Bilan

Immobilier: Où se loger moins cher?

Entre pénurie et loyers gratuits, la situation est très différente selon les cantons. Zoom sur les prix et leur évolution dans les principales communes romandes

  • Image de synthèse du futur quartier Parc du Simplon à Renens (VD): il accueillera 1000 employés CFF et comprendra 270 logements à l’horizon 2022.

    Crédits: CFF

Le marché immobilier helvétique balance entre craintes et fatalisme. Dans le segment des appartements en location, des immeubles sont aux trois quarts vides dans plusieurs régions du pays. En Suisse romande, des communes affichent des taux de vacance importants. La Société suisse des entrepreneurs estime la surproduction de logements entre 5000 et 10 000 unités. Selon le Centre d’information et de formation immobilières (CIFI), cette situation pénalise durement la performance des placements immobiliers directs en raison des baisses des loyers et des appartements inoccupés: «Le rendement du cash-flow net est bas. Il y a dix ans, il était de 30% plus élevé.» 

Si la construction a explosé, c’est en raison de la politique menée par les acteurs institutionnels. Confrontées aux taux bas et au manque d’alternative en matière de placement, les caisses de pension et les assurances ont massivement investi sur le marché résidentiel locatif. Lors d’une manifestation organisée par la Banque Cantonale Vaudoise au début avril, Andréa Maechler, membre de la direction de la Banque nationale suisse (BNS), s’est dite consciente des problèmes que posent les taux d’intérêt négatifs, mais a admis qu’il n’y avait pas d’autre solution pour freiner la demande de francs.

Risque de correction

Administrateur du bureau de conseil i Consulting à Lausanne, Yvan Schmidt est préoccupé. «Une augmentation des prix n’est en soi pas une bulle immobilière. Le risque d’explosion peut être apprécié à l’aune du risque d’offre excédentaire ou d’effondrement de la demande, affirme-t-il. La situation sur le marché du logement résidentiel est typique d’un marché en fin de cycle. On construit toujours autant, voire plus. Résultat: l’offre s’accroît de façon largement excédentaire face à une demande qui a tendance à reculer.»  Cette situation inquiète la Finma (Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers): «L’environnement actuel marqué par des prix élevés et une augmentation des logements vacants augmente considérablement le risque de correction des prix et d’éventuelles défaillances en matière de crédit.»

Plusieurs régions connaissent des baisses des loyers et des appartements inoccupés. (Crédits: Lucien Fortunati)

La Finma a recommandé aux établissements bancaires d’agir pour tenter de freiner le marché. SwissBanking (Association suisse des banquiers) a ainsi créé un groupe de travail afin de prendre éventuellement des mesures. «L’accent devrait être mis, indique-t-elle, sur une réduction de la durée d’amortissement et une baisse du taux d’avance.» Dans son analyse sur la situation économique et financière de la Suisse publiée récemment, le Fonds monétaire international (FMI) a salué cette décision, mais il a regretté une volonté tardive d’agir.

Une étude publiée au début de cette année par UBS montre des craintes que l’offre excédentaire sur le marché locatif ne se propage aux biens en propriété, même si rien ne permet de le prédire pour le moment. Elle risque d’abord de toucher la PPE car cette dernière a été détournée de son objectif initial: acheter un appartement pour y vivre. Or, depuis plusieurs années, des investisseurs privés ont acquis des logements pour les louer à des tiers. La part des prêts hypothécaires pour des PPE destinées à la location est estimée entre 18 et 20%. Une culbute du marché ne permettrait plus aux particuliers de faire face à leurs obligations financières.

Villas: souvent inabordables

Sur le marché de la maison individuelle, deux tendances se dégagent. D’abord, la génération du baby-boom commence à céder ses biens pour acquérir des PPE en ville afin de se rapprocher des transports publics et des commodités. Ensuite, la demande reste forte. Or, la loi sur l’aménagement du territoire restreint considérablement la construction de nouvelles villas. «La maison individuelle est amenée à disparaître en raison de la législation sur la densification. Mais elle reste néanmoins un rêve que beaucoup de familles cherchent à réaliser», relève Stéphane Pfammatter, directeur de l’agence immobilière ValCity à Sion.

