Bilan

Airbnb prive Genève de 300 logements

Mandatée par Bilan, la plateforme indépendante InsideAirbnb a analysé le marché pour la ville du bout du lac. Résultat: des centaines d’appartements échappent au marché de la location.

Genève, cartographiée par InsideAirbnb: en rouge, les logements entiers à louer.

Crédits: Dr

Reprenant un algorithme développé par la Municipalité de San Francisco, le projet inside-airbnb.com offre un outil d’analyse de la location de logements par des particuliers via Airbnb, basé notamment sur leur calendrier de location et sur les commentaires publiés par les membres. De l’aveu de Murray Cox, son fondateur, le «calcul est volontairement conservateur et les chiffres réels sont sans doute plus élevés».

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Selon l’étude, en ville de Genève, Airbnb est responsable du retrait du marché locatif d’au minimum 300 appartements. Des centaines de logements normalement disponibles à la location sont ainsi gérés comme des chambres d’hôtel. 

«C’est choquant»

Dans un marché marqué par la pénurie depuis près de quinze ans, les premiers touchés sont les personnes à la recherche d’un logement. Pour mémoire, selon les chiffres de l’Office cantonal de la statistique, en juin 2015 la ville de Genève disposait d’un peu plus de 520 appartements libres destinés à la location.

«C’est choquant!, réagit à chaud Carlo Sommaruga, vice-président de l’ASLOCA, l’association de défense des locataires. Cela signifie que l’on a biffé une dizaine d’immeubles de 30 appartements. Comment accepter cela alors que les pouvoirs publics font d’énormes efforts pour construire des logements bon marché pour la population locale?»

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Côté régies, le ton n’est pas plus conciliant. Pour Stéphane Jaggi, associé chez Moser Vernet & Cie, «ces logements manquent cruellement sur le marché. Ce n’est pas sain. La pénurie engendre des relations tendues entre bailleurs et locataires avant même la conclusion du bail.» Egalement président de l’USPI, l’association réunissant les professionnels genevois de l’immobilier, il ajoute que «le taux de vacance tourne ainsi autour de 0,4% alors qu’idéalement il devrait se fixer entre 1 et 2%».

Pas besoin de loi

Certaines municipalités ne restent pas les bras croisés. San Francisco a limité les locations de courte durée à nonante jours par an. A Berlin, depuis le 1er mai, il faut disposer d’une autorisation spéciale pour louer son logement. Des limitations de durée et de nombre de pièces ont également été introduites. A Paris, la ville a rappelé qu’un logement ne pouvait être loué plus de quatre mois par an.

La capitale française collabore avec Airbnb qui collecte la taxe de séjour et informe les loueurs des exigences légales. Plus près de nous, le Grand Conseil valaisan étudie une manière de percevoir la taxe touristique et d’imposer de facto les gains perçus via la plateforme.

Genève est loin de telles décisions. Antonio Hodgers, chef du Département du logement, indique que ses «services cartographient actuellement la situation, et le site que vous indiquez peut y contribuer. Ensuite, nous viserons avant tout ceux qui mettent en place une stratégie ouvertement commerciale, hôtelière, et qui proposent plusieurs biens sur le marché.»

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Pour le conseiller d’Etat vert, aucune base légale supplémentaire n’est nécessaire pour les attaquer: «La loi sur les reconstructions et rénovations exclut déjà tout changement d’affectation des logements, même pour un jour!»

Antonio Hodgers ne souhaite toutefois pas rigidifier le marché de la location: «Genève est une ville internationale. Elle doit pouvoir accueillir des flux de visiteurs parfois importants.» Une application souple des textes est donc à prévoir.

Toutefois, la conformité avec la loi sur l’hôtellerie ou la perception des taxes et impôts sont des problèmes qui restent en suspens. Or le gouvernement avouait dans une réponse au Parlement ne pas avoir «les moyens de vérifier de manière systématique si un logement est transformé en objet hôtelier». En clair: les Genevois attendront.

Charles-André Aymon

<p>Journaliste</p>

Lui écrire

Observateur toujours étonné et jamais cynique du petit monde genevois, Charles-André Aymon en tire la substantifique - et parfois horrifique - moelle depuis une quinzaine d’années. Tour à tour rédacteur en chef de GHI puis directeur général de Léman Bleu Télévision, il aime avouer à demi-mot n’avoir pas envie de se lancer en politique «parce qu’il ne déteste pas assez les gens». Ce regard mi-amusé, mi-critique permet au lecteur de passer indifféremment du détail au général et ainsi de saisir, même dans les péripéties locales, quelques-unes des ficelles qui meuvent le monde. 

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