Bilan

A la découverte de crus très spéciaux

Chaque année, des sites viticoles improbables donnent naissance à des vins insolites. Qui se dégustent moins pour leur divin assemblage que pour l’histoire qu’ils racontent.

Le point commun entre le dalaï-lama et le directeur du Lausanne Palace? Pas grand-chose à première vue, si ce n’est quelques pieds de vigne, farouchement gardés, et pas mal de VIP venus vendanger leur terre. Anecdotiques dans le paysage viticole suisse qui compte aujourd’hui 14 942 hectares en 2010, dont plus de 5000 hectares rien qu’en Valais, ces vignobles s’imposent par l’exceptionnelle situation géographique dont ils bénéficient, la tradition que leurs vignerons perpétuent et le message qu’ils véhiculent. Voici quelques vins suisses mythiques à déguster très «frappés».

Au cœur de Lausanne

Difficile d’imaginer une vigne en plein cœur de Lausanne, de surcroît attenante à l’un des palaces de la capitale vaudoise apprécié pour son côté très urbain. Pourtant, 500 m2 de vignoble en coteau se cache en contrebas du Lausanne Palace & Spa, dans un virage, exposé plein sud. Sans bottes en caoutchouc ni sécateur, mais un verre de blanc frais à la main, Jean-Jacques Gauer, directeur général de l’établissement élu par GaultMillau «Hôtel de l’année 2011», accueille les invités vendangeurs du jour et explique, l’air enjoué, que tout est parti d’un pari lancé entre amis. «Restée en friche de nombreuses années, la parcelle méritait une meilleure utilisation. Quoi faire d’un terrain en pente? Une vigne? Le défi a été lancé, pour rire! Le but de l’opération consiste à vendre le fruit des récoltes aux enchères et reverser tous les bénéfices des ventes à des élèves d’écoles du coin qui en ont besoin. Pour parachever l’idée, on lui a trouvé un nom qui sonne bien, pied de nez humoristique à l’autre palace de la ville – Le Clos du Beau-Virage!» Quatrièmes vendanges de leur histoire sous la direction de Nicolas Pittet, tâcheron de la ville de Payerne, vigneron atypique installé à Savuit dans Lavaux, instigateur de l’association Les Fous du Roi et de la vigne du Clos du Beau-Virage, «elles promettent une bonne cuvée, malgré des conditions climatiques contrastées, commente Nicolas Pittet. Ces vignes, je les travaille à l’instinct. Tout est dit lors des récoltes. Le vin se crée sur pied, pas dans une cave, et sans se prendre au sérieux.» Le ton est donné. Ce jour-là, des personnalités de tout bord ont fait le déplacement pour déguster la raclette du chef Edgar Bovier. Y compris le parrain de l’édition 2011, le célèbre cuisinier du XXe siècle Fredy Girardet, et Pierre Keller, l’incontournable président de l’Office des vins vaudois, également premier parrain du Clos du Beau-Virage. Dans quelques semaines, il officiera, marteau en main, lors de la vente aux enchères des 300 bouteilles de la récolte 2009, qui se tiendra dans un des salons du Lausanne Palace. Les membres du jury ont mis au concours différentes écoles, dont l’une se verra remettre un chèque d’un montant probablement équivalent aux bénéfices récoltés lors de la première année, à savoir 37 000 francs. Les 300 pieds de merlot, vinifiés en blanc lors des premières vendanges, ont été passés en rouge, dès 2009, avec une mise en barriques de deux ans. Le Clos du Beau-Virage, Lausanne Palace & Spa, Vaud. pauline.ladsous@lausanne-palace.ch

La plus petite vigne du monde....

