Bilan

Alain Mouawad, joaillier gastronome

Représentant de la quatrième génération de la marque de luxe, le Genevois né au Liban gère à la fois l’entreprise familiale et son restaurant à Cologny. Rencontre.

Alain Mouawad pose dans son appartement. Bilan estime le patrimoine de sa famille à plus de 3 milliards de francs.

Crédits: Guillaume Mégevand

Le Genevois Alain Mouawad représente avec ses deux frères Fred et Pascal la quatrième génération du joaillier éponyme. Leur arrière-arrière-grand-père Daoud Mouawad a fait partie de la diaspora libanaise établie entre le Mexique et les Etats-Unis à la fin du XIXe siècle. Catholique de confession, il apprend le métier d’horloger pour produire, entre autres, des pendules d’église et des montres de poche pour des particuliers.

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Quelques années plus tard, son fils Fayez, visionnaire, voit le potentiel d’un business horloger à développer en Arabie saoudite. Il s’y installera en 1940 pour y importer les premières montres suisses haut de gamme, principalement en or. C’est la troisième génération qui lance la joaillerie dans les années 1960 quand Robert Mouawad reprend l’affaire familiale. Retiré des affaires depuis 2010, ce dernier est toujours très actif dans l’hôtellerie et l’immobilier à Bahreïn, au Moyen-Orient et en Extrême-Orient, ainsi qu’au sein de sa fondation dédiée aux orphelins

Depuis lors, le groupe joaillier est dirigé par ses trois fils: Pascal, installé aux Etats-Unis, s’occupe du marketing, de la distribution et de la vente depuis Dubaï, Fred gère l’achat des pierres et la fabrication depuis la Thaïlande; quant à Alain, il développe la division horlogère depuis la Cité de Calvin. L’empire Mouawad (16 boutiques) est aujourd’hui présent aux Etats-Unis, en Asie, au Moyen-Orient et à Genève depuis 1974.

L’unique enseigne européenne a inauguré sa nouvelle adresse l’an dernier à la rue du Rhône. La famille Mouawad envisage toutefois d’en ouvrir une seconde sur le continent à Londres, dès qu’elle aura trouvé un lieu à la hauteur de la prestigieuse marque. 

Le joaillier vend des parures de diamants à plusieurs millions de francs mais également des bijoux moins onéreux, des objets d’art réalisés en or et sertis de pierres précieuses ainsi que la marque horlogère du même nom produite aux Breuleux (Jura). Mouawad fait régulièrement la une des médias grâce à son association avec le roi de la lingerie Victoria’s Secret dont certains soutiens-gorge parés de pierres précieuses ont atteint la somme de 17  millions de dollars. La marque collabore également souvent avec des célébrités du cinéma en leur prêtant boucles d’oreilles, colliers, bracelets et bagues à l’occasion de soirées paillettes ou de défilés sur tapis rouge.

A l’internat dès deux ans

Né au Liban, Alain Mouawad est venu à l’âge de deux ans à Genève avec ses frères et ses parents. «Nous étions inscrits avec mes frères à l’internat à St-Cergue car mes parents voyageaient beaucoup pour développer leur entreprise», raconte l’homme d’affaires. Il y restera jusqu’à l’âge de 17 ans avant d’étudier aux Etats-Unis durant deux ans. De retour en Suisse pour effectuer son service militaire, il se lance ensuite dans des études en marketing et sociologie.

Il commencera sa carrière professionnelle dans la publicité, à l’époque au sein de l’agence Heinz Heimann, avant de créer sa propre société pour s’occuper de la communication de l’entreprise familiale et principalement de la marque horlogère Robergé, lancée par son père et rebaptisée Mouawad en 2010.

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Celui qui gère, depuis lors, le développement international de la maison s’est également diversifié dans la restauration. Grand gastronome, le Genevois a repris en 2012 le restaurant du Tennis-Club de Cologny, le Passing. «Je jouais au tennis dans ce club. Lorsque j’ai su que le restaurant allait fermer, j’ai trouvé cela trop dommage.»

Après avoir pris en main l’établissement, il a rapidement augmenté la qualité et le niveau de la carte en proposant des produits frais et de saison. «On ne sert aucun produit congelé.» Au menu, on trouve même quelques spécialités libanaises, clin d’œil à ses origines. «C’est une passion qui engendre toutefois pas mal de stress et de problèmes, souligne le patron des lieux. Mais j’y tiens. Il faut juste être patient.» 

Il envisage par ailleurs d’ouvrir un ou plusieurs autres restaurants, attendant juste la bonne opportunité. Il s’agira cependant d’établissements haut de gamme et trendy avec une cuisine internationale. «Au final, la restauration, c’est un peu comme l’art, il faut savoir être créatif. Et moi j’aime créer», ajoute ce père de deux enfants de 15 et 18 ans.

De 1000 fr. à plusieurs millions

Malgré les incertitudes et les crises financières successives, le marché de la haute joaillerie se porte bien, affirme Alain Mouawad. Il avance plusieurs raisons. Premièrement, «beaucoup de personnes fortunées achètent des parures et des pierres comme investissement. Dans la culture orientale par exemple, il est de bon goût que les femmes portent des parures somptueuses, notamment lors des mariages.» De plus, le monde compte chaque année de plus en plus de millionnaires.

De nombreuses pierres précieuses restent donc un placement sûr selon l’expert. Certaines pierres comme le rubis et l’émeraude sont très demandées et ont vu leur prix grimper rapidement. La valeur des diamants de couleur aurait même quintuplé ces quinze dernières années. La demande pour les diamants blancs serait, en revanche, plus faible depuis quelques années, ce qui a engendré une stagnation des prix mais sur certaines tailles.

Le groupe Mouawad fabrique ses bijoux entre l’Orient et Genève. Les prix varient entre 1000 et plusieurs millions de francs. «Nous nous concentrons sur la qualité des pierres et le design, explique l’entrepreneur. L’or est acheté chez des fournisseurs suisses. Nous capitalisons sur plus de 100 ans d’expérience et avons un avantage compétitif au niveau des prix car l’entreprise est entièrement verticalisée.» En effet, la Maison Mouawad achète la matière brute, taille les pierres et fabrique les bijoux à l’interne. Une partie du sertissage est même réalisée à Genève où il existe un réel savoir-faire. «Rien n’est sous-traité, contrairement à d’autres enseignes de la rue du Rhône.» 

L’entreprise familiale ne souhaite cependant pas investir dans une mine: trop risqué politiquement. «Nous achetons notre or en Suisse et sommes associés avec des entreprises qui taillent des diamants bruts en Inde, à Anvers et à New York.» Qu’en est-il des labels Fairtrade Gold ou No Diamant Blood? «Il s’agit souvent de labels marketing, dans la mesure où malheureusement personne ne peut contrôler complètement les pratiques des exploitations minières», réagit Alain Mouawad, dont tous les diamants sont certifiés GIA.

Au niveau de l’horlogerie – qui représente moins de 10% du chiffre d’affaires – Mouawad compte arrêter la production de montres en titane et acier pour se focaliser uniquement sur les métaux nobles comme l’or et le platine. Quant aux montres féminines, le sertissage sera de mise pour l’ensemble de la collection. Il sied également de préciser que toutes les montres pour homme seront équipées de mouvements réalisés par les maîtres-horlogers de la Manufacture. «Nos clients – principalement moyen-orientaux, russes et chinois – perçoivent Mouawad comme un joaillier. Nos montres doivent ainsi être portées comme des joyaux.»

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