Dans plusieurs régions, l’acquisition d’un bien en propriété n’est pas à la portée de toutes les bourses. «Malgré la baisse des prix enregistrée depuis quelques années, les maisons individuelles et les propriétés par étage situées dans les communes les plus attractives de l’arc lémanique sont encore souvent inabordables pour la classe moyenne», observe Hervé Froidevaux, associé de Wüest Partner.

Sur l’ensemble du pays, les tensions sont d’autant plus vives que les prix de l’immobilier pourraient atteindre de nouveaux pics historiques dans le courant de l’année. Même si UBS Swiss Real Estate Bubble a reculé à la fin de l’an dernier, le niveau des sous-indices de la bulle basé sur les prix suggère toutefois des déséquilibres: «Le niveau réel des prix des logements, le ratio prix à l’achat/loyer ainsi que le ratio prix/revenus sont proches voire supérieurs à ceux de la dernière bulle immobilière à la fin des années 1980.» Les acteurs de la branche estiment cependant que cette comparaison n’est pas pertinente. Ils affirment que le marché est sous contrôle en raison de la faiblesse des taux d’intérêt qui perdurera à un niveau historiquement bas jusqu’à la fin de l’an prochain au moins. 


Canton de Genève 

Le marché de la PPE 

Reste très dynamique

«L’offre est insuffisante dans tous les segments du marché. On manque de maisons individuelles, de PPE, de coopératives de logements et d’appartements en location», regrette Charles Kaeser. Directeur du département immobilier et construction de la Banque Cantonale de Genève, celui-ci constate par exemple que les PPE situées dans la zone de développement contrôlée par l’Etat sont prises d’assaut.

Pour preuve, la commercialisation en ligne des 90 premiers appartements en propriété du futur quartier de l’Etang à Vernier. L’opération, organisée selon le principe «premiers arrivés premiers servis»,  s’est déroulée le 20 mars dernier. «Sur les 1000 personnes qui se sont connectées, 500 se sont finalement inscrites et tout a été vendu en trois heures. La rapidité avec laquelle sont partis ces biens nous a très surpris, même si nous nous attendions à une forte demande», reconnaît Gregory Marchand, directeur des ventes de Gerofinance-Dunand. Il faut dire que les prix étaient attractifs – 370 000 francs pour un 2,5 pièces et 750 000 francs pour un 4 pièces – et que la Banque Raiffeisen Ouest Genève garantissait les taux d’intérêt hypothécaires d’ici à la prise du logement.

Sur le marché libre, la demande de PPE est aussi importante. «Toutes les promotions sont prévendues avant le début de la construction», relève Charles Kaeser. «L’offre est insuffisante en dépit des projets en cours. Pour des raisons politiques, la priorité est mise sur la construction d’immeubles locatifs», déplore Thierry Barbier-Mueller, administrateur de la SPG. Ce dernier estime que l’Etat doit revoir le ratio PPE/locatifs dans la zone de développement. «En théorie, le quota de PPE peut atteindre 70%, mais dans la pratique ce ratio n’est jamais atteint et se situe plutôt vers 30 à 35%», observe-t-il. Depuis quelques années, les prix ont tendance à stagner, voire à baisser. «Il faut compter environ 7500 francs le mètre carré en zone de développement et quelque 10 000 francs le mètre carré sur le marché libre», affirme Charles Kaeser. 

Dans le segment de la maison individuelle, les objets deviennent une denrée de plus en plus rare. Les prix divergent fortement d’une localisation à l’autre. «Dans la couronne urbaine, ils se maintiennent à un niveau stable, voire progressent légèrement, alors qu’ils marquent plus fortement le pas dans les régions plus excentrées, confirmant une correction du marché nécessaire», affirme Gary Bennaim, associé gérant du bureau Analyses & Développements Immobiliers à Carouge. Ce dernier publie chaque année une grille des prix indicatifs des maisons individuelles situées dans la «zone villas» en se basant sur les indications fournies par plusieurs acteurs immobiliers genevois. Leur évolution entre 2013 et 2018 montre un recul marqué des prix au mètre carré (lire ci-contre).

Dans les prochaines années, la pénurie de logements continuera à pénaliser les Genevois en dépit de la construction de milliers de nouveaux appartements, dont une majorité en location. «Leur mise sur le marché apportera une bouffée d’oxygène bienvenue et entraînera une légère pression à la baisse sur les loyers, mais elle ne résoudra pas le lancinant problème du logement», affirme Charles Kaeser.  


