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Lorsque l’on change d’emploi, une progression salariale peut cacher une rente future plus faible. Il est essentiel de tenir compte de cet élément, surtout pour les employés plus âgés.
  • Le salaire ne suffit pas: une vision globale s’impose lors d’un changement de job.

    Crédits: Jon Berkeley/getty images

Environ 11,6% de la population suisse change d’emploi chaque année. Le plus souvent, la négociation avec le nouvel employeur tourne autour du salaire brut par année et éventuellement le bonus. Or, pour avoir une vision globale, il faut absolument tenir compte de prestations de la future caisse de pension. Plus on avance en âge, plus ce calcul est crucial.

En effet, l’analyse de la fortune des Suisses indique que, dès 50 ans, environ 50% de celle-ci se trouve en moyenne dans la caisse de pension. Pour le constater personnellement, il suffit de comparer sa fortune déclarée avec le montant appelé «libre passage», que l’on trouve dans son certificat LPP; il correspond au capital accumulé dans la caisse. 

Dévolu à la retraite, il va déboucher sur une rente, un versement en capital ou un mélange des deux, déterminé par les besoins financiers à cette étape de la vie et le règlement de la caisse de pension. En effet, la loi oblige les institutions à verser au minimum 25% de l’avoir de vieillesse de la partie obligatoire, sous forme de capital, quand l’assuré le demande. 

En général, les caisses préfèrent verser le capital, afin d’éviter de gérer ce que l’on appelle le «risque de longévité». Il implique que le capital converti en rente doit être versé aussi longtemps que la personne est en vie… même si le capital a déjà été épuisé. 

Lorsqu’un changement de travail est envisagé, il faut aussi comparer les prestations de risques d’invalidité et de décès qui sont liées à la caisse. 

L’importance des prestations liées à la caisse de pension

Illustrons cela par un exemple (voir le tableau ci-contre). Jean-Pierre, 45 ans, marié avec deux enfants, a été contacté par une entreprise. Son revenu actuel est de 140 000 francs et la nouvelle société lui propose 154 000 francs (soit une augmentation de 10%). Il a déjà accumulé dans sa caisse de pension 300 000 francs. 

Pour comparer les situations, il faut d’abord calculer le salaire assuré: pour cela, il faut déduire du salaire brut la déduction de coordination. Il s’agit de la part du salaire couverte en principe par le 1er pilier, AVS/AI, qui diffère selon chaque institution. 

Puis il faut appréhender le capital projeté à la retraite; celui-ci dépend du taux de bonification de l’épargne (il s’agit du pourcentage appliqué au salaire assuré et qui est capitalisé). La loi fixe un taux qui évolue en fonction de l’âge de l’assuré: entre 25 et 34 ans 7%, entre 35 et 44 ans 10%, entre 45 et 54 ans 15%, et entre 55 et 65 ans 18%. Mais chaque caisse, en respectant le minimum légal, est libre de fixer d’autres taux. 

Dans notre exemple, la caisse de pension actuelle applique un taux unique entre 25 et 65 ans, alors que la future caisse de pension de Jean-Pierre applique un taux supérieur de 1% à celui prescrit par la loi, à chaque tranche d’âge. Jean-Pierre, dans sa caisse actuelle, aurait un capital de 1 388 000 francs à la retraite alors qu’en changeant d’emploi, il aurait «seulement» 1 024 000 francs, soit 364 000 francs en moins. Sa rente de retraite passerait de 80 504 francs par année à 59 392. Une diminution de 26%!

Un autre élément important est le taux de rémunération que la caisse applique et qui dépendra du rendement de celle-ci. Aujourd’hui, il est fixé par la loi à 1% minimum. Pour rappel, l’année dernière, selon différentes études, les caisses de pension ont enregistré, avec environ 8%, leur meilleure performance depuis 2009. 

Finalement, il faut comparer les couvertures de risque décès et invalidité. En effet, si Jean-Pierre devenait invalide à 100%, il aurait aujourd’hui une rente de 75 698 francs, plus les rentes pour ses deux enfants. Au total, il recevrait 107 237 francs alors que s’il devenait invalide après avoir changé d’emploi, il recevrait 59 118 francs seulement. Une différence de 45%. En cas de décès, son épouse et ses enfants auraient des rentes inférieures de 55%.  

Il faut bien négocier

En conclusion, lors d’un changement de poste, il faut non seulement se fixer sur le salaire mais également sur les répercussions financières de la caisse de pension en cas d’invalidité, de décès et surtout à la retraite. Toutes choses étant égales par ailleurs, Jean-Pierre devrait négocier un salaire d’environ 190 000 francs pour garder les prestations de prévoyance qu’il a aujourd’hui. 

* Directeur, conseil patrimonial et prévoyance, BCGE

Albert Gallegos*

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