Bilan

Ma villa chez les milliardaires

Saint-Barth, petite île des Caraïbes, a su garder son charme. On n’y vient pas pour faire la fête, mais pour se détendre entre amis en y louant une maison de rêve. Récit.
  • L’île est réputée pour sa tranquilité.

    Crédits: Laurent Benoit
  • Villa de quatre chambres à Colombier à la pointe nord-est de l’île. Elle se loue dès 20 000 dollars la semaine.

    Crédits: Dr
  • L’une des dernières demeures mises sur le marché de la location, face à l’anse des Cayes.

    Crédits: Laurent Benoit

St Barts, comme le disent les Américains. Le nom de ce petit paradis français perdu dans les Caraïbes résonne comme une mélodie de Gershwin jouée pour Gatsby le magnifique. Ce n’est pas pour rien que Leonardo DiCaprio, qui incarna ce rôle voilà deux ans, aime à venir s’y détendre. Nombreuses sont les célébrités américaines à s’y rendre: Steven Spielberg, Paul Allen, Beyoncé, Rihanna, Salma Hayek, Penélope Cruz, Dustin Hoffman.

Alors que les Européens mettent environ neuf heures en avion pour rejoindre ce confetti en forme de V, New York n’est qu’à quatre heures de vol et sans décalage horaire de surcroît. Ceux-ci forment donc 80% de la clientèle, voire près de 100% lors du «Thanksgiving» américain (le 4e jeudi du mois de novembre). Ils y apprécient le calme, la nature préservée, ainsi qu’une certaine «french touch». Notamment la disponibilité des meilleurs produits français: tous les grands vins, les meilleurs fromages et, bien sûr, la présence de boulangers.   

C’est David Rockefeller qui le premier est venu s’y offrir un terrain de 28 hectares pour y bâtir une résidence secondaire en 1957. Nombreux furent ensuite les célébrités à s’être intéressées à ce petit coin de paradis. A commencer par Benjamin de Rothschild qui fit édifier Gitana Bay, avant de la revendre en 2005 pour quelque 20 millions de dollars. Les VIP y sont légion, certes, mais rares sont les grandes parcelles encore disponibles.

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Le président de la collectivité, Bruno Magras (qui possède une petite compagnie aérienne), gère l’île en bon père de famille. Pas question de déclasser davantage de zone verte, ni d’autoriser des hauteurs supérieures à celles des palmiers pour le bâti. Le résultat se voit. L’île se distingue de sa voisine Saint-Martin, marquée par les buildings et la délinquance.

Toutefois, pas besoin d’être riche comme Rockefeller ou Rothschild pour vivre à Saint-Barth. Le visiteur aura l’embarras du choix pour s’y loger. Sauf, bien sûr, s’il vient pour y travailler avec un salaire français. Le moindre studio disponible revient au minimum à 1000 euros alors que les saisonniers gagnent entre 1000 et 1500 euros. Ce qui ne va pas sans poser de gros problèmes pour les hôteliers notamment. Un exemple? Pour le projet d’hôtel 5 étoiles à Grand-Cul-de-Sac, dont l’ouverture ne cesse d’être reportée, ses promoteurs cherchent désespérément 80 logements pour le personnel.

La principale agence immobilière active à Saint-Barth est sans conteste Wimco (West Indies Management Company). Elle vient de signer son 380e mandat sur l’île, autrement dit elle gère un parc de 380 villas de luxe. «Nous faisons environ 1800 arrivées de clients par année, ce qui représente 8000 à 9000 personnes. Le second acteur du marché n’en fait que 800», se réjouit Laurent Edery, directeur du service location chez Wimco St Barts. 

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Précisons qu’il doit y avoir un peu moins de 500 villas qui sont mises partiellement en location, quand les propriétaires ne sont pas présents. C’est ce que fait Johnny Hallyday, par exemple. Alors que le galeriste Larry Gagosian ou l’oligarque russe Roman Abramovitch (qui a acquis sa propriété pour près de 100 millions en 2009 avec l’accès direct à la place, ce qui est rarissime) s’y refusent.

Pour l’anecdote, ce dernier avait offert 3 millions d’euros en 2010 pour la construction de l’unique stade de foot de l’île à Saint-Jean, à côté du petit aéroport. L’acteur Jean-Claude Darmon et l’ancien footballeur Robert Pirès, tous deux propriétaires à Saint-Barth, ont participé au match inaugural.

Laurent Edery a eu une idée de génie pour booster la location de villas: attribuer un concierge à chaque client. «Nous avons actuellement 6 concierges, davantage en haute saison lorsque nous avons plus de 100 villas louées. Cela étant, une bonne moitié de notre clientèle est constituée d’habitués, lesquels ont beaucoup moins besoin des services du concierge vu qu’ils connaissent bien l’île. Chaque concierge peut gérer jusqu’à 25 villas.»

Ainsi, si un visiteur ne souhaite pas cuisiner, il lui suffit d’appeler son concierge, ou ce service peut être convenu à l’avance. «Lorsque le client revient, il demande à se voir attribuer le même concierge. D’où l’importance de s’assurer que nos employés sont satisfaits et restent. Le concierge devient leur interlocuteur privilégié», relève Laurent Edery. Ce dernier illustre son propos avec une anecdote: «Une fois, un client russe nous a demandé un Père Noël le 29 décembre à 19 h 30. Il le voulait pour 20 h 15. Nous avons trouvé une solution, même si nous sommes sur une petite île et pas à New York. Ici, les magasins ferment à 16h, sauf les boutiques de luxe de Gustavia.» 

Chaque villa est dotée d’au minimum une piscine, parfois deux, voire encore de jacuzzis. Ayant tout au plus une quinzaine d’années, elles offrent toutes une vue splendide sur l’océan, telle la villa Lagon Bleu située à Petit-Cul-de-Sac (cela ne s’invente pas !), mais avec des paysages très différents, vu la configuration de l’île. Les plus récentes offrent la climatisation dans le salon, quand bien même l’île manque parfois d’électricité. Alors que les autres la réservent aux chambres à coucher. Dans les dernières constructions, on voit apparaître des salles de fitness, de plus en plus appréciées.

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Wimco a noué divers partenariats avec des spécialistes sur place. Ainsi, il s’est associé à Oceanculture, spécialisé dans les soins naturels, qui propose des massages avec des coquillages, de l’huile de coco ou directement dans l’eau de la piscine… De plus, en cas de demandes particulières de plats, de boissons ou encore de petits-déjeuners, Wimco fait appel au traiteur Maya, dont le jeune chef passionné a exercé son talent jusqu’en Suisse.

Cela étant, il existe d’excellentes adresses sur l’île, notamment dans la petite capitale, Gustavia. Citons 25 Quarter (25, rue Charles-de-Gaulle), un restaurant qui vient de rouvrir décoré avec des toiles réalisées tout spécialement par le talentueux «street artist» lillois Mister P qui s’inspire justement de la bobine de l’ancien président français. On peut y manger un menu vegan très créatif concocté sous la houlette de Kristine Kelly. 

Enfin, sachez que pour se rendre à Saint-Barth, il n’y a pas que l’avion, il existe aussi la possibilité de venir en hélicoptère ou en bateau. Mais l’expérience d’un atterrissage à Saint-Barth vaut son pesant d’or… 

 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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