Zone villa: prix en baisse 

Fourchette de prix des terrains au m2

Hermance

2013: 1200-1600

2018: 850-1050

Versoix (versant lac)

2013: 900-1300

2018: 
800-950

Dardagny

2013: 750-1000

2018: 650-850

Pregny-Chambésy (versant lac)

2013: 1300-3000

2018: 1800-2100

Plan-les-Ouates (Arare)

2013: 1100-1400

2018: 900-1000 Source: 

Analyses & Développements Immobiliers   


Canton de vaud

Les prix repartent vers des pics historiques

Les prix des biens en propriété sont repartis à la hausse dans le canton de Vaud et pourraient atteindre de nouveaux sommets historiques dans le courant de cette année!  «C’est la baisse de l’offre qui permet aux prix de remonter malgré un recul de la demande lié à un manque de capacité financière des acquéreurs potentiels», explique David Michaud, économiste immobilier à la BCV. Le marché immobilier vaudois subit une profonde mutation. Auparavant orientée vers la PPE, la construction de nouveaux logements se déplace vers l’habitat locatif. David Michaud a calculé que la part des PPE et des villas ne représente plus que 24 et 10% de la production pour les années 2019 et 2020, contre 47 et 13% entre 2011 et 2018. A l’inverse, celle des locatifs progresse de 40 à 66%. 

Des PPE très convoitées

Dans la plupart des régions, les prix des biens en propriété restent à des niveaux élevés. Surtout à proximité du canton de Genève. «A l’ouest du district de Nyon, le marché reste cher. Depuis la période 2011-2013, les prix des PPE ont néanmoins baissé de 20% en moyenne en raison des départs de nombreux expatriés», constate Carole Coutaz, directrice des agences de Nyon et de Coppet de Gerofinance-Dunand. En Terre-Sainte, il faut débourser entre 7500 et 8000 francs par mètre carré pour acquérir une PPE, alors qu’une maison individuelle revient autour de 2,3 millions de francs. A Nyon, les PPE sont très convoitées et peuvent se vendre selon la résidence aux alentours de 13 500 francs le mètre carré. «Il y a davantage de choix que par le passé et le marché offre une marge de négociation pour l’acquéreur», estime Carole Coutaz.

Du côté de Vevey-Montreux, la commercialisation des PPE et des villas est rapide. «Ce marché est toutefois destiné à des ménages disposant de moyens relativement importants. La classe moyenne recherche plutôt des biens dans le canton de Fribourg ainsi que dans le Chablais vaudois et valaisan», relève Willy Glauser, administrateur de Glauser & Lemania Group. «Sur l’ensemble du canton, la demande pour la maison individuelle reste forte. Avec la législation sur l’aménagement du territoire qui a réduit la viabilisation de nouvelles parcelles à construire, celle-ci devient un objet de rareté. Une bonne affaire pour ceux qui cherchent à céder leur bien. Ces dernières années, nous n’avons jamais revendu une villa à perte», souligne  Jean-Jacques Morard, administrateur-délégué de l’agence immobilière de Rham. 

L’importance des infrastructures

Dans une étude publiée en automne dernier, David Michaud a montré que la courbe des prix des PPE et des villas suit le tracé des axes de transports publics. L’amélioration de la desserte de certaines communes favorise la mobilité. Confrontés à la difficulté de financer une acquisition sur l’arc lémanique, de nombreux  habitants ont déménagé dans les districts d’Aigle, de la Broye-Vully, du Gros-de-Vaud ou du Jura-Nord vaudois pour profiter de conditions de logement plus avantageuses tout en conservant leur emploi dans les agglomérations.

Dans la catégorie des immeubles de rendement, l’offre a tendance à augmenter. L’an dernier, environ 4000 nouveaux logements locatifs sont sortis de terre dans le canton de Vaud. Et ce n’est pas fini. C’est surtout dans l’agglomération de Lausanne que la construction bat son plein avec plusieurs réalisations d’envergure destinées à répondre à la demande. «A Ecublens, nous avons loué 250 appartements de Croset-Parc en moins de six mois. Et nous n’avons pas cassé les prix pour y parvenir», assure Jean-Jacques Morard. 

La détente du marché locatif devrait continuer à pousser les loyers à la baisse. Se basant sur les indices de Wüest Partner, David Michaud indique que les loyers de l’offre ont déjà reculé de 14% en moyenne entre 2014 et 2018 dans le canton de Vaud.

