Bilan

«Nous aimerions devenir la Rolex de l’immobilier»

De passage en Suisse, le président de Foncia, leader européen des services immobiliers résidentiels, se veut rassurant quant à la stratégie du groupe.

Le président du Groupe Foncia est l'auteur d'un ouvrage paru en 2011 et intitulé "Une société heureuse au travail".

Crédits: LDD

Lors d’un de ses passages à Genève, François Davy, président du Groupe Foncia (600 agences, dont 26 en Suisse et 7500 collaborateurs, dont plus de 400 en Suisse), s’est voulu rassurant quant à sa stratégie, quelques mois après le rachat du groupe MK : «Nous voulons devenir un acteur complètement suisse. Voilà pourquoi le président du conseil de Foncia est Anthony Collé et que notre CEO est Laurent Staffelbach, un Lausannois d’origine biennoise. Je pense connaître assez bien la Suisse, pour l’avoir eue dans mon périmètre de responsabilités, que ce soit lorsque j’étais chez Cadbury Schweppes, chez Motorola, puis chez Adecco. Ainsi, il est hors de question d’appliquer les méthodes françaises ici, par exemple pour le choix de l’outil informatique. C’est aux équipes présentes sur le terrain de le choisir. Une entreprise doit pouvoir disposer d’une certaine autonomie, que ce soit à Genève ou en Suisse alémanique. J’ai vu les dégâts qu’une vision globale peut provoquer au sein de mes expériences dans les multinationales.»

Preuve de sa prudence, une décision doit être prise par les dirigeants suisses durant le premier trimestre 2016 quant à l’usage futur d’une seule marque (Foncia, MK ou une nouvelle à créer) ou le maintien des deux marques (MK et Foncia). Le patron français est conscient des spécificités suisses et ne tient pas à imposer quoi que ce soit à la filiale suisse, laquelle réalise tout de même un chiffre d’affaires de 35 millions de francs.

« Nous sommes un opérateur industriel de la gestion immobilière. Nous avons ainsi renoncé, par exemple, à reprendre les activités de promotion du groupe MK. Ce n’est pas notre métier. Nous aimerions devenir un Rolex de l’immobilier, avec à la fois du volume et de la qualité.»

Des futures acquisitions en Suisse alémanique

«Nos ambitions seront plus faciles à atteindre en Suisse qu’en Allemagne où il n’y a pas d’acteurs de la taille requise. Ils sont tous intégrés dans des grands groupes aux activités multiples. L’acquisition de MK n’est qu’une étape. Pour être, à terme, un acteur national, il nous faudra être fort dans la partie alémanique. Les grands institutionnels ont une forte tendance à la concentration des décisions. Cela étant, cela ne veut rien dire en tant que tel que de vouloir être le No1. Ce qui me semble plus pertinent est de savoir ce que nous pouvons offrir de différent à nos clients (particuliers, comme institutionnels) et à nos collaborateurs (pour les inciter à rester chez nous le plus longtemps possible). Nous avons été contactés par certains régisseurs, mais notre priorité à court terme était l’intégration du groupe MK. Celle-ci est en voie d’achèvement. Si Anthony Collé et Laurent Staffelbach viennent nous proposer des acquisitions, nous serons très attentifs», confie le dirigeant.

«La pyramide chez nous est très écrasée. Lorsqu’un projet d’acquisition m’est présent, ma première question est toujours : Quel est le projet? Et immédiatement après : Est-ce que les équipes en place sont bonnes ? Ainsi en France, plus de la moitié de nos cabinets sont dirigés par les personnes à qui l’ont a racheté leur société, bien des années après. Je n’aime pas trop utiliser les chasseurs de tête. Car eux, ce qu’ils veulent avant tout c’est minimiser le risque en recrutant toujours des gens venant du secteur concerné. Or chez Foncia, 50% des dix membres du comité exécutif ne viennent pas du secteur immobilier.»

Pour se faire connaître et apprécier le président de Foncia entend amener une réelle valeur ajoutée. «Nous sommes persuadés que le numérique va faire évoluer notre univers. Concrètement, les gens pourront consulter nos offres sur leur smartphone, mais aussi les charges. Etre prévenu lorsqu’un nouveau locataire emménage. L’enjeu est de pousser un maximum d’informations vers l’utilisateur final, mais aussi dans l’autre sens. Par exemple, lorsqu’une porte ferme mal. Actuellement, il se passe trop de temps entre le premier mail ou coup de fil et la réparation. Cela peut générer jusqu’à 50 appels et/ou e-mails. Comme Foncia le pratique déjà en France avec son système « push info », nous saisissons les événements et le système informatique les transmet à ceux qui veulent les avoir. A côté de la gestion technique, il peut aussi y avoir la gestion communautaire, avec des échanges entre voisins de savoir-faire, etc. C’est pour développer ce savoir-faire que nous n’hésitons pas à acheter des start-up.»

250 millions de francs investis

 

Et Anthony Collé de citer pour illustrer le propos de François Davy, E-Smart, même si celle-ci n’a pas été rachetée pour l’heure. E-Smart, qui a remporté le prix Strategis-HEC, a développé une application pour le nouveau quartier d’Eikenott livré par Losinger Marazzi et commercialisé par MK à l’époque. On peut encore citer l’application « erlenapp » développée conjointement par Losinger Marazzi et qipp, un spin-off de l’EPFZ et qui a gagné un prix au Mobile World Congress de Barcelone en mars 2015.

« Depuis 2011, le groupe Foncia a investi plus de 250 millions de francs, de l’argent généré au sein même de l’entreprise. Notre rentabilité est bonne. Notre objectif est d’être la meilleure entreprise du secteur dans lequel elle opère : que ce soit en termes de réputation, de qualité des services et des équipes. D’ailleurs, le premier indicateur que l’on analyse lorsque l’on envisage le rachat d’une société est le taux de son turnover. Je reste convaincu que sur le long terme, on ne peut pas réussir une bonne intégration sans un bon management. En France, nous mesurons le degré de satisfaction des collaborateurs et des clients sur chaque site. La filiale suisse décidera si elle veut le mesurer à son tour ou non. Cela me tient à cœur, depuis mon expérience chez Adecco.» Anthony Collé : « Chez Domicim, nous mesurions déjà le degré de satisfaction. »

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

Du même auteur:

Le capital-investissement connaît un renouveau en Suisse
Le Geneva Business Center de Procter & Gamble récompensé pour ses RH

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."