Bilan

Le sucre a provoqué d’innombrables ravages

Déportations d’êtres humains, saccages environnementaux, crises sanitaires: un historien raconte comment cette substance douce est source de désastres.

James Walvin

Crédits: Dr
«Histoire du sucre, histoire du monde», James Walvin, La Découverte, 2020, 286 pages (Crédits: Dr)

Le sucre a toujours été nuisible! C’est ce qu’affirme James Walvin dans l’introduction de son Histoire du sucre, histoire du monde. «Il a été catastrophique pour la main-d’œuvre (esclaves et travailleurs forcés sous contrat) et épouvantable pour l’écologie des régions où on le cultivait. Nous savons maintenant qu’il est la principale cause des problèmes de santé partout dans le monde», résume ce professeur émérite de l’Université de York en Grande-Bretagne.

Il a fallu l’exploitation d’êtres humains pour transformer le sucre de bien de luxe en marchandise ordinaire indispensable. Plusieurs millions d’Africains ont été déportés vers les Caraïbes et l’Amérique pour travailler dans les plantations de riches entrepreneurs qui ont amassé des fortunes colossales. La colonisation de ces terres a entraîné l’extermination des populations indigènes, ainsi que le saccage des paysages et des forêts tropicales. En bouleversant les habitudes alimentaires pour devenir à la portée de chacun alors qu’il était auparavant réservé aux riches et aux puissants, le sucre a provoqué des ravages sanitaires (caries, diabète, obésité) sans précédent.

Présent dans l’alimentation depuis des millénaires (l’art rupestre montre que le miel est une source de plaisir), le sucre a connu plusieurs transformations au fil du temps. Au XIXe siècle, rappelle James Walvin, le sucre de betterave est une innovation aux conséquences incalculables: il est désormais une alternative aux importations des colonies tropicales. Avec la révolution industrielle, le sucre devient une source vitale de nourriture et d’énergie pour toute la population.

Au XXe siècle, de puissants lobbies ont défendu les multinationales de l’agroalimentaire en lançant des campagnes mensongères avec la complicité de chercheurs afin de contrer le lien entre le sucre et l’obésité. Une équipe de Harvard a même passé en revue la littérature scientifique pour minimiser son rôle et incriminer le gras. Comme l’industrie du tabac, celle du sucre a évoqué la responsabilité individuelle dans les choix que font les consommateurs afin de la délier de toute responsabilité.

Depuis quelques années, le vent a tourné. Un large consensus sur la nocivité du sucre cherche à contraindre les acteurs de l’agroalimentaire à réduire la quantité de sucre dans les aliments et les boissons. Par exemple, Coca-Cola fait désormais la promotion d’une boisson «zéro sucre», autrement dit «en soulignant ce qui lui manque», ironise James Walvin. 


Les vertus de l’équilibre

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En connaisseur de la Russie et de la Chine, l’avocat genevois Serge Fafalen, qui vit à Hongkong depuis 2004, discute des bons et des mauvais usages sociétaux de la règle de droit, dans un ouvrage complexe, tiré de sa thèse en philosophie du droit. Dans un premier volume, il se pose en observateur de l’histoire du droit, en particulier dans le cadre de la fin de la première guerre froide, de la présence britannique à Hongkong et de la montée de dogmatismes, créant les conditions d’un affrontement global. Un second volume fait une analyse politique, puis économique, de ces observations: «Le plus fort» (les Etats-Unis) a toujours cherché à imposer son «bon droit», sa culture et ses valeurs, en matière politique autant qu’économique. En exigeant de l’UE de choisir son camp et d’ignorer les spécificités culturelles de ses peuples, il néglige la classe moyenne et les droits des individus qu’elle asservit aux lois fallacieuses de son progrès et de ses marchés. Un troisième volume en tire des conclusions philosophiques: contestant la réalité des concepts d’une morale commune à tous, l’auteur élabore une éthique de l’action raisonnée, prônant les vertus de l’équilibre et du dialogue. SG

Quelle morale pour la règle au XXIe siècle? en trois volumes, par Serge Fafalen, Schulthess Editions romandes, 2020, 790 pages.


L’ascension d’un président

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Dans le premier tome de ses mémoires présidentiels, Barack Obama retrace son parcours avant d’accéder à la fonction suprême. Le Démocrate nous invite à découvrir les coulisses de son premier mandat et offre une virée fictive mais exclusive de la Maison-Blanche.

Il lève le voile sur les dessous de la fonction présidentielle et notamment les défis économiques qu’il a rencontrés telles la restitution du système de santé ou la réforme de Wall Street. KK

Une terre promise, Barack Obama, Editions Crown, novembre 2020, 768 pages.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Jean-Philippe Buchs est journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

Du même auteur:

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