Bilan

5 raisons de ne pas suivre la mode

Qu’elles touchent aux vêtements ou aux idées, il y a plein d’avantages à ne pas se laisser happer par les grandes tendances du moment.

(en photo ci-dessus)  L’acteur Bill Murray sait-il que Coco Chanel disait que «la mode, c’est ce qui se démode»?

Il est malvenu, dans certains journaux sérieux, de parler de mode. Le mot semble frivole. Il reste d’ailleurs, comme par hasard, attaché au sexe féminin. Mieux vaut donc utiliser le mot «tendances». Celui-ci donne l’impression, pour le moins valorisante, de devenir le sociologue de ses désirs. La chose n’en reste pas moins la même. Seul l’emballage change. Il existe en tout des modes de penser et des pensées à la mode. Voici, en cinq points, pourquoi il ne faut pas hurler avec les loups.

1 Ça coûte cher

Certains produits se retrouvent artificiellement mis en vedette. Ils sont destinés à éclipser les autres. Ces choses sembleront d’autant plus désirables qu’elles resteront rares. Rien ne craint plus la vulgarisation qu’une mode. Elle procède en effet par élimination. C’est le nombre des exclus, et non la qualité des objets, qui en fait le prix. Peu importe, dans ces conditions, que vous aimiez ou non. Il s’agit de montrer que vous pouvez vous permettre d’acheter. Tout le monde n’a finalement pas envie de chaussures Louboutin à l’équilibre instable, d’une 4x4 aussi pénible à parquer qu’un char d’assaut ou du «superappartement» à Dubaï, une ville où l’on s’ennuie non plus à cent sous, mais à dix mille dollars l’heure. En plus, comme le rappelait Coco Chanel, «la mode, c’est ce qui se démode». Il faut sans cesse ressortir ses cartes de crédit «gold» pour acquérir des choses qui ne font même pas plaisir. Dépenser peut devenir un vrai calvaire.

2 Ça uniformise

Par définition, toute mode, qu’elle soit littéraire, spirituelle, artistique ou bassement matérielle, fait ressembler aux autres. Du moins à ceux qui semblent dignes de se voir imités. Il y en a que ce mimétisme rassure. Le phénomène peut au contraire apparaître inquiétant. Vouloir s’effacer tout en se montrant tient tout de même du paradoxe. Il faut pourtant bien admettre qu’une mode constitue un signe de reconnaissance sociale. On fait, ou non, partie du club. Le problème, c’est que l’appartenance n’a plus rien à voir avec l’individu. Elle tient de l’enveloppe. C’est comme si l’homme d’affaires se réduisait à son «attaché-case», ce qui est d’ailleurs parfois le cas. Il faut donc accepter l’idée que tout individu un peu hors norme se remarque plus que vous. Avouez que c’est tout de même rageant, après toutes les dépenses auxquelles vous aurez consenti.

3 mieux vaut des valeurs sûres

Dans le vomissement de produits inondant le marché (des romans de la rentrée aux chemises «made in Korea»), certaines choses semblent échapper au tout-à-l’égout intellectuel. Quand elles durent plus d’un an, on assure qu’elles sont devenues «cultes». Il peut s’agir d’une ville comme Venise, d’un chanteur du calibre Elvis ou des sacs Hermès. Bref. Des classiques que l’on peut porter quand ils sont devenus «vintage». Il s’agit là d’investissements sûrs. Vous misez sur la tradition, parfois mine de rien. Tout ce qui est rockabilly va allègrement sur ses 60 ans comme, dans un autre genre, le style aseptisé de Grace Kelly. Disons que vous acceptez de vous figer dans le temps. De vous madériser. Reste à devenir un bon cru.

4 C’est fatiguant

Tout va toujours plus vite, même s’il faut distinguer les vaguelettes de la mode des lames de fond sociales. Dévalant la pente depuis le XVIIIe siècle, l’avalanche n’en finit plus d’accélérer son passage. Suivre les modes requiert donc non seulement toujours davantage d’argent, mais d’attention. Vous l’avez sans doute remarqué. Innombrables sont aujourd’hui les journaux, de l’hebdomadaire féminin à la revue de décoration, qui proposent d’aider à détecter les tendances. Ils les reniflent pour nous, un peu comme les cochons le font avec les truffes. Ces périodiques permettent de diminuer les retards par rapport aux mouvances, sans prévenir leurs lecteurs qu’une mouvance reste par définition mouvante. Dans cette perpétuelle course au sac, extrêmement fatigante, chacun se fera dépasser par les fashionistas, qui sont de vrais coureurs professionnels.

5 C’est ringard

C’est là le paradoxe. Un homme ou une femme totalement à la mode possède quelque chose de pathétique. Il y a surcharge. C’est trop. L’impersonnalité finit par ressortir. Le plus petit détail déviant apparaîtrait le bienvenu. Le phénomène est surtout sensible dans le monde des idées, très perméable aux tendances. Si quelqu’un vous sert les bonnes pensées qu’il faut avoir en 2012, vous aurez l’impression d’une leçon laborieusement apprise, et resservie par cœur. Vous vous demanderez finalement si votre interlocuteur (ou votre interlocutrice) possède une pensée, pour ne pas dire un cerveau. Autant d’efforts de conformité pour un résultat aussi navrant n’ont rien d’encourageant. Seulement voilà! Existe-t-il plus de 5 ou 10 % des individus à avoir ce que l’on appelle une personnalité?

Paradoxe  Un homme totalement à la mode possède quelque chose de pathétique. Il y a surcharge.

Crédits photos: Lionel Cironneau/Keystone, IMAXTREE

Stéphane Delberg

Aucun titre

Lui écrire

Aucune biographie

Du même auteur:

Comment devenir collectionneur
Vacances, j’oublie tout...

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."