Bilan

L’architecture sauvera-t-elle le monde?

L’édition 2021 de la Biennale d’architecture de Venise pose une question majeure: «Comment allons-nous vivre ensemble?» Un débat capital dans le contexte actuel.

  • Vue de l’Arsenale, lors de l’édition 2018.

    Crédits: Andrea Avezzù/Courtesy La Biennale di Venezia
  • Le pavillon espagnol présente «Uncertainty»: une forêt de papiers flottants faisant allusion à la situation illégale des clandestins fuyant des situations terribles.

    Crédits: Francesco Galli
  • L’exposition du pavillon suisse, baptisée «Oræ – Experiences on the Border», explore la notion de frontière.

    Crédits: Gaetan Bally/keystone

Miroir du monde contemporain, la Biennale d’architecture de Venise est un gigantesque laboratoire d’idées qui interprète, décrypte et anticipe les évolutions de notre planète. Le spectre de l’architecture est un angle privilégié pour analyser le passé et le présent et surtout pour envisager l’avenir. Curateur de cette édition qui aurait dû se tenir en 2020, l’architecte libanais Hashim Sarkis est un chercheur et professeur réputé. Il a enseigné notamment à l’Université Harvard et préside actuellement la prestigieuse School of Architecture and Planning du Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Cambridge. Dans son plaidoyer, il a demandé aux architectes «d’imaginer des espaces dans lesquels nous pouvons vivre ensemble généreusement. (…) Notre planète exige une action globale afin de pouvoir continuer à y vivre, au-delà des frontières politiques. Il faut créer des espaces de vie plus diversifiés et dignes pour permettre aux êtres humains de cohabiter car, malgré une individualité croissante, ils aspirent à se connecter entre eux à travers l’espace numérique et réel.»

L’installation «The Listener» de Giuseppe Penone est une invitation symbolique à une écoute généreuse et profonde de soi, des autres et de la nature. (Sebastiano Pellion di Persano)

Dans un monde qui affronte des enjeux vitaux du point de vue environnemental, social et économique, la thématique de la 17e édition de la Biennale d’architecture de Venise s’avère cruciale. Programmée bien avant la pandémie, elle pose une question banale mais brûlante d’actualité: «Comment allons-nous vivre ensemble?», car nous n’avons qu’une seule planète à disposition et devons partager cet espace de vie. Pour les visiteurs, qu’ils soient professionnels ou simples intéressés, la manifestation offre un incroyable point d’observation: une carte du monde qui rassemble les réalités et les profils les plus divers des nombreux architectes qui apportent leur contribution depuis les quatre coins de la planète (outre l’architecture, le design, la biologie, la robotique, la sociologie et l’art sont également représentés).

Mais est-ce que l’architecture est la discipline la plus appropriée pour apporter le changement? Peut-elle contribuer à la résolution de tous les problèmes? Visiblement, Hashim Sarkis y croit et attend des architectes qu’ils «trouvent des solutions plus efficaces que celles proposées jusqu’ici par les politiciens». 

Musée d’art de São Paulo. (DR)

Projets transdisciplinaires

Dans un contexte global d’instabilités gouvernementales, d’inégalités raciales, économiques et sociales croissantes, cette 17e édition soulève de multiples questions, mais présente peu de solutions concrètes, selon ses détracteurs. Elle a en tout cas le grand mérite d’apporter des pistes de réflexion autour de la relation entre l’homme, le bâti et l’environnement naturel. A travers les projets transdisciplinaires réalisés par des architectes en collaboration avec des artistes, des artisans, des journalistes, des experts en sciences sociales et des citoyens communs, elle se veut plus militante et ambitieuse que jamais et affirme le rôle vital de l’architecture. La Biennale de Sarkis invite les architectes à élargir le contexte et la pratique de leur discipline. Il y est question de l’habitat traditionnel confronté aux évolutions sociales et technologiques, de nouvelles formes de cohabitation dans l’espace urbain, du concept de frontière, mais aussi du rôle social de l’être humain.

Le centre sportif et culturel SESC Pompéia à São Paulo. (DR)

CO2, migrants, empathie...

Dans l’Arsenale et la rotonde principale des Giardini, les travaux de 112 participants en provenance de 46 pays sont structurés en cinq aires thématiques qui intègrent les différentes échelles de l’homme par rapport au monde: en tant qu’être humain, dans un noyau familial, dans une communauté, au-delà des frontières, sur une même planète.

Autour, 63 pavillons historiques nationaux concourent. L’Italie analyse la résilience urbaine des périphéries, l’architecture et l’urbanisation des banlieues étant la cause première des émissions de CO2, selon le curateur Alessandro Melis. Pour lui, l’architecture contemporaine, sortie de sa sphère purement esthétique, peut et doit apporter une contribution concrète à l’amélioration de la qualité de vie en apportant des réponses adéquates aux changements environnementaux et sociaux. Le Pavillon suisse enquête sur les frontières, considérées non pas comme une ligne de démarcation mais comme un territoire. L’installation immersive du Pavillon espagnol présente une forêt de papiers flottants qui fait allusion à la situation illégale des clandestins fuyant des situations terribles. De son côté, l’Allemagne a choisi une proposition radicale: un pavillon entièrement vide, sauf un mystérieux QR code pour remplir l’espace... Si la diversité des idées est grande, ce qui peut être déroutant au début, le concept curatorial est clair et les volets thématiques d’une grande rigueur.

La Casa de Vidro (la maison de verre) à São Paulo. (DR)

Evénements

L’édition comprend aussi une série de participations hors compétition dont «Stations + Co-Habitats», vaste recherche sur les cinq échelles – de l’être vivant individuel à la planète – avec des études de cas développées par des chercheurs d’universités du monde entier. Autre événement spécial, la Fondation Vuslat présente une installation de l’artiste Giuseppe Penone qui a planté dans la lagune de l’Arsenale un orme de 9 mètres de hauteur berçant une lourde pierre entre ses branches. Intitulée «The Listener», la sculpture répond à la thématique de la biennale en proposant de créer des espaces d’écoute. Silencieux et attentif aux éléments qui l’entourent, l’arbre constitue une invitation symbolique à l’empathie, à une écoute généreuse et profonde de soi, des autres et de la nature.

Le programme d’exposition est enrichi de rencontres entre architectes et chercheurs du monde entier qui débattront autour des nouveaux défis que le changement climatique pose à l’architecture, sur son rôle dans l’espace public, sur les nouvelles techniques de (re)construction, les formes de construction collective et participative, etc.

Jusqu’au 21 novembre 2021
www.labiennale.org


Hommage à Lina Bo Bardi

Venise attribue un Lion d’or spécial à la mémoire de Lina Bo Bardi. Née en 1914 à Rome, l’architecte, designer, scénographe et artiste passe la majeure partie de sa vie au Brésil, son pays d’adoption, où elle construit sa célèbre maison de verre immergée dans la nature. Figure importante du mouvement moderne, Lina Bo Bardi, décédée en 1992, incarne pour Hashim Sarkis la ténacité de l’architecte dans les moments difficiles et sa capacité à préserver créativité, générosité et optimisme en toutes circonstances. Un message clair et positif pour l’avenir.

Patricia Lunghi

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