Bilan

«L’immobilier fait face au phénomène d’ubérisation»

Nouveau CEO du groupe Foncia, fusionné avec Domicim, Laurent Staffelbach se prépare à des changements de paradigme.
Crédits: Frautschi/EOL

A 100% en mains d’investisseurs institutionnels français, Foncia consolide sa position de numéro un romand de l’immobilier. La direction a été confiée à Laurent Staffelbach, 60 ans, un Lausannois d’origine biennoise, architecte de formation.

Vous êtes chargé de gérer la fusion de deux concurrents romands. Une rude tâche?

Comme responsable du portefeuille immobilier des CFF, puis comme chef du projet Léman 2030 (3,5 milliards), j’ai dû batailler, à Lausanne comme à Genève, avec la mise à niveau de l’infrastructure ferroviaire lémanique comprenant aussi le mégachantier de la gare de Lausanne. Chez Foncia, l’opération n’est pas de la même ampleur, mais elle est complexe en raison des différences de structure, d’organisation et de culture d’entreprise. Il y a également un gros travail de simplification à opérer.

Foncia comprend 28 agences et 300 collaborateurs en Suisse occidentale, et Domicim compte 11 agences et 150 collaborateurs entre Vaud, Valais, Fribourg et Neuchâtel. Y a-t-il d’importants doublons suite à la fusion?

La question n’est pas au premier rang des préoccupations. Il n’y a pas d’économie d’échelle à agrandir la taille du portefeuille, mais plutôt des potentiels d’efficacité à réaliser à travers la technologie. Le courtage est aussi concerné par le phénomène d’«ubérisation». Les agences ne vont plus s’ouvrir les unes derrière les autres.

En revanche, si l’acheteur cherche souvent aujourd’hui l’objet de ses rêves sur internet, le vendeur devrait continuer de trouver un avantage à s’adresser à un professionnel qui, par ses compétences, saura mettre en valeur cet objet. L’alpha et l’oméga du commerce, c’est la création d’un marché avec un maximum d’acheteurs et donc une optimisation du prix à l’avantage du vendeur. 

Cela implique-t-il un changement de business model?

Le point essentiel est la sécurisation du mandat: convaincre le vendeur qu’il y a un intérêt à mandater une agence plutôt que de passer par une machine. Charge à nous de lui montrer la différence à son avantage. Et cela va nous toucher plus vite qu’on ne le croit.

Un groupe français qui devient le numéro un romand a-t-il de quoi inquiéter?

Foncia était déjà le premier en Suisse avant la fusion. En termes de collaborateurs et de chiffre d’affaires, nous restons les premiers. En revanche, nous sommes absents du courtage de luxe. Que les Français s’intéressent au marché suisse ne m’étonne pas. Foncia est le premier groupe de service immobilier en Europe, mais réalise 90% de son chiffre d’affaires en France. L’acquisition de MK est la preuve par l’acte de l’ambition de Foncia d’étendre son assiette en Suisse.

C’est un premier pas vers d’autres marchés. Avec trente ans passés en Suisse alémanique, ce n’est pas un hasard que j’ai été engagé. J’ai la mission de ratisser le marché à la recherche d’opportunités, notamment outre-Sarine. François Davy, le président de Foncia, connaît bien la Suisse. Il est marié à une Tessinoise et fait régulièrement le tour du Léman à vélo. Il a surtout un carnet d’adresses avec des acteurs majeurs de l’économie suisse et il est au fait des fondamentaux de notre économie. Ce qui est formidable dans cette fusion, c’est qu’il y a un premier défi intéressant qui consiste à marier deux entreprises et un deuxième défi à s’étendre outre-Sarine.

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Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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