Bilan

A la recherche de ses origines

Un nombre croissant de passionnés tentent de reconstituer la généalogie de leur histoire familiale. Un travail d’investigation qui requiert persévérance, méthodologie et sens du détail.

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Un passeport, ici celui de Marie Rossellat, née en 1888, est l’un des outils pour dresser son arbre généalogique. (Crédits: David Huc)

Alain Bezençon, retraité de l’informatique et membre du comité de la Société genevoise de généalogie, partage volontiers son parcours de généalogiste amateur. Orthographiez bien Bezençon, «pas comme la ville», il y tient. Pourtant, dans sa chronique familiale, qu’il fait remonter jusque «vers 1705», on retrouve au fil des siècles toutes les écritures... y compris celle de la cité franc-comtoise. Sa passion, il l’a découverte sur le tard, en tombant sur le livret de famille de ses grands-parents et le livret militaire de son grand-père. Emu par les anciennes écritures manuscrites soigneusement couchées sur de vieux parchemins jaunis par le temps, il se lance dans le traçage de sa lignée paternelle directe.

Commencer par l’Etat civil

Tout débute en général avec un livret de famille, qui mentionne la commune d’origine. «C’est un gros avantage par rapport à d’autres pays, relève Alain Bezençon. Je peux être né à New York, marié au Mexique et décédé en Asie, tout est centralisé dans la commune d’origine.» La recherche s’effectue à partir d’actes de naissance, de mariage ou de décès. Depuis 1900 pour les naissances, 1930 pour les décès et 1960 pour les mariages, la demande doit être formulée auprès des services d’Etat civil compétents. De 1876 aux dates précitées, selon une décision récente, il faut s’adresser aux archives cantonales. «Chacune a son fonctionnement, relève Alain Bezençon, il est préférable de les contacter au préalable pour demander les règles internes. A Genève, où pratiquement tout est numérisé, on peut consulter la base Adhémar en ligne. Dans beaucoup de cas, même la consultation d’archives numérisées nécessite de se rendre sur place, comme dans le canton de Vaud.»

Avant 1876, les actes, souvent ecclésiastiques, se retrouvaient dans des registres paroissiaux généralement regroupés aux archives cantonales. «C’est ici que tout devient plus compliqué, estime Alain Bezençon. Si un mariage a lieu, on sait à 99 chances sur 100 qu’il s’agit de la paroisse de l’époux. Mais sur l’épouse, pas d’informations. Des fois, pour le décès, j’ai juste trouvé «mort gelé dans les bois». Là, encore, on n’en saura pas plus.» La mosaïque religieuse suisse renforce la difficulté: «Imaginez juste, sur Genève: Il y avait des communes catholiques tenues par des prêtres quand la ville même est protestante, avec un registre à part pour le régent de France et deux registres distincts pour rive droite et rive gauche. Je me suis toujours demandé où on enregistrait celui né sur l’île.»

Alain Bezençon, retraité de l’informatique, a fait remonter sa chronique familiale jusque «vers 1705». (Crédits: David Huc)

Remonter dans le temps

Les documents paroissiaux ne présentent pas toujours les dates exactes de naissance, mais souvent l’âge. En revanche, communions et confirmations apportent des éléments utiles, selon Alain Bezençon: «Il est parfois noté le nom du parrain et «père de la mariée». Ou le nom du témoin, «frère du marié». On recoupe les sources pour établir qu’une personne est bien l’ancêtre que l’on cherche.» Un travail de recoupement d’autant plus nécessaire que tout le village est parfois concentré autour de trois ou quatre noms avec le même prénom en lignée ou fratrie, favorisant les confusions. «Il est important de noter tous les détails», rappelle Alain Bezençon, qui exhibe une bible familiale jaunie vieille de deux siècles. A l’intérieur sont notés les noms des membres qui se la transmettent de génération en génération. «Une pratique courante», confirme-t-il.

Autres sources utilisables, les recensements ainsi que certaines particularités, tels les «terriers» dans le canton de Vaud. Précédant le cadastre bernois (1802), puis vaudois (1808), ces documents mentionnent les lignées de propriétaires ou tenanciers ainsi que les gens travaillant pour eux. Le patrimoine des ancêtres et leur position sociale peuvent alors être déterminés, avec l’aide également des documents successoraux.

Consulter les informations des sociétés locales permet parfois de gagner du temps. La Société genevoise de généalogie constitue un «grand arbre», qui compte déjà 850 000 personnes, et où il est possible de retrouver des pans de sa famille reconstituée par des cousins éloignés. Si cette base est en libre accès, tout comme la consultation des archives cantonales, la recherche généalogique reste coûteuse et chronophage en raison des nombreux déplacements et des demandes d’extraits d’état civil, souvent facturés autour de 30 francs l’unité.

Des professionnels sollicités

Entreprendre des démarches quand des aïeux sont à l’étranger se révèle un véritable challenge. L’éditeur français Archives et culture propose un livre Retrouver ses ancêtres, décliné par pays et dont la version suisse est vendue 19 euros. Le recours à des professionnels reste également envisageable. La société Sogeni, huit employés à Lausanne, est spécialisée dans la recherche généalogique. Si son cœur d’activité est le successoral – trouver des ayants droit pour des fonds en déshérence –, elle est aussi contactée par des particuliers. Son CEO, Eric Delangle, relève: «On nous appelle parfois pour solutionner des blocages. La demande provient souvent de particuliers à l’étranger qui font des recherches en Suisse, ou inversement.»

Eric Delangle met en avant un traitement professionnel des sources: «Nos collaborateurs ont plusieurs dizaines d’années d’expérience, ce qui peut aider quand on doit déchiffrer de vieilles écritures sur des documents altérés. En sachant précisément où chercher, on gagne du temps. Certains arbres d’amateurs présentent des inexactitudes, nous nous efforçons de fournir une généalogie exhaustive avec des documents sources à l’appui.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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