Bilan

Londres s'engage contre l'argent sale dans l'immobilier

David Cameron a annoncé des mesures inédites pour lutter contre l'afflux d'argent sale dans l'immobilier au Royaume-Uni, au moment d'accueillir un sommet anticorruption.

David Cameron a affirmé que "les entreprises étrangères qui possèdent ou veulent acheter un bien au Royaume-Uni devront désormais révéler le nom du véritable propriétaire".

Crédits: Reuters

David Cameron a ouvert jeudi à Londres un "sommet" contre la corruption après avoir annoncé des mesures inédites pour lutter contre l'afflux d'argent sale dans l'immobilier au Royaume-Uni, régulièrement pointé du doigt pour sa complaisance envers ses propres paradis fiscaux.

Les représentants d'une cinquantaine de 50 pays, dont les présidents de l'Afghanistan et du Nigeria, le secrétaire d'État américain John Kerry, ainsi que la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde et le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim devront signer une déclaration dans l'après-midi promettant de nouvelles actions.

En ouvrant le sommet, le Premier ministre britannique a comparé la corruption à "un cancer" qui a longtemps constitué un "tabou international".

"Parce qu'elle détruit les États nations, la corruption constitue autant un ennemi que les extrémistes que nous combattons", a estimé pour sa part John Kerry.

Les ONG et militants anticorruption attendent surtout des mesures concrètes, un mois après les révélations des "Panama Papers" qui ont mis au jour l'utilisation à grande échelle de sociétés offshore permettant de placer des actifs dans des territoires opaques.

Le Royaume-Uni, lui-même, est critiqué pour le manque de transparence de ses territoires d'outre-mer: sur les 214.000 entreprises représentées par le cabinet panaméen Mossack Fonseca, au coeur du scandale des "Panama Papers", plus de la moitié sont domiciliées dans les îles Vierges britanniques.

Celles-ci ne seront pas représentées à Londres, pas plus que le Panama.

"Bannissez-les!"

"Les entreprises légitimes n'ont pas besoin de ces sociétés anonymes. Bannissez-les!", a lancé l'homme d'affaires soudano-britannique Mo Ibrahim au sommet.

"Je connais la volonté du gouvernement britannique qu'il soit mis fin à ces systèmes opaques", a souligné devant la presse le ministre français des Finances Michel Sapin.

La crédibilité de David Cameron en tant qu'hôte du sommet a également été mise a mal par le fait qu'il a été personnellement éclaboussé par les "Panama Papers".

Lors d'une séquence particulièrement pénible pour son image, il a dû admettre qu'il avait détenu des parts dans la société offshore de son père Ian, décédé en 2010.

Sous pression d'agir, il a annoncé, quelques heures avant l'ouverture du sommet, que "les entreprises étrangères qui possèdent ou veulent acheter un bien au Royaume-Uni devront désormais révéler le nom du véritable propriétaire".

La mesure, très attendue, vise d'abord les quelque 100.000 logements en Angleterre et au Pays de Galles, dont 44.000 rien qu'à Londres selon les chiffres officiels, qui sont détenus actuellement par des sociétés offshore sans qu'on ne connaisse l'identité réelle de leur bénéficiaire.

"Refuge pour l'argent volé"

Sans être illégale, la pratique a transformé l'immobilier londonien en "refuge pour l'argent volé du monde entier", selon l'association Transparency International. Entre 2004 et 2014, des biens immobiliers d'une valeur totale de 180 millions de livres ont été visés par des enquêtes de la police pour corruption. Transparency International estime qu'il ne s'agit là que "de la partie émergée de l'iceberg".

"Le nouveau registre pour les entreprises étrangères signifiera que les individus et les pays corrompus ne seront plus en mesure de faire transiter, de blanchir et de cacher de l'argent sale à travers le marché immobilier londonien", a affirmé Downing Street.

Robert Palmer, de l'ONG Global Witness, a applaudi "un pas en avant". "Mais la plus grande pièce du puzzle manque toujours: que les paradis fiscaux montrent patte blanche", a-t-il déclaré à l'AFP.

Selon un sondage de l'ONG publié dimanche, 80% des Britanniques estiment que David Cameron a une "obligation morale" de rendre le plus transparent possible les territoires britanniques d'outre-mer.

A Trafalgar Square, des militants anticorruption avaient installé jeudi transats, palmiers et sable fin pour simuler un "paradis fiscal tropical".

Le gouvernement britannique a ajouté que "la France, les Pays-Bas, le Nigeria et l'Afghanistan allaient suivre le leadership du Royaume-Uni en s'engageant à lancer leurs propres registres publics sur les bénéficiaires effectifs des sociétés offshore".

Un décret instituant un tel registre a été publié mercredi en France.

Outre l'immobilier, Londres a annoncé la mise en place d'un échange automatique d'informations sur les registres avec certains de ses territoires outre-mer et des dépendances de la Couronne, sans préciser lesquels. Ainsi que la création d'un centre international d'enquête anticorruption basé à Londres.

Selon Jose Ugaz, le président de Transparency International, la lutte doit être menée de concert entre pays riches et pays défavorisés. "Il faut être deux pour danser le tango", a-t-il dit à l'AFP.

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