Bilan

«D'ici 2018 à 2020, les règles changeront dans le secteur automobile»

Le Salon de l'automobile de Tokyo a démarré mercredi dernier. Lapo Elkann, entrepreneur hyperactif et petit-fils de Giovanni Agnelli, fondateur de Fiat, était de passage dans la mégapole japonaise. Il a saisi l'occasion pour s'exprimer sur l'avenir du secteur automobile.

Lapo Elkann a lancé récemment Garage Italia Customs à Milan.

Crédits: Image: Pier Marco Tacca/AFP

La semaine passée a été chargée à Tokyo. Le Salon de l'automobile a démarré mercredi, soit quelques jours après la Design Week et le début du Festival international du Film de Tokyo. Lapo Elkann, héritier de la dynastie Agnelli (FIAT, Ferrari,...) était de passage dans la mégapole japonaise. Il participait à la remise du premier Hublot Design Prize dont il est un membre du jury.

Bilan: Parallèlement au prix international de design Hublot, êtes-vous aussi allés au Tokyo Motor Show, le Salon de l'automobile à Tokyo?

Lapo Elkann: Je ne suis pas venu uniquement pour le Tokyo Motor Show. Durant la même semaine à Tokyo, il y a la Design Week, le Festival International du Film de Tokyo. En tant qu'entrepreneur, j'ai une société de production et de distribution de films avec ma soeur qui s'appelle Goodfilms. Nous avons notamment distribué Dallas Buyers Club, Still Alice, The Lobster et le dernier documentaire sur Amy Winhouse. Dans le design, j'étais ici comme jury pour Hublot. J'ai une entreprise, Italia Independent qui travaille merveilleusement bien avec la marque horlogère et Jean-Claude Biver. En ce qui concerne l'automobile, elle coule dans mes veines, c'est mon sang. Je viens de fonder Garage Italia Customs à Milan et je l'ai l'établi dans un immeuble iconique des années 50 que j'ai racheté. J'ai choisi le designer et architecte Michele de Lucchi pour le restaurer.

Que comptez-vous y produire?

Sans que la structure soit complètement établie, nous avons déjà produit 70 voitures, quatre avions privés, quatre bateaux et des motos. En fait, nous voulons devenir le tailleur de l'automobile, de l'aviation, de la moto et des bateaux. Il s'agit de ramener l'excellence de l'Italie dans des produits pour les entreprises et les consommateurs. Dans le premier cas, nous annoncerons prochainement des contrats avec de grands groupes automobiles italiens et d'autres pays. Dans l'aviation, ce sera pareil avec des groupes américain et français. Dans le secteur naval, nous privilégions des entreprises italiennes. J'ai essayé de prendre les meilleurs artisans que je peux trouver en Italie et de les faire travailler ensemble pour du sur-mesure dans tous les secteurs du transport. Nous travaillons aussi avec Alcantara, Sabelt. Bref, pour moi, le succès passe par l'équipe, raison pour laquelle j'ai voulu en construire une qui soit italienne. On démarre en Italie, mais le but est de véhiculer l'excellence italienne sur les objets dans le monde. Garage Italia Customs est appelée à devenir une marque mondiale.

En tant que petit-fils de Giovanni Agnelli, comment avez-vous vécu la récente entrée en bourse de Ferrari?

Je ne vais pas rentrer dans le détail de l'opération. Pour l'Italie, l'IPO constitue un événement très important. Ferrari dispose encore d'un grand potentiel de croissance en terme d'image, comme très peu de marques dans le monde. Je n'ai pas participé à la préparation de cette opération, raison pour laquelle je ne veux pas la juger. J'ai participé au tailor made de Ferrari qui constituait l'un de mes projets et j'ai décidé de construire mon garage pour passer à un niveau supérieur. Ferrari, c'est 2.0, Garage Italia, c'est 5.0. Au-delà, j'estime que cette entrée en bourse est une réussite. Il suffit de lire les journaux. Je le dis aussi en tant que spectateur, italien, grand amoureux de Ferrari et actionnaire. Mais je n'ai aucune fonction opérationnelle chez Ferrari.

Honda compte annoncer le lancement d'une voiture à hydrogène. Que pensez-vous de ce type de technologie?

Au-delà de la voiture à hydrogène, je pense que d'ici 2018 à 2020, les règles changeront dans le secteur automobile. Beaucoup de dirigeants de marques devront comprendre qu'ils devront entamer des processus d'intégration des nouvelles technologies dans les voitures. Il ne s'agit pas que de l'hybride ou des autres types d'automobile, mais des grands groupes comme Apple et Google. Ces géants travaillent dans cette direction et je pense que ceux qui sont à la tête des grands groupes automobile devront comprendre que le jeu en solo est terminé. Si on veut gagner, on doit jouer ensemble et faire des alliances. Celles entre groupes automobile ne suffiront plus et il faudra s'allier aux groupes actifs dans les nouvelles technologies. Les investissements que Google et Apple peuvent se permettre de faire sont gigantesques comparés à ceux de l'industrie automobile et les sommes d'argent qu'ils peuvent se permettre de perdre sont également beaucoup plus élevées.

La bataille sera donc beaucoup plus complexe et plus dure que ce qu'elle ne paraît, car d'autres industries ont envie de rentrer dans le monde de l'automobile. Ce marché ne grandit pas considérablement et de nouveaux acteurs veulent en faire partie avec des très gros moyens et voient de grandes opportunités. Donc les marques automobile devront saisir les changements, les opportunités et s'unir avec les bonnes personnes. Bref, le monde change beaucoup plus rapidement qu'auparavant et ceux qui ne le comprennent pas vont perdre beaucoup de plumes. Dans le secteur automobile, les dirigeants devront faire preuve d'humilité plutôt que d'arrogance. Les alliances se feront lorsqu'il y a convergence d'intérêts et pour que cela se produise, il faut être humble. Car il y aura non seulement des évolutions, mais des révolutions.

Le marché automobile va dans plusieurs directions, entre l'électrique, l'hydrogène, l'hybride, les véhicules sans conducteurs. Quels acteurs domineront le marché de demain?

C'est vrai que beaucoup de marques travaillent dans des directions différentes, mais je ne suis pas dans les laboratoires de recherche et de développement. Les changements ne se feront pas uniquement sur le type de véhicules, mais dans toute la partie technologique. Un autre thème sera de savoir si les gens préfèrent conduire ou se faire conduire. Je ne sais pas exactement ce dans quoi Apple et Google investissent, car je ne travaille pas pour eux, mais je sais qu'ils dépensent des sommes considérables. Il existe encore une inconnue sur la technologie qui dominera dans dix ou vingt ans. De mon côté, je me consacre au sur-mesure dans les transports, un segment en constante croissance. C'est un marché de 94 milliards d'euros pour l'automobile et il est bien plus grand si on parle des avions, des hélicoptères, des motos et des bateaux.

Daniel Eskenazi

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