Bilan

Un golf dans mon jardin

Quel golfeur n’a jamais rêvé de pouvoir disposer de son propre parcours? Certains ont franchi le pas, avec quelques trous et/ou un putting green. Reportage.
  • Green privé dans une propriété romande, en gazon synthétique.

    Crédits: Dr
  • Golf d’approche avec un bunker et un green face à la Méditerranée, élaboré à Saint-Jean-Cap-Ferrat sur une surface de 2000 m2.

    Crédits: Thierry Parel

A Genève, rares sont les propriétés familiales suffisamment vastes pour être dotées d’un parcours de golf. D’ailleurs, à notre connaissance, seule l’ancienne propriété des Latsis (près de 8 hectares), située à la frontière entre les villages de Vandœuvres et de Cologny, possède un 9 trous. Son propriétaire actuel, Georges Cohen,

y vit de moins en moins et ni lui ni ses enfants n’y joueraient. Feu Jean de Toledo avait en son temps fait réaliser un miniparcours de 3 trous, sur sa propriété sise pas très loin de celle de Georges Cohen. En Californie, la célèbre chanteuse Britney Spears a acquis l’an dernier une propriété dotée de 3 trous de golf. On ne sait pas si elle possède un handicap…

De son côté, le milliardaire canadien Paul Desmarais, notamment président de Pargesa, est l’heureux propriétaire d’un golf privé. L’industriel Marcel Bich s’était aussi offert une folie sur ses terres de chasse en Sologne en créant un magnifique parcours sur 600 hectares. Mais ses héritiers ne souhaitant pas supporter les coûts d’entretien faramineux, ils l’ont cédé à un groupe d’investisseurs.

«On estime à environ 25% les très grandes propriétés qui sont équipées au moins d’un putting green, soit en gazon synthétique, soit en gazon naturel», témoignent Franck-Johann Bodenmann, directeur associé et architecte paysagiste HES, et Raphaël Saive, directeur associé et architecte paysagiste DPLG/SIA au sein du plus important bureau de paysagisme de Suisse romande: Gilbert Henchoz. «C’est une niche pour notre entreprise, mais elle se développe depuis environ trois ans.»

Ce bureau a ainsi participé à la réalisation de divers projets en Suisse romande et dans le sud de la France. C’est justement à Saint-Jean-Cap-Ferrat qu’il a élaboré un plan d’aménagement en 2012 qui a permis non seulement de créer un golf d’approche avec un bunker et un green face à la Méditerranée (sur une surface de 2000 m2), mais aussi de sauver et mettre en valeur une oliveraie inscrite à l’inventaire que le client, un Irlandais, pensait abattre. Ce mandat leur était parvenu via un architecte français avec lequel Gilbert Henchoz avait collaboré sur la Riviera vaudoise. 

Un gazon naturel...

Présente sur place un jour par semaine, une équipe a réalisé aussi les plans d’exécution. «Ce projet a été fait avec du gazon naturel, lequel nécessite beaucoup d’entretien: sur un green, l’herbe ne doit pas dépasser les 3 mm, raison pour laquelle un greenkeeper a été engagé.» 

Un greenkeeper, ou intendant de terrain, se définit, en théorie, comme le responsable technique d’un golf: il organise le travail des jardiniers et gère le budget relatif à l’entretien du parcours. Néanmoins, dans la pratique, bon nombre d’intendants de terrains, employés sur de petites structures (9 trous), assument simultanément les fonctions de jardinier, de mécanicien et de fontainier.

«Nos clients débauchent des greenkeepers auprès de clubs de golf. Ce métier nécessite une formation très spécifique. Il faut établir un planning dense, savoir agir et anticiper le développement de champignons qui laissent des traces sur le gazon ou encore le dessèchement qui provoquera des croûtes. Il faut aussi vérifier régulièrement le réseau de drainage, d’autant plus lorsqu’il y a des arbres à proximité car leurs racines créent des dégâts. Il faut sabler régulièrement et avoir des machines de tonte très spécifiques.» Bref, il est plus rentable d’intégrer dans son personnel de maison un greenkeeper que de confier cette tâche à une entreprise de jardinage. 

... ou synthétique?

C’est la raison pour laquelle d’autres clients optent de plus en plus fréquemment pour le gazon synthétique. A Etoy (VD), l’entreprise Gilbert Henchoz vient d’achever un chantier avec un putting green sur une zone de 160 m2 où le choix s’est porté sur du gazon synthétique. «Visuellement, on ne voit pas la différence. Sauf si l’on choisit de se faire plaisir en choisissant une couleur fun, comme c’est désormais possible, par exemple rose ou fuchsia. On peut même réaliser des bunkers avec du gazon synthétique plus dense et d’une couleur sable. Cette solution permet de ne pas avoir à arroser, à effectuer des traitements phytosanitaires ou encore à sabler régulièrement. En plus, on parle d’une durée de vie garantie sur quinze ans au moins.» Le coût estimé pour la réalisation d’un putting green est de l’ordre de 50 000 francs (soit environ 300 francs le mètre carré).

Autre chantier récemment achevé à Conches (GE), dans une zone inexploitée d’un grand domaine qui a été transformé progressivement sur une période de huit ans. Là aussi, les clients ont opté pour un putting green, avec une zone fairway, soit environ 1000 m2 en gazon synthétique.

«Ce genre d’aménagement crée une zone très bien entretenue, offrant des perspectives très ouvertes et qui permet de réellement mettre en valeur les aménagements paysagers périphériques, résume Franck-Johann Bodenmann. Lorsque nous voyons chez le client un sac de golf, nous lui proposons désormais un aménagement golfique. Même pour une grande terrasse en attique. Mais dans ce cas cela sera plutôt un minigolf, pour des raisons de sécurité.»

Le bureau Gilbert Henchoz participe actuellement à deux concours publics en France, l’un près de Bordeaux pour deux parcours de 18 trous, l’autre au-dessus de Bonneville pour un 9 trous. C’est une certitude. Les aménagements golfiques sont en passe de prendre toujours plus d’importance.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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