire.

Highlights et coups de coeur

Au chapitre des highlights 2019, Gianni Jetzer mentionne ovoid solitude, un projet plein d’humour de l’artiste kosovare Sislej Xhafa. On découvre le Cubain Raul Portillo Sama assis à l’intérieur d’une porte minuscule percée dans une immense paroi de tôle. Il s’agit d’une petite boutique comme on en trouve à Cuba. Le quinquagénaire vend des œufs. Une performance qui interroge sur le rapport entre l’art et la réalité.

Quant à lui, Marc Spiegler évoque son coup de cœur pour Aggregate (2017-19), la création d’Alexandra Pirici présentée sur la Messeplatz, à l’entrée d’Art Basel. «J’ai découvert cette performance à Buenos Aires. J’ai failli rater mon avion car je n’arrivais plus à m’arracher à la contemplation des danseurs.» L'«environnement performatif» chorégraphié par l'artiste roumaine met en scène plus de 60 danseurs dans un pavillon en forme dôme.

Les performeurs évoluent durant quatre heures, chaque jour, jusqu'à samedi. Conçue pour la Neuer Berliner Kunstverein en 2017, l'œuvre montre des mouvements lancés par une personne, que l’ensemble des danseurs peuvent reprendre, ou pas. Les points de référence vont de saut de l’antilope de Sakuntala de Camille Claudel, à l’industrie cinématographique de Bollywood en passant par le groupe new wave Depeche Mode.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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