Bilan

JAU-NE accueille un lauréat du Prix Pritzker

Lors de la Journée de l’architecture et de l’urbanisme – Neuchâtel, Eduardo Souto de Moura a plaidé pour la pierre, «tout aussi écologique que le bois».

  • Eduardo Souto de Moura a dessiné le stade municipal de Braga, au Portugal.

    Crédits: Alfons Alt
  • Crédits: Dr

Joli succès pour les frères Pont, organisateurs de la Journée de l’architecture et de l’urbanisme – Neuchâtel (JAU-NE), dont notre magazine était partenaire pour cette 3e édition. Il faut dire que la venue du Prix Pritzker 2011, le Portugais Eduardo Souto de Moura, était très attendue. Ce prix remis chaque année depuis 1979 à un architecte qui s’est particulièrement distingué est aussi célèbre que le Prix Nobel. Parmi les lauréats, citons Ming Pei (1983), Frank Gehry (1989), Renzo Piano (1998), Sir Norman Foster (1999), Zaha Hadid (2004), Jean Nouvel, ou encore les Suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron (2001) et Peter Zumthor (2009).

Eduardo Souto de Moura est réputé pour la réalisation du stade municipal de Braga (2004), au Portugal. «J’ai passé ma vie à faire de petites maisons, puis il y a eu ce stade. Braga est une ville romaine. Ayant découvert une carrière sur la colline où le stade devait être édifié, j’ai pensé naïvement qu’on pourrait y creuser pour y mettre un stade de 15 000 places, mais je ne connaissais rien au foot. Je voulais un stade avec uniquement deux tribunes, aucune derrière les buts. Or, toutes les règles du foot sont désormais faites par rapport aux retransmissions télévisées.» Au départ, la Municipalité pensait confier ce mandat à Sir Norman Foster, mais ce dernier était trop onéreux.

L’architecte portugais tient à infirmer le discours de l’architecture contre la nature et inversement. «Parmi les défis qu’il a fallu relever, il y avait celui de l’évacuation des eaux des toitures des deux tribunes. Nous avons créé une sorte de gigantesque déversoir en acier suspendu à 35 mètres de hauteur.» Avant de confier à l’auditoire qu’il est devant les tribunaux désormais car la Municipalité a «détruit» le stade en installant des ascenseurs, des cafés «moches» et un parking à un emplacement non autorisé.

Autre objet de fierté de cet architecte qui, ne vivant qu’avec un seul poumon, s’essouffle vite: une centrale électrique. «Comme d’habitude, j’ai proposé de couper dans la montagne» (rires du public). Il faut dire que le site est protégé par l’Unesco. Difficile de réaliser ce qui avait été prévu par Energias de Portugal (EDP) pour exploiter l’électricité produite par le barrage sur le Douro. Entre-temps, reprise par un consortium chinois, la compagnie EDP a mandaté l’architecte qui a réussi à faire disparaître l’édifice prévu en le cachant dans des grottes, à l’intérieur de la montagne, puis en replantant des oliviers sur ses contreforts. Comme quoi, cet adepte de la pierre n’est pas hostile au bois. Il tient juste à préciser qu’il refuse de travailler avec cette matière sous prétexte qu’elle serait plus écologique. «Il faudra que l’on m’explique en quoi la pierre serait moins écologique que le bois.» 


Les architectes devront à l’avenir être «plus agiles, plus stratèges»

Défis Egalement présent à JAU-NE, l’historien Antoine Picon, président de la Fondation Le Corbusier et professeur à la Harvard Graduate School of Design, a tenté de synthétiser les défis pour la profession d’architecte: la mondialisation («Le star-system est l’expression de cette espèce d’universalisation»); le numérique («Le dessin n’est plus forcément le vecteur privilégié pour l’expression»); la question environnementale («Il va falloir reprogrammer l’usage des matériaux»). «Cet ensemble de défis va provoquer une redéfinition de la profession d’architecte. Il faudra devenir plus agile, plus stratège, pour pouvoir se justifier et dire pourquoi il faut parfois encore construire.»

Antoine Picon a plaidé pour que l’architecture soit repensée comme une forme d’action
sur le monde, «une action qu’on pose dans le monde et qui doit avoir des effets». Car, comme il l’a très justement rappelé, «l’architecture est un luxe pour tous». 


La salle polyvalente du petit village a recueilli le plus de suffrages.

Le public récompense Le Vaud

Organisée tous les quatre ans, la Distinction romande d’architecture (DRA) a décerné pour la première fois un Prix du public. il a été remporté par un petit village vaudois. 

C’est en présence du président du Conseil d’Etat neuchâtelois, Laurent Kurth, que la Distinction romande d’architecture a remis son Prix du public. Comme ce dernier l’a très justement rappelé, «la qualité architecturale, c’est la qualité de nos vies.» C’était la première fois qu’un Prix du public était remis dans le cadre de la DRA.

Autre nouveauté mentionnée par l’architecte François de Marignac, président de la 4e édition de la DRA: pour faire voter les citoyens, une exposition itinérante a été mise sur pied, allant de Genève à Fribourg, en passant par Lausanne, Delémont et Neuchâtel. Au final, c’est la salle polyvalente de Le Vaud qui a recueilli le plus de suffrages (65), devant l’école d’Orsonnens (42), la maison Farel à Bienne (40), le nouveau quartier de Lavigny (32) et Rigaud 55 à Chêne-Bougeries (31).

Outre le bureau Localarchitecture de Lausanne, c’est la syndique de Le Vaud, Chantal Landeiro, qui a reçu le prix en tant que maître d’ouvrage. «Il n’y a pas d’architecture sans maître d’ouvrage», comme l’ont rappelé les intervenants.

Ce village de 1300 habitants s’est doté d’une salle de sport aux dimensions cantonales. Rappelons que le bâtiment a brûlé durant le chantier, ce qui a impliqué de le reconstruire entièrement. Cette réalisation avait déjà reçu une des huit distinctions romandes de la DRA 2018. 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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