A l’avenir, les locataires auront désormais plus de choix pour trouver un appartement correspondant mieux à leurs besoins. Le taux de vacance des petits logements anciens risque donc de progresser. Après une quinzaine d’années de pénurie dans l’agglomération lausannoise, certains craignent désormais que le marché passe dans une zone de suroffre. «Le nombre important de nouveaux logements locatifs qui seront disponibles dans les prochaines années risque de dés-équilibrer le marché si le solde migratoire devient négatif», craint Michel Maillard, directeur de Naef Immobilier. Mais on n’en est pas encore là. 


Canton du Jura, Jura Bernois, Bienne

De fortes divergences de prix entre régions

Trente francs le mètre carré! C’est le prix du dernier terrain à bâtir viabilisé par la commune de Grandfontaine, à quelques kilomètres d’une jonction autoroutière à la Transjurane. «Nous n’avons eu aucune difficulté à vendre nos lots destinés à la construction de maisons familiales. Les acquéreurs viennent de notre village et de notre région», se réjouit le conseiller communal Laurent Pilloud. Dans la petite ville voisine de Porrentruy, le prix de l’immobilier n’est plus aussi attractif mais reste très abordable en comparaison avec d’autres cités romandes. Le futur lotissement de L’Oiselier II qui sera disponible dès l’an prochain proposera des parcelles entre 150 et 250 francs le mètre carré, alors que les prix ont déjà franchi cette barre à Delémont. «Notre canton se caractérise par des micromarchés avec des fortes divergences d’offres et de prix», constate Jean-Louis Gogniat, fondateur de Juraimmobilier.

La demande pour la villa reste importante dans le canton du Jura. Et celui-ci regorge encore de parcelles constructibles, mais leur situation ne correspond pas toujours aux besoins des acheteurs qui recherchent avant tout une localisation proche des commodités et des infrastructures de transport. Face à une offre encore abondante, les promoteurs réduisent leurs activités. En 2018, le nombre de permis de construire accordés pour les maisons individuelles n’a jamais été aussi faible (126) depuis 2002. 

Ce chiffre est trompeur. Le marché de l’immobilier explose en effet dans le canton, surtout dans la région du chef-lieu qui abrite plus de la moitié de la population jurassienne. Le Service du développement territorial a délivré l’an dernier des autorisations pour la construction de 859 nouveaux logements (le précédent record remonte à 1991), dont 647 pour le seul district de Delémont. Selon les acteurs de la branche, il s’agit majoritairement d’appartements destinés à la location. Ces bâtiments permettront d’accueillir au total 1700 nouveaux habitants.

Or, la population ne croît que faiblement alors que le taux de logements vacants est déjà élevé (2,5%). «Certains acteurs remplissent leurs immeubles en offrant jusqu’à plusieurs mois de loyer gratuits», affirme Lionel Loeffel, administrateur des Régisseurs Loeffel. «Si les logements neufs sont recherchés, observe-t-il, les appartements plus anciens peinent à être reloués.» Ce qui pousse leurs propriétaires à rehausser leur confort. Un quart des permis de construire délivrés l’an dernier concernaient la réhabilitation de bâtiments. «Je ne suis pas du tout inquiet. Je ne me fais aucun souci pour le logement neuf tant pour la PPE que pour la location», insiste le promoteur Francis Chèvre. «A une demi-heure de train de Bâle, observe-t-il, la région de Delémont est compétitive et attire notamment les habitants du Laufonnais confrontés à des prix beaucoup plus élevés pour acquérir un bien.»

Dans le Jura bernois, les prix de l’immobilier sont beaucoup moins élevés qu’à Bienne en dépit de l’ouverture du dernier tronçon de la Transjurane entre Court et Loveresse au printemps 2017.  


Canton de Neuchâtel

Les prix baissent sur le Littoral

Des loyers à faire pâlir d’envie les habitants de l’arc lémanique! A La Chaux-de-Fonds, les locataires ne déboursent qu’autour de 1000 francs et de 1200 francs sans les charges pour un appartement de 3 pièces et de 4 pièces. En revanche, il faut compter au moins 30% de plus pour des logements similaires en ville de Neuchâtel. Mais les ressortissants du Littoral ne franchissent pas pour autant La Vue-des-Alpes pour réduire leurs charges locatives. «Le climat et le clivage culturel restent des obstacles importants», relève Cédric Métroz, patron de Proimmob.

