Bilan

Vers une embellie des marchés… en 2014

En 2013, les stratèges voient une année de transition. Sur le plan boursier, en revanche, de belles opportunités existent. Tour d’horizon.
Le mot d’ordre en 2013 sera de préserver la valeur et privilégier des positions dites liquides. Crédits: Andrew Gombert/Keystone

Alors que les crises se succèdent depuis quatre ans, 2012 se termine sur une note plus positive qu’anticipé, les investisseurs retrouvant une certaine confiance. Contre toute attente, toutes les classes d’actifs ont réalisé du rendement. Mais le risque conjoncturel demeure, exacerbé par les incertitudes sur la dette américaine, un freinage brusque de la Chine et un net ralentissement de l’Allemagne.

La croissance va rester plus faible dans le monde développé (3,5% selon les prévisions des analystes) que dans le monde émergent. 2013 se projette, selon le consensus, comme une année de transition, avant une embellie réelle attendue pour 2014. Au plan de l’investissement, le mot d’ordre en 2013 sera de préserver la valeur et privilégier des positions dites liquides.

1. Perspectives macros:les émergents gagnent

Accalmie en Europe

Neutralisé par les décisions de la Banque centrale européenne (BCE) à la fin de l’été 2012, le risque systémique semble bel et bien écarté aujourd’hui. Le choix de son président, Mario Draghi, de faire de l’institution un «prêteur de dernier recours» a permis une détente immédiate de la prime de risque exigée par les marchés sur la dette souveraine des Etats européens en difficulté, comme l’Espagne, l’Italie ou encore le Portugal. Les décisions automnales de rééchelonnement de la dette de la Grèce sont venues s’ajouter à un faisceau de bonnes nouvelles qui ont porté les marchés jusqu’à la fin de l’année et qui laissent augurer de perspectives moins catastrophiques que prévu pour 2013.

Reste que l’Europe va continuer de stagner l’année prochaine; sa croissance devrait être plus faible encore qu’en 2012, aussi bien au nord, au centre qu’au sud. L’Allemagne et la France pourraient même vivre une récession technique si leurs produits intérieurs bruts descendent en dessous de zéro deux fois de suite. L’Espagne est le pays européen qui inquiète le plus, car il n’a pas encore réalisé de consolidation budgétaire.

Rebond aux Etats-Unis?

Aux Etats-Unis, la poursuite annoncée des mesures monétaires quantitatives, qui pourraient en fin de compte ne plus avoir de limite, continue de soutenir artificiellement l’économie et les marchés dans l’attente d’une reprise, que l’on devine encore à peine. Un accord politique rapide sur le budget américain – sans lequel le «précipice budgétaire» («fiscal cliff») pourrait coûter jusqu’à 5% du PIB étasunien et même entraîner une «japonisation» durable de l’économie – sera crucial pour permettre un rebond important. En attendant, l’Amérique du Nord bénéficie de signaux positifs, notamment avec la reprise de l’immobilier.

«Les Etats-Unis offrent un tableau plus réjouissant que l’Europe, même si la croissance attendue en 2013 se situe plutôt entre 1,5 et 2%», explique Andreas Höfert, chef économiste chez UBS Wealth Management. En effet, l’industrie américaine traverse toujours un passage à vide, car elle reste liée à l’économie mondiale. Les pays émergents restent des locomotives Les pays émergents, quant à eux, devraient continuer de bénéficier de l’important afflux de liquidités provoqué par les actions conjointes de la Fed et de la BCE pour assurer leur reprise.

«Nous sommes convaincus que le ralentissement macroéconomique touche à sa fin et que les nouvelles politiques monétaires plus souples qui sont en train d’être mises en place par la plupart des économies émergentes auront un impact positif», explique Sandra Crowl, membre du comité d’investissement chez Carmignac Gestion à Paris.

«Par ailleurs, le changement de gouvernement en Chine en 2013 offrira un regain de visibilité aux investisseurs», ajoute la spécialiste.  Si la Chine ne peut désormais plus jouer le rôle de «sauveur de la croissance mondiale» qu’elle a tenu depuis 2008, elle continuera d’en constituer un des plus solides soutiens, et ce même avec une croissance qui est passée de plus de 10% à environ 7,5% en quelques mois.

2. Classes d’actifs:l’or en vedette

Actifs risqués

«Globalement, il s’agira d’augmenter progressivement l’exposition aux actifs risqués, quelle que soit la région, à la faveur de mouvements baissiers et sous réserve d’opportunités intéressantes», conseille François Savary, économiste chez Reyl & Cie.

Matières premières: l’or

Les matières premières «font partie des principaux bénéficiaires des injections de liquidités des banques centrales», explique Simon Lovat, analyste ressources naturelles chez Carmignac Gestion. Il préconise notamment une exposition aux producteurs directement. Fidèle à sa stratégie, UBP recommande de détenir de l’or: «20% de nos allocations sont investies en or, indique Alan Mudie, directeur des investissements à l’UBP. Les politiques monétaires des banques centrales continuent d’éroder la valeur des devises, notamment l’euro et le dollar. L’or est sans conteste le grand bénéficiaire de ce régime et son cours continuera à grimper, parallèlement à l’expansion monétaire.»

