Bilan

50 ans et des poussières de Lune

Alors que certains prévoient des habitants sur la lune d’ici à 2050, les vétérans de l’espace racontent ce que la mission Apollo 11 a changé dans la vision de la conquête spatiale.

A 3 heures 56 (heure suisse), dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, Neil Amstrong descend du module lunaire « Eagle » et pose son pied gauche sur la surface lunaire.

Crédits: Vasily Pindyurin

Au milieu des fusées alignées sur le terrain qui mène au Kennedy Space Center, et même avant d’arriver sur la base de cap Canaveral, dans le bus officiel qui conduit le visiteur vers le centre consacré à la glorieuse épopée lunaire, le message raconte, encore et encore, l’exploit qui restera gravé dans l’inconscient collectif du milliard de Terriens qui, ce jour-là, regardaient, médusés, les images en direct : le 20 juillet 1969, à 21 h 17 (heure suisse), le module lunaire Eagle de la mission Apollo XI se pose sur la Lune. L’astronaute Neil Armstrong annonce: « Houston, ici la base de la Tranquillité. L’Aigle a atterri. »

A 3 heures 56 (heure suisse), dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, Neil Amstrong descend du module lunaire « Eagle » et pose son pied gauche sur la surface lunaire. (Crédits: NASA)

Deux mois avant les célébrations très attendues de ce moment d’histoire, la marque horlogère suisse Omega conviait le 9 mai dernier les astronautes encore vivants à témoigner. Et à raconter les raisons qui les ont poussés vers l’exploit. Comme pour offrir une résonance plus humaine et passionnée à ce qui aujourd’hui semble davantage tourné vers une aventure commerciale. A l’heure où l’administration Trump souhaite que la NASA envoie de nouveau des hommes sur la Lune d’ici à 5 ans, que Jeff Bezos, patron d’Amazon et fondateur de la compagnie aérospatiale Blue Origin, aligne ses ambitions d’alunissage (avec Blue Moon) à celle du gouvernement américain et qu’Elon Musk confirme ses avancées dans les vols habités dans l’espace avec la capsule Dragon de SpaceX, la Lune est de nouveau l’objet de toutes les convoitises. Le panache en moins ?

Des aventuriers d’un autre temps

A cap Canaveral (Floride), ce jour-là, l’envie est de retrouver un peu de cette superbe et de cette grandeur humaine qui font les exploits. Astronautes et aventuriers d’hier et d’aujourd’hui se retrouvaient donc pour faire le point sur ce que ce premier alunissage pouvait encore signifier dans la conquête de l’espace. Charlie Duke, légendaire astronaute et dixième homme à avoir marché sur la Lune lors de la mission Apollo 16, affirme sans hésitation : « Les Etats-Unis, mais aussi l’économie mondiale, ont passablement tiré profit de ces avancées technologiques. Les satellites, les GPS et autres technologies auxquels nous sommes habitués dérivent tous de cette incroyable aventure. » Il est, avec Buzz Aldrin, absent ce jour-là pour raison de santé, celui qui est encore aujourd’hui la mémoire vivante de la mythique mission Apollo 11. Parfaitement à l’aise sur scène comme en interview, le regard amusé et visiblement comblé de partager ses souvenirs, c’est lui qui ouvre les feux de cette journée consacrée au 50e anniversaire de l’alunissage des hommes de Neil Armstrong. C’est déjà lui, alors désigné CAPCOM (seul habilité au lien radio avec Apollo 11 depuis la base de Houston, Texas), qui redonnait espoir à la Terre entière, ce 20 juillet 1969, alors que le module touchait le sol lunaire, toute alarme hurlante, avec moins de 30 secondes de réserves de carburant embarquées. Il prononçait ces mots : « Reçu… Tranquility, on copie au sol. Vous avez un tas de gars sur le point de virer au bleu. On respire à nouveau ! » Alors, à la question de savoir si voyager vers la Lune a changé sa vision de la Terre, Charlie Duke répond : « Voir ce cercle bleu de l’atmosphère se dessiner autour de la Terre et toutes ces couleurs change la perspective que vous en avez. C’est très inspirant. Mais nous étions, je dois le dire, davantage préoccupé par les opérations, sur le travail à faire là-haut, pour ensuite redescendre sur Terre. Ce fut une formidable aventure, à plus de 20 000 miles par heure. A cette vitesse, des flashs se dessinent tout autour de vous. Tout tremble. Tout devient très vite comme une boule de feu en entrant dans l’atmosphère! Quelle balade ! Ce fut une aventure unique. »

Le parterre de journalistes internationaux qui l’écoute est déjà séduit. Le panache agit encore à plein régime… Bientôt rejoints par un autre vétéran de l’espace, le général 3 étoiles Thomas Stafford, ces aventuriers d’un autre temps, ces «têtes brûlées» semblent encore incarner l’esprit d’exploration.

