Bilan

A Gstaad, la valeur des chalets s’envole

Les propriétaires grondent: le canton de Berne a multiplié par 2,5 ses évaluations fiscales. A la fois paysan et président de Saanen, Toni von Grünigen n’imagine pas le départ des superriches.

La commune de Saanen compte 50% de résidences secondaires.

Crédits: Christoph Rueegg / Alamy

«Quand j’ai ouvert l’enveloppe aux armoiries de Saanen, j’ai cru que j’avais mal lu ou que c’était une erreur: mon chalet avait passé de 400'000 francs à un peu plus d’un million», confie une propriétaire à Gstaad. Président de la commune de Saanen à laquelle est rattachée la station huppée de l’Oberland bernois, Toni von Grünigen confirme. Ce sont bien les autorités bernoises qui ont revu à la hausse l’estimation 2020 de tous les biens immobiliers du canton: «Les montants n’avaient pas été revus depuis vingt ans», explique le président (58 ans) qui est aussi paysan bio avec une quinzaine de vaches et une quinzaine de jeunes bovins.

Toutes les communes bernoises du nord au sud du canton sont ainsi soumises au même régime, mais il est vrai que dans la «commune dorée» la facture sera plus salée qu’ailleurs pour les Ernesto Bertarelli ou autre Bernie Ecclestone. Pour le canton de Berne, la valeur réelle d’un chalet de 10 millions est évaluée à 70%, soit une valeur fiscale de 7 millions. La commune de Saanen (qui comprend aussi Gstaad, Saanenmöser et Schönried) a certes abaissé la taxe foncière de 1,5 à 1% et le taux d’imposition de 1,4 à 1,3%, mais au final la facture pour le propriétaire reste nettement plus élevée qu’avant.

Président de Saanen, Toni von Grünigen a tenté de se faire entendre à Berne auprès de la directrice des Finances. (Crédits: Raphael Faux)

Partiront, partiront pas?

La hausse va-t-elle chasser les super-riches de leur havre de paix? Toni von Grünigen est intervenu à Berne auprès de la directrice des Finances, Beatrice Simon. Mais en ces temps de disette, les chiffres ne plaident pas en sa faveur: le canton attend 34 millions de francs supplémentaires de taxes foncières, les communes 18 millions, les Eglises qui bénéficient aussi de cette manne terrestre quelque 2 millions. Le revenu supplémentaire des impôts fonciers pour toutes les communes bernoises est estimé à 64 millions.

Rien que pour Saanen, l’impôt foncier devrait rapporter 10 millions, soit 4 millions de plus. Mais il y a un revers à la médaille: Saanen doit s’attendre à verser 3 millions de plus pour la péréquation financière. Réélu tacitement cet été, le président de Saanen ne craint pas que ses administrés milliardaires ou multimillionnaires partent s’établir sous des cieux plus cléments: «S’ils viennent chez nous, c’est surtout pour l’air pur, la beauté et la tranquillité d’un village qui a su conserver son cachet authentique grâce à nos normes de construction très strictes. Ils peuvent même arriver d’un coup d’aile de Los Angeles avec leur jet!»

La réévaluation pourrait avoir des conséquences négatives, craint le président de l’Association professionnelle immobilière du district dans la presse locale: «Après l’initiative Weber et l’augmentation de la fiscalité forfaitaire, il s’agit d’une autre mesure drastique qui pourrait effrayer les propriétaires de résidences secondaires et les contribuables forfaitaires et les inciter à partir.»

Pour les étrangers soumis à l’impôt à la dépense, la valeur locative constitue la base du revenu imposable. Un multiple de sept est utilisé pour le calculer. Dès lors, la question se pose: faire ses malles ou choisir l’impôt au réel comme un contribuable normal? Mais Berne possède déjà une charge fiscale très élevée.

Les propriétaires mécontents ont eu trente jours pour faire opposition aux nouvelles valeurs. Combien ont-ils recouru? On ne connaît pas encore la réponse. Ceux qui pensent que la valeur de revente est inférieure à la nouvelle estimation auront tout intérêt à le faire. Rien qu’à Saanen, des milliers de propriétés sont touchées. Consolation pour les paysans qui sont encore nombreux: les propriétés agricoles ne sont pas concernées. Avec la réévaluation, les valeurs officielles de tout l’immobilier de la commune s’élèvent à 10 milliards de francs. Cela fait de cette commune de 7500 habitants le numéro 2 du canton, juste derrière la ville de Berne.

Chalet à 100 millions?

Championne de la concentration de riches étrangers, Saanen a atteint la barre des 50% de résidences secondaires, loin au-dessus de la barre fatidique des 20% qui interdit les nouvelles résidences. Des chalets parmi les plus luxueux atteignent facilement un montant à plusieurs dizaines de millions. Selon les médias, la propriété de l’armateur grec Peter Livanos aurait dépassé les 100 millions. On ignore à quel prix a été revendu le chalet «Jade» de Johnny. Tout UDC qu’il soit, Toni von Grünigen aime ce mélange de genre entre gens de la terre et gens du beau monde. Lui qui a été moniteur de ski et entraîné de riches débutants réfute l’idée que la richissime commune recrute les milliardaires à l’étranger: «On ne fait rien pour les attirer. Il y a peut-être des promoteurs ou des agences qui le font, mais pas nous. Les riches viennent tout seuls, mais ils nous coûtent aussi en infrastructures. On doit être au top!» assure celui qui gère un budget de 80 millions.

«Gstaad a eu très peur cet été avec l’annulation de ses festivals (Menuhin, polo, tennis), mais on reste confiants pour la saison d’hiver à venir.» Et d’insister sur l’apport de l’Institut Le Rosey, connu dans le monde entier. Depuis cent ans, cet internat basé à Rolle déménage chaque hiver ses 400 élèves et 200 professeurs et employés pour dix semaines dans ses chalets de Gstaad. L’Office du tourisme a calculé que plus de 50% des vacanciers ont un lien avec l’institut dont l’écolage coûte 100'000 francs par an. Beaucoup de parents viennent y passer des vacances pour rendre visite à leurs enfants. Nombre d’élèves y reviendront plus tard avec leur progéniture. Le Rosey a entrepris de construire un nouveau campus d’hiver sur 4 hectares de terrain agricole déclassé. Une culture pour une autre…

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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