Bilan

A l’assaut du grand large

Pensé pour la croisière au long cours, Swiss Catamaran propose depuis trois ans un produit haut de gamme de qualité Suisse prêt à naviguer. Un concept unique dans le monde de la grande plaisance.

Qui n’a pas rêvé de tout plaquer pour larguer les amarres et partir découvrir le monde en voilier ? Carrière, famille, argent ou simplement compétences sont généralement les freins à ce fantasme d’une vie au soleil. Quelques-uns ont pourtant fait ce pas, à l’image de Jürg Von Ins, le patron de Swiss Catamaran. Actif dans la gestion de patrimoine, pour quelques grandes enseignes et pour son compte, ce quinquagénaire, lassé par son métier a décidé de prendre un virage décisif au beau milieu de sa carrière, dans les années 2000. « Je n’ai fait que bosser jusqu’à 50 ans. Alors quand j’ai vu des catamarans de croisière aux Seychelles, où j’étais en vacances, je me suis dit que je voulais prendre un peu de temps pour moi et voyager en voilier. » Cette reconversion ne l’a pas vraiment conduit là où il espérait. Car il passe de potentiel navigateur au long cours, à chef de PME spécialisée dans la construction de voiliers de voyage haut de gamme. Son expérience lui a toutefois permis de comprendre les besoins d’une certaine clientèle qui, à son image, cherche un produit performant et opérationnel à la sortie du chantier. Les aspirants au grand large ne sont en effet plus des barbus au visage buriné, disciples de Moitessier ou Janichon. Ce sont plutôt des cadres accomplis qui peuvent se payer le luxe de prendre du temps pour naviguer plusieurs semaines, vite, loin, entre amis ou en famille.

Changement radical de vie

Quand il décide de se tourner vers le nautisme, Jürg Von Ins s’intéresse, lors du salon nautique de Paris en 2000, au chantier Switch, qui lance justement une unité de 55 pieds (16,8 mètres) dessinée par le renommé bureau VPLP (BMW Oracle Racing, Banque Populaire, etc.). Séduit par le concept, véloce et adapté au grand voyage, il signe la première commande. Le chantier se fait malheureusement dépasser par ce projet trop ambitieux et dépose son bilan au beau milieu de la construction. Entrepreneur dans l’âme, il rachète les actifs de la faillite de l’entreprise ainsi que les locaux et termine le bateau à son compte mais, après avoir arpenté les couloirs des nombreux salons spécialisés, il se rend compte que le Switch doit être modernisé. Il ferme la société qu’il vient d’acquérir et reprend tout à zéro. L’idée de faire un projet de conception suisse devient au fil des mois évidente dans son esprit. Swiss Catamaran naît. « J’ai inscrit la raison sociale à Genève, cherché un architecte, et prospecté   pour un constructeur, car je ne souhaitais pas poursuivre en France. Les conditions pour entreprendre et travailler n’y sont pas intéressantes. » Plusieurs contacts l’orientent chez Sébastien Schmidt, architecte naval réputé de la Cité de Calvin (Décision 35, Psaros 33…). Pour la réalisation, c’est la Turquie, qui possède une grande tradition de construction navale, qui se profile. Plusieurs chantiers de la région d’Antalya sont en effet déjà très actifs dans la production de Super Yacht. La culture du luxe est en place, la main-d’œuvre est abordable, et les relations de travail sont saines. Tous les contacts sont fructueux et l’affaire est lancée en 2007. Sébastien Schmidt sort un premier projet qu’il affine pour arriver à des plans d’exécution. L’architecte naval raconte: « Sur un voilier de compétition, quand on a terminé la partie structurelle, on a fait 90% du travail. Sur un bateau comme celui-ci, ça tombe à 30%. L’aménagement, la plomberie, l’électricité, sont des postes complexes. Nous avons fait un énorme travail d’intégration pour optimiser l’ensemble. » Une équipe de spécialistes collabore d’ailleurs avec le bureau pour l’assister sur ces aspects. Olivier Hourquet, un ancien de VPLP, s’occupe de la partie aménagement, alors que Clemens Dransfeld s’est chargé de tous les calculs structurels. Christophe Buholzer, constructeur de bateaux genevois expérimenté dans la gestion de projet, est dépêché sur place pour suivre la coordination et assurer le contrôle qualité. « J’apporte également mon expérience et ma compréhension du bateau » explique-t-il. Et de poursuivre : « Le chantier fait partie d’un énorme technopôle, où certains construisent des Super Yacht de 50 mètres en composite. Le savoir-faire est donc là, il faut juste amener un peu de coaching pour être sûr d’obtenir ce qu’on veut. »

La plateforme de bain sert également à stocker l’annexe en navigation. Une rallonge de bôme permet de la hisser aisément à bord. Les cabines sont équipées de rangements généreux, permettant de stocker du matériel sous les couchettes. A noter le hublot qui offre une vue imprenable sur l’arrière. La cuisine en U offre un espace facilement utilisable en navigation. Les boiseries, en teck sur ce modèle, sont au choix de l’acquéreur.

  Un voilier clé en main

Swiss Catamaran se démarque de sa concurrence par un concept simple, celui du bateau prêt à partir. Les clients peuvent bien sûr choisir des options, notamment au niveau des essences de bois et de la sellerie. Mais l’équipement complet pour voyager est déjà inclus dans le prix, 1 250 000 euros HT. « Nous sommes restés sur la base d’un bateau de 55 pieds, qui est la taille maximum pour être manœuvré sans un équipage. Le but était de sortir un produit, adapté à une famille ou un couple qui ne souhaitent pas recourir aux services d’un skipper. » Le voilier est vendu avec tout le matériel indispensables à la grande croisière en autonomie totale; large stock de fuel, lave-linge, climatisation, réfrigérateur, congélateur, dessalinisateur, pilote automatique, radar, centrale de navigation complète et dinghy avec moteur hors-bord sont inclus. Équipé d’un mât carbone, garant de performance, les voiles font encore partie du package de base. « Un client pourrait très bien faire les pleins de fuel et de nourriture à la sortie du chantier, et partir pour trois semaines de mer. Aucun concurrent d’offre une telle prestation. » Von Ins ne cherche de toute façon pas à se positionner dans la grande production, telle que Lagoon ou même Catana. Son objectif est d’apporter à cette société une valeur à moyen terme et de produire quatre ou cinq bateaux par an. Un modèle de 45 pieds, visant la clientèle du motor yacht lassée de passer à la caisse au moment de faire le plein, devrait encore être présenté au Salon de Cannes en 2013. L’avenir de cette petite entreprise apparaît dès lors tout tracé. On savait les Suisses doués en voile de compétition. Leur arrivée dans le monde de la croisière semble déjà être une réussite.

Crédits photos: Dr

Vincent Gillioz

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."