Charlie Duke, légendaire astronaute et dixième homme à avoir marché sur la Lune lors de la mission Apollo 16 (Crédits: Dr)

Thomas Stafford, lui, n’a rien oublié de ses quatre missions: Gemini 6 et 9 dans lesquelles il était commandant, son vol sur Apollo 10 deux mois avant Apollo 11 pour photographier et cartographier les terrains d’alunissage et son aventure sur Apollo-Soyouz, en 1975, rencontre spatiale entre astronautes et cosmonautes qui a permis de mettre fin à la guerre froide. Aujourd’hui encore, celui qui vient de recevoir en avril dernier le Lifetime Space Achievement Award peut prétendre au titre d’homme le plus rapide de l’espace, son record de vitesse avec Apollo 10 atteignant alors les 24 791 miles à l’heure. Toujours valide…

En 1962, la Speedmaster CK2998 est la première montre dans l’espace, portée au poignet de l’astronaute Walter Schirra. (Crédits: Dr)

Autour d’eux se dessine une aura que les cosmonautes estampillés XXIe siècle ne peuvent égaler. Admiratifs, l’astronaute Nicole Stott, 28 ans de carrière à la NASA et le commandant de l’ISS et photographe de l’espace Terry Virts racontent ce qui, aujourd’hui encore, incite des humains à partir dans l’espace. « Une des choses les plus exceptionnelles, raconte Nicole Stott, c’est bien la vue que vous avez depuis l’ISS, en regardant à travers le hublot. Rien n’est comparable à cela. Rien ne vous y prépare. Imaginez une ampoule la plus brillante que vous ayez jamais vue et que vous l’ayez éclaboussée de toutes les couleurs de la Terre. Vous l’allumez. Elle est si claire et si brillante que rien ne peut vous la faire quitter des yeux. C’est tellement brillant et beau. C’est quelque chose qui reste avec vous. » Les scientifiques seraient-ils tous un peu mystiques ? Nicole Stott tempère: « La majorité des astronautes sont des techniciens, mais chacun de nous est un peu un poète, un artiste ou un communicateur qui veut partager son expérience. »

En 2019, la dernière Speedmaster 50e anniversaire d’Apollo 11 édition limitée à 6969 pièces. (Crédits: Dr)

Quel avenir sur la Lune ?

Si certains prévoient que d’ici à 2050 un millier de personnes vivront sur la Lune, la solution de creuser des tunnels pour se protéger des rayonnements cosmiques, des températures très basses et contre les météorites se dessine déjà. A quelles fins ? A long terme, certains parlent d’aller chercher des minerais sur la Lune ou des astéroïdes. Même « les marcheurs » lunaires d’un autre temps y croient. Charlie Duke, qui avait passé plus de 20 heures sur la Lune dans la « région de Descartes » en 1972, confirme : « J’ai toujours pensé que c’était un lieu unique et parfait pour construire une base, pour expérimenter, étudier concrètement les possibilités de survivre sur Mars. Mais avant d’aller sur Mars, il faut avoir une confiance absolue dans les technologies, installations et systèmes pour y aller, car une fois là-haut, vous êtes bien seul… » Même constat pour Nicole Stott : « J’aime l’idée aujourd’hui que la Lune soit une base test pour les explorations futures. La Lune reste capitale pour nos explorations futures. Mais tout ce que nous faisons dans l’espace consiste à améliorer avant tout la vie sur Terre. Sur l’ISS, depuis vingt ans, 15 nationalités se côtoient en bonne entente. Une équipe de 6 cosmonautes fonctionne de manière très fluide dans un espace confiné, avec des ressources calculées au plus près des besoins, au plus juste, en bonne harmonie. C’est l’exemple parfait que cela est possible, mieux que sur Terre. »


(Crédits: Stéphanie Lipharft/PME)

Omega dans l’espace

Montre officielle du légendaire exploit qui se déroula, il y a un demi-siècle, à un peu moins de 400 000 kilomètres de la Terre, la Speedmaster d’Omega existe dans le cosmos depuis 1962 et la mission Mercury-Atlas 8, grâce à l’astronaute Walter Schirra qui embarquait à son poignet sa montre personnelle Speedmaster 2e génération réf. CK 2998. C’est en mars 1965 que la Speedmaster a été homologuée pour toutes les missions spatiales habitées par la NASA. Mais c’est en 1957 déjà que la montre voit le jour dans les ateliers d’Omega. Curieusement, la Speedmaster n’a pas été développée pour les astronautes mais pour les pilotes de voitures de course, l’équipe de course, les ingénieurs, les scientifiques, et même les médecins. Omega doit ce virage spatial à un homme, Jim Ragan, ingénieur à la NASA et chargé de l’équipement des membres de la mission Apollo 11. Après avoir défini une batterie de tests susceptibles de répliquer les conditions dans l’espace et sur la Lune, une dizaine de marques décidaient de participer au concours. Trois montres se retrouvaient sélectionnées en finale : une Rolex, une Longines et la Speedmaster d’Omega. Les derniers critères et tests éliminatoires – les vibrations, les températures et les pressions – déterminèrent la gagnante absolue en matière de résistance, la Speedmaster. Aujourd’hui encore, tout aventurier du cosmos, qu’il fasse partie de l’ESA, de la NASA ou juste au-dessus de nos têtes sur l’ISS est systématiquement équipé de deux montres de l’horloger suisse : une Speedmaster Moonwatch Professional pour les sorties extravéhiculaires et une Speedmaster Skywalker pour les activités à l’intérieur des capsules.

Cristina d’Agostino

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