Bilan

La résilience numérique des courtiers immobiliers

Face à la crise générée par la pandémie de Covid-19 au cours des derniers mois, les professionnels de l'immobilier en Suisse romande ont réussi à s’adapter grâce aux outils digitaux disponibles.

En dépit du confinement, les acteurs de l'immobilier de Suisse ont maintenu leur activité ces derniers mois.

Crédits: Keystone

L’année 2020 s’annonçait exceptionnelle pour l’immobilier de logements en Suisse. Durant le premier trimestre, 636 transactions ont eu lieu à Genève, soit un quart de plus que sur la même période de l’année précédente, pour une valeur totale de 1,791 milliards, en augmentation de 67% par rapport à 2019, selon les chiffres de l’office cantonale de la statistique.

Gregory Marchand. (DR)
Gregory Marchand. (DR)

Puis, à la mi-mars, arrêt brutal. La chape du confinement est tombée sur le pays, écrasant le marché sous son poids. «Les quinze derniers jours de mars, il ne s’est pas passé grand-chose. Plus rien n’avançait. Les propriétaires ne voulaient plus recevoir de visiteurs. Le secteur a alors commencé à s’organiser et a dû faire preuve d’inventivité en s’appuyant notamment sur la technologie», explique Grégory Marchand, directeur général de Barnes Suisse romande.

Visites virtuelles à 360°

Les outils digitaux sont devenus, en quelques semaines, les alliés des courtiers immobiliers. Ainsi les visites 360° derrière un écran ont permis aux futurs acquéreurs de visualiser le bien et de se rendre compte de ses principales caractéristiques tout en restant dans leur salon. «Certains propriétaires ne voyaient pas encore l’intérêt de ce type d’outils numériques. Le coronavirus les a convaincus. Cet outil permet d’enclencher le processus de vente», poursuit-il. Des visites plus traditionnelles ont suivi.

Pierre Hagmann. (DR)
Pierre Hagmann. (DR)

Les notaires et les banques ont aussi poursuivi leurs activités. «Les analyses qui précédent l’octroi d’un crédit hypothécaire ont été réalisées parfois même plus rapidement qu’à l’accoutumée par les institutions bancaires car elles ont eu moins à faire durant cette période. Les demandes ont donc été traitées plus rapidement. Les notaires ont aussi joué le jeu en faisant les lectures d’actes en visioconférence. Ils ont dû s’adapter en ajoutant parfois une clause Covid puisque la date de transfert de droit de propriété ne pouvait être assurée», détaille Pierre Hagmann, l’un des administrateurs de Pilet & Renaud Transactions.

Alors que les mois du printemps sont habituellement les plus actifs pour le marché immobilier, la plupart des indicateurs ont baissé d’un tiers durant le semi-confinement, selon les deux dirigeants. Ainsi, chez Barnes, il y a eu que 200 visites en Suisse romande au mois d’avril conduisant néanmoins à un ratio de transactions habituel. Le groupe a aussi gagné 50 mandats de vente durant cette période. Chez Pilet & Renaud, trois transactions complètes ont eu lieu à Genève durant cette période, soit deux appartements en ville et une belle maison sur la rive gauche.

En revanche si le volume de transactions a chuté ces dernières semaines, leur montant moyen a eu tendance à grimper. En effet, Pierre Hagmann a constaté une augmentation des visites dans le haut de gamme: «En général, le type de clientèle intéressé par ces biens n’a pas beaucoup de temps à disposition. Or le ralentissement général leur en a donné beaucoup. Ces heures ont été mises à profit pour chercher une nouvelle villa.» En effet, ces semaines passées à domicile ont aussi poussé certains à vouloir augmenter leur confort de vie en achetant maison plus spacieuse ou offrant un jardin plus grand.

Si les affaires n’ont jamais cessé ces dernières semaines, elles reprennent en flèche depuis peu. «Depuis le lundi 11 mai, les agendas de nos équipes de vente sont pleins, laissant augurer un retour à la vie normale», annonce confiant Grégory Marchand. Mais surtout, il perçoit de belles opportunités pour le marché immobilier de luxe. «La Suisse va tirer son épingle du jeu. Elle fait partie des pays qui ont bien su gérer la crise. Elle l’a fait d’une manière raisonnable avec des citoyens qui ont montré qu’ils avaient confiance en leurs élus. Ce n’est de loin pas le cas de tous les pays. Alors que la fiscalité n’est plus un argument pour attirer des ressortissants étrangers fortunés, la sécurité sanitaire va le devenir. Nous avons des nombreux objets immobiliers à leur proposer.»

Attente des chiffres américains

Le marché immobilier plus standard, principalement animé par une clientèle suisse ou par des résidents suisses, devrait rester très dynamique. «Les banques ne vont pas resserrer les crédits. La situation financière des avocats, banquiers ou médecins n’a pas changé. Peut-être qu’un restaurateur ou que certains indépendants auront plus de mal à obtenir un crédit mais cela ne devrait pas avoir d’impact sur ce segment du marché», pronostique le directeur général de Barnes.

D’autant que certains biens attirent beaucoup d’investisseurs privés. «Les appartements jusqu’à 1,5 million bénéficient d’un engouement de ceux qui se méfient des fluctuations boursières et qui préfèrent s’assurer d’un rendement plus régulier en achetant un appartement d’une centaine de mètre carrés qu’ils louent», analyse Pierre Hagmann.

Si les deux directeurs sont confiants, ils attendent de connaître les résultats du mois de juin, capitaux pour mesurer plus précisément l’impact de cette crise. «Les États-Unis seront un indicateur important. S’ils arrivent à rebondir rapidement, l’impact sur l’économie mondiale de la pandémie sera peut-être moins douloureux qu’annoncé», espère Grégory Marchand. Pour rappel, selon les données de la Fédération nationale des agents immobiliers (NAR), les promesses de ventes de logements aux États-Unis ont diminué de 20,8% durant le mois mars, conséquences directes des mesures de confinement.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

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