Dans les deux villes, la pléthore de nouveaux appartements commence à inquiéter. Le taux de vacance a atteint l’an dernier son niveau le plus haut depuis vingt ans. «A La Chaux-de-Fonds, les locataires disposent d’un choix très important, d’autant que certains ont libéré des logements anciens pour acheter une propriété par étage», relève Marco Terranova, membre de la direction de la Gérance Charles Berset. «Sur le Littoral, la pénurie a disparu. De plus en plus d’appartements restent vides. On n’a jamais vu ça», témoigne Fabrice Bolliger directeur de Bolliger Immobilier. Malgré des loyers en baisse, les logements abordables manquent encore pour répondre aux besoins de la population. 

La situation est d’autant plus périlleuse que le canton perd des habitants (plus de 1100 en 2018) en raison du recul de l’immigration et du départ de contribuables vers des cieux fiscaux plus cléments. Ce qui se répercute aussi négativement sur la PPE et les villas dont les prix peuvent varier considérablement entre le bas et le haut du canton. Ces dernières années, un nombre important d’acteurs privés ont acquis des PPE non pas pour se loger mais avec un objectif d’investissement. Aujourd’hui, ils sont en concurrence avec les investisseurs institutionnels dont l’offre devient surabondante. «Beaucoup de ménages ont aussi profité des faibles taux d’intérêt hypothécaires pour acquérir une PPE. Le réservoir de clientèle diminue donc», constate Fabrice Bolliger.

Sur le Littoral, les prix baissent. «Les acteurs de la branche changent de modèle pour tenter de rester attractifs. Ils construisent des logements plus petits et de standard moins élevé. On peut désormais trouver une PPE autour de 5000 francs le mètre carré hors du chef-lieu cantonal», relève Patrice Pasquier, directeur de Naef Immobilier à Neuchâtel. «Le marché de la maison individuelle, ajoute-t-il, est aussi devenu plus rude. Les objets au-dessus de 1,5 à 2 millions de francs sont très difficiles à vendre.» 

Seules des baisses d’impôt permettront d’améliorer l’attractivité du canton de Neuchâtel et, par ricochet, de booster l’immobilier. «C’est un enjeu prioritaire», estime Fabrice Bolliger. Les autorités en sont conscientes. Fin mars, le Grand Conseil a adopté une vaste réforme fiscale dont les premières bénéficiaires sont les familles qui possèdent leur propre logement. Leurs impôts devraient reculer d’environ 30%. De quoi sortir de l’enfer fiscal!  


Canton du Valais

Une offre de locatifs qui interpelle

Dans la vallée du Rhône, la colère gronde! Les investisseurs institutionnels sont accusés de déséquilibrer le marché du logement locatif avec la construction de trop nombreux immeubles. Le taux de vacance a poussé des propriétaires à offrir jusqu’à six mois de loyer gratuits.

«L’offre est énorme entre Collombey-Muraz et Martigny. Un coup de sonde montre qu’environ 250 appartements de trois pièces et qu’une centaine d’appartements de deux pièces sont disponibles sur le marché», calcule Michel Maillard, directeur de Naef Immobilier. «Les habitants ont tendance à quitter les logements anciens pour emménager dans des habitations neuves», affirme Olivier Morisod, directeur de Kunzle Fiduciaire et Gérance. «Les acteurs immobiliers ont beaucoup misé sur l’arrivée de Vaudois en provenance de l’arc lémanique. Ils sont venus, mais leur nombre est inférieur aux attentes», relève Stéphane Pfammatter, directeur de ValCity.

Fondateur de Valimmobilier, Cédric Dubuis explique que si des logements restent vides, c’est en raison de la politique menée par les investisseurs institutionnels. Il prend l’exemple à Sion de deux immeubles de 30 appartements chacun et commercialisés par sa société. L’un appartient à des investisseurs privés. Tout a été loué avec des baux d’une durée d’un an. L’autre est en main d’une caisse de pension. Il est aux trois quarts vide car son propriétaire a exigé des loyers trop élevés (entre 200 francs et 300 francs de plus) et la conclusion de baux sur cinq ans. «Cet investisseur peut ainsi sauvegarder le rendement prévu dans ses comptes même s’il ne parvient pas à louer ses appartements», affirme Cédric Dubuis.