Le Wall Street Journal ou Le Figaro en ont parlé. Michael Schumacher, Bernadette Chirac, Jean-Claude Brialy, Danielle Mitterrand, Micheline Calmy-Rey ou encore la princesse Caroline de Monaco, entre autres, sont venus jusqu’à elle. Elle, c’est la Vigne à Farinet, trois pieds de vigne aussi célèbres que ses vendangeurs et sept décilitres de nectar qui font chaque année couler bien plus d’encre. Plantés par Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud en 1980 pour célébrer les 100 ans de la mort du rebelle Farinet, les trois ceps vivent sous l’impulsion des Amis de Farinet et de Pascal Thurre en particulier, journaliste et président de l’association qui a fait naître le projet aux côtés du célèbre acteur, de Léo Ferré et de Gilbert Bécaud. Propriété de l’abbé Pierre, puis léguée au dalaï-lama en 1999, la Vigne de la Paix, comme ils l’ont tous deux baptisée, continue d’être vendue au profit des plus démunis, comme un symbole au faux-monnayeur légendaire. La récolte annuelle est mariée chaque année à 1000 litres d’un grand cru. Depuis, plus d’un million de francs ont été distribués pour la bonne cause. Il y a quelques semaines, ce sont les pilotes et mécaniciens de la Patrouille de France qui sont venus vendanger les deux ceps de rouge et Jean-Claude Biver, patron de Hublot, est venu couper les grappes de blanc. En vente cette année, la cuvée Farinet a été concoctée par la Cave Rouvinez, à Sierre; 1000 bouteilles d’un pinot noir 2010 vendues 30 francs. L’étrange flacon en forme du fusil légendaire a fait dire au dalaï-lama: «Vous avez banalisé la violence. On ne vous laissera pas banaliser l’Amour»… Un cru mythique à mettre sous le sapin!

La Vigne à Farinet, Saillon, Valais. Cave Rouvinez, 027 7210101. www.rouvinez.com

... et la plus haute d’europe

En altitude  «La Perle des Alpes» provient des flancs escarpés de Visperterminen.

C’est sur les flancs escarpés de Visperterminen, entre 650 et 1150 mètres d’altitude, que le vin blanc issu d’un cépage païen Heida est cultivé. Le plus haut vignoble d’Europe pousse sur une pente escarpée de plus de 500 mètres que les Celtes connaissaient déjà. Avant 1979, les parcelles étaient pratiquement toutes à l’abandon. Le Fonds suisse pour le paysage, puis la corporation du Heida relance «La Perle des Alpes». Sa haute teneur en alcool – plus de 14 degrés – et son côté très fruité et sucré en font un nectar prisé dans le monde entier. La célèbre œnologue suisse et auteure réputée Chandra Kurt en a fait une collection éditée en série limitée: collection Heida Chandra Kurt. La Perle des Alpes, Visperterminen, Valais www.provins.ch

Là-haut sur le glacier

Le Vin des Glaciers, aux arômes de fruits et de noix, se compare facilement à du xérès ou du porto. Il ne se déguste que dans la Cave de la Bourgeoisie de Grimentz, noblesse de la tradition oblige. Car c’est avant tout une histoire que l’on goûte. Celle des premiers Anniviards qui, au XVIe siècle déjà, après avoir attendu la fermentation du vin près des vignobles de Sierre, montaient le vin à Grimentz, à la fin de l’hiver, pour débuter la vinification du vin de Rèze, un vieux cépage autochtone, à trois kilomètres à peine des glaciers, dans des fûts de mélèze. Aujourd’hui, le Vin des Glaciers est fait avant tout d’ermitage. La particularité du vin? Les tonneaux de 900 litres ne sont jamais vidés pour éviter l’oxydation, mais complétés. On ajoute au plus vieux (1886) le contenu de la cuvée suivante et ainsi de suite, jusqu’à la cuvée 2011 qui s’annonce exceptionnelle, au dire de Véronique Tissières, conseillère bourgeoisiale de Grimentz.

Le Vin des Glaciers, Grimentz, Valais. www.bourgeoisiedegrimentz.ch

Crédits photos: Dr

Cristina d’Agostino

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."