La banque genevoise préfère en outre l’or physique à l’achat d’actions de sociétés minières potentiellement soumises à nombre de facteurs négatifs comme les risques géopolitiques dans certains pays d’extraction. François Savary, chez Reyl & Cie, relance l’objectif du cours de l’or à 2000 dollars et ce dans les dix-huit prochains mois. Ce d’autant que les banques centrales des pays émergents, qui représentent 80% de la demande mondiale, vont continuer leurs achats d’or afin de diversifier leurs réserves, sans compter l’intention de la Banque des règlements internationaux de requalifier prochainement le métal jaune en tant qu’actif «sans risque».

Les obligations: cap sur le yield

Les taux déjà bas risquent encore de diminuer en 2013 avec les politiques monétaires très accommodantes des banques centrales, entraînant dans leur course une baisse des coupons des obligations. Il faut donc se tourner vers des investissements qui offrent encore du rendement comme les obligations avec un risque crédit plutôt que vers des obligations de première qualité. «Les obligations souveraines des pays comme les Etats-Unis ou l’Allemagne n’offrent plus beaucoup de valeur pour l’investisseur», confie Christophe Donay, responsable de la recherche macroéconomique chez Pictet Wealth Management.

De son côté, la France inquiète avec la faiblesse de son économie. «Comme la plupart des dettes gouvernementales, les obligations françaises restent certainement surévaluées. Elles bénéficient du fait qu’il existe peu d’alternative «liquide» sur les emprunts souverains européens», observe Fabrizio Quirighetti, chef économiste chez Syz Asset Management. Les obligations high yield vont conserver tout leur attrait, car elles ont encore de la valeur. Elles affichent d’ailleurs une performance impressionnante depuis le début de l’année (23% en zone euro, 13% aux Etats-Unis).

«Le thème du high yield reste une niche, les titres sont plus volatils avec de plus hauts coupons. Ils sont à mi-chemin entre une obligation traditionnelle et une action», explique Fernando Martins Da Silva, responsable de la politique de placement de la BCV. Enfin, les obligations des pays périphériques, aussi bien souveraines que d’entreprises, offrent une alternative. Comme le souligne Rose Ouahba, responsable de l’équipe taux de Carmignac Gestion, «au vu de la nouvelle orientation prise par la BCE, nous nous sommes repositionnés sur les obligations des sociétés européennes. Notamment celles émises par les banques espagnoles et italiennes dont les rendements demeurent très élevés.» – «Ces placements recèlent de la valeur, car le risque systémique de liquidité est mieux encadré par la BCE», relève Christophe Donay. En effet, sur le court terme, soit trois à cinq ans, l’Italie et l’Espagne, voire même le Portugal, peuvent s’avérer de bons investissements et offrent un meilleur rendement, si l’on tolère un peu de volatilité.

Quant aux obligations d’Etat, la plupart des analystes suggèrent de rester à l’écart de la dette européenne. Les obligations de sociétés chinoises offrent aussi des opportunités: la Chine a entamé sa profonde transformation d’une économie dominée par les exportations vers un schéma où la consommation endogène compte désormais pour plus de 50% du PIB. «Les entreprises chinoises vont s’efforcer d’améliorer leur productivité et l’ouverture aux investisseurs étrangers devrait également continuer. Cette conjonction de facteurs favorise particulièrement les obligations des sociétés chinoises», souligne Torsten Harig, spécialiste obligataire auprès de DWS Investments.

Les actions: en progression modeste

En 2012, prendre du risque a payé, les actions ont réalisé un rendement total de 14% sur l’année. «Si on reste constructif sur l’économie mondiale, on peut espérer une hausse modérée des bénéfices des entreprises et une poursuite de la revalorisation des actions, même si les performances de cette classe d’actifs ne seront vraisemblablement pas aussi bonnes en 2013 qu’en 2012», constate Fernando Da Silva.

En Suisse

«Les actions suisses représentent 20% de notre portefeuille modèle», indique Thomas Stucki, chef des investissements d’HypoSwiss Private Bank et de la Banque Cantonale de Saint-Gall. Les blue chips helvétiques sont des noms connus et solides, appréciés des investisseurs qui recherchent également la sécurité du franc suisse, que Thomas Stucki attend à 1,20-1,25 franc face à l’euro l’an prochain. En termes de secteurs, le CIO recommande en particulier les valeurs financières, «car leurs valorisations sont très basses», alors que l’environnement devient un peu plus favorable aux banques.

Actions émergentes en vedette

Pour ceux qui recherchent la croissance, les titres des pays émergents, même s’ils sont plus risqués, offrent plus de rendement. «Nous sommes positifs sur les actions du Brésil et de la Chine, car nous pensons que ces pays vont redémarrer en 2013. L’économie chinoise devrait décoller au premier, ou au pire au deuxième trimestre de 2013. En revanche, nous