Sur le marché des biens en propriété, la sérénité domine même si les investisseurs qui ont acquis des PPE pour les louer sont affectés par les turbulences du locatif. «Le niveau des prix est supérieur à la moyenne dans les communes du fond de la vallée du Rhône et à proximité de l’arc lémanique. Il est nettement moins onéreux de vivre dans des communes plus isolées, loin des grands centres touristiques», indique une publication de la Banque Cantonale du Valais (BCVs) et de la Chambre immobilière Valais (CIV).

La demande pour les villas existe, mais celles-ci se construisent désormais sur des terrains de dimension plus petite car les prix restent élevés. «Celui qui souhaite acheter une maison individuelle type devra s’attendre à devoir débourser entre 600 000 et 950 000 francs. Ce montant pourra être largement dépassé dans les endroits très recherchés des communes touristiques», indiquent la BCVs et la CIV. 

Le gros problème pour acquérir un bien en propriété reste le cash. Depuis le mois de février 2018, l’agence immobilière ValCity propose la location-vente. Par exemple, au bout de cinq ans d’occupation de son logement, le locataire récupère 60% de sa mise pour constituer une partie des fonds propres.  


Canton de Fribourg 

«Il ne faut pas tomber dans le pessimisme»

Il n’y a pas de bulle immobilière! Selon les dirigeants de la Banque Cantonale de Fribourg, l’évolution du marché ne reflète en aucun cas ce scénario. Le taux de vacance des logements de 1,5% au 1er juin 2018 correspond à l’équilibre entre l’offre et la demande. «Le nombre de bâtiments en construction interpelle. Mais il faut garder la tête froide et éviter de tomber dans le pessimisme, affirme le promoteur Damien Piller. Le rythme de commercialisation des logements locatifs et en propriété reste satisfaisant, constate-t-il, pour autant qu’ils soient de bonne qualité et proches des transports publics.»

Dans le canton de Fribourg, la construction de logements atteint des niveaux historiquement élevés. L’activité est particulièrement forte dans la capitale et sa couronne ainsi qu’à Bulle et à Châtel-Saint-Denis. Dans le chef-lieu de la Gruyère, les logements en location peinent à se remplir. Des immeubles sont aux trois quarts vides. Une situation qui pousse certains acteurs à offrir des loyers gratuits durant quelques mois. Et l’offre continue de croître: de nombreuses réalisations sont encore planifiées pour accueillir plusieurs milliers d’habitants. Jusqu’à maintenant, Bulle a réussi à tirer son épingle du jeu grâce à l’immigration, à la création d’emplois et aux ménages vaudois qui ne parvenaient pas à se loger à des prix abordables dans leur canton. Avec une croissance en baisse et avec l’arrivée de nouveaux logements dans l’arc lémanique, le risque est que la deuxième ville du canton devienne beaucoup moins attractive.

Si le marché de la location peine, la PPE et la villa restent attractives. «Il y a une réelle demande pour la PPE dans les centres urbains. Nous l’avons encore constaté lors de nos différentes portes ouvertes au mois de mars. Or, l’offre restera insuffisante malgré les constructions en cours», constate Alexandre Baechler, directeur de la région Fribourg & Neuchâtel chez Cardis. Selon ce dernier, la population et, en particulier, les personnes âgées de plus de 50 ans souhaitent se rapprocher des commodités qu’offrent les centres urbains. Du côté de la villa, la demande est relativement importante. «Le marché de la revente se porte également bien», observe Alexandre Baechler. 

Les prix des biens en propriété restent à des niveaux attractifs. A Fribourg, une PPE revient à environ 6900 francs le mètre carré. «A Bulle et en Gruyère, elle se négocie autour de 5600 francs», estime Eric Overney, directeur de Gruyère-Immo. «Dans le chef-lieu de la Gruyère et à Châtel-Saint-Denis, il faut parfois être prêt à faire quelques concessions pour trouver des acquéreurs», remarque Bertrand Raemy, directeur de RFSA Immobilier. «Sur l’ensemble du canton, le marché de la villa reste porteur, affirme-t-il, mais il est revenu à des prix plus raisonnables. Certains objets peuvent valoir jusqu’à 100 000 francs de moins que par le passé.» En ville de Fribourg, une maison individuelle revient autour d’un million de francs. 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Du même auteur:

Comment l’Institut de Glion se développe en Gruyère
Le nouveau défi de Bernard Lehmann

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."