Bilan

«Le travail humain est ce qui fait l’émotion dans le luxe»

Raynald Aeschlimann, président et CEO d’Omega, a inauguré avec Nick Hayek jeudi le nouveau site de production ultra-moderne de Bienne. Pour lui, l’automatisation et le travail humain se complètent. Il fait état d’un bond de la demande sur plusieurs marchés.
  • Omega a inauguré son nouveau site de production destiné à l’assemblage des éléments d’habillage (cadrans, aiguilles), au montage des bracelets et à l’emboitage.

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  • Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann (à dr.) a visité le site en compagnie de Nick Hayek, CEO du Swatch Group (au centre), et de Raynald Aeschlimann, CEO et président d'Omega (à g.).

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  • L'inauguration de ce nouveau site témoigne de la dynamique actuelle du groupe Swatch et de sa marque phare Omega en particulier.

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Ce jeudi, Omega, marque phare du groupe Swatch, a inauguré sa nouvelle usine de production à Bienne, en présence du conseiller fédéral Johann Schneider-Amann et de l’architecte japonais Shigeru Ban. L’aboutissement d’un projet annoncé en 2012 et visant à doter la marque d’un site de production aux normes énergétiques et technologiques les plus en pointe.

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Le ministre de l’économie s’est dit heureux de voir que Nick Hayek, CEO de Swatch Group, et Nayla Hayek, présidente du conseil d’administration, ont la volonté d’investir en Suisse, et en particulier à Bienne, avant de rendre hommage à leur père, fondateur de Swatch Group: «Nicolas Hayek, né à Beyrouth, croyait plus en la Suisse que les Suisses eux-mêmes», dit avec nostalgie cet ami de longue date de la famille d’entrepreneurs.

Une unité de production pour éléments d'habillage

Le CEO de Swatch Group a souligné à son tour qu’Omega, qui a investi 150 millions de francs dans le nouveau bâtiment sur un budget total de 350 millions pour les années à venir, a d’abord voulu donner le meilleur outil de travail à ses employés, qui au même moment saluaient les visiteurs derrière les quatre étages aux parois vitrées du bâtiment, vêtus de leur tablier blanc. S’exprimant au sujet du nouveau bâtiment, dont l’armature principale est entièrement en bois, l’architecte Shiregu Ban a précisé qu’«il s’agit de la plus grande structure contemporaine en bois au monde». «Et c’est du bois suisse», a précisé Nick Hayek.

A cette unité de production destinée à l’assemblage des éléments d’habillage (cadrans, aiguilles), au montage des bracelets et à l’emboitage,  s’ajoutera, dans 16 mois, l’inauguration du nouvel édifice du Musée Omega, à un jet de pierre de là. «Ce qui est vraiment impressionnant, c’est l’accent mis sur la recherche d'une qualité sans failles: un site ultra-moderne, où rien n’est laissé au hasard», commente, sur place, Xavier Markl, contributeur au site spécialisé monochrome-watches.com.

L’élément central de ce bâtiment de 16'000 m2, véritable cœur névralgique de l’usine, est un système de stockage high-tech: logé à l’intérieur d’un cube de béton s’élevant sur trois étages, cet entrepôt est entièrement automatisé et peut contenir jusqu’à 32'000 boîtes de composants. Dans une atmosphère à l’oxygène raréfiée pour prévenir les incendies, deux bras robotisés se déplacent à 15 km/h pour effectuer jusqu’à 1400 opérations par heure. Une fois sélectionnés, les différents éléments de la montre sont acheminés directement au bon poste de travail par un réseau intelligent, capable de lire les informations de puces RFID contenues sur les supports des composants.

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But avoué des concepteurs: se rapprocher d’une logistique parfaite. Toutes les salles sont pressurisées pour éviter la poussière, toutes les opérations sont scannées à l’aide de codes-barres, le papier est remplacé par des tablettes. Cette «manufacture industrielle», comme se plaît à la nommer Raynald Aeschlimann, président et CEO d’Omega, est également capable de prendre en charge certains gestes répétitifs, comme des opérations d’huilage, de vissage ou encore de contrôle qualité.

Avant-gardiste également, la visite du bâtiment se fait par l’aménagement d’une sorte de puit central entièrement vitré. A chaque étage, de grands écrans interactifs tactiles permettent d’expliquer les tâches des uns et des autres ou de faire la démonstration des tests effectués, évitant ainsi toute intrusion dans les ateliers et tout contact avec le personnel. Le bunker de stockage, directement sorti d’un film de science-fiction, est également visible par des hublots sur les côtés et le sommet du cube.

Hausse de la demande

Raynald Aeschlimann explique que la marque se porte au mieux, au point qu’elle peine actuellement à satisfaire la demande, qui provient de partout dans le monde, et non pas seulement de Chine. «Nos boutiques affichent des augmentations à deux chiffres depuis bientôt douze mois et ça fait quelques mois qu’on a un plus grand souci de répondre à la demande. Nous allons essayer de produire le plus possible pour pouvoir livrer toutes les pièces attendues», dit-il, enthousiaste.

Evoquant les places de travail, il a précisé que le site a déjà engagé en deux ans plus de 50 personnes sur les 350 qu’Omega emploie. La marque risque-t-elle de se retrouver en surcapacité, étant donné que ce danger guette le secteur horloger? «Tous nos collaborateurs sont très occupés, répond Raynald Aeschlimann, et sur certaines éditions limitées, nous ne réussissons pas à livrer suffisamment». Le bâtiment, précise-t-il, a été construit dans une perspective de long terme, et le principal défi industriel sera pour Omega de certifier Master Chronometer la quasi-totalité de ses mouvements d’ici à 2020. 

Quant à l’automatisation, elle n’est pas destinée à se substituer au travail humain, tient à souligner le responsable de la marque. «L’automatisation est moins destinée à la production qu’à des processus comme la certification. La main va toujours rester. Le travail humain est ce qui fait l’émotion de nos produits de luxe, ce qui caractérise une vraie montre, qui a une âme. C’est pourquoi j’appelle ce site une manufacture industrielle: on compte beaucoup sur nos collaborateurs, leur polyvalence est là justement parce que ce ne sont pas des machines, et ces dernières sont là pour leur rendre les services qu’il leur faut. Ils emploient les machines uniquement lorsqu’ils en ont besoin». 

«Les produits d’Omega ont un niveau de sophistication qui rend effectivement l’intervention de la main humaine nécessaire, analyse le blogueur spécialisé Xavier Markl. L’exigence de qualité de leaders du secteur horloger comme Omega évolue néanmoins vers une production soutenue par des technologies modernes pour répondre à des objectifs ambitieux en termes de qualité, qui doivent être maintenus sur des volumes importants. Les process et critères de contrôle sont une référence en la matière. Rien n’est laissé au hasard quand on vise une production zéro défaut».

Avec ce site et l’ouverture anticipée du nouveau Musée Omega l’an prochain, la marque dispose d’une infrastructure rêvée pour accueillir des visiteurs et des touristes du monde entier, même si elle ne proposera pas, pour l’heure, de boutique sur ce site ou à proximité immédiate.

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Fabrice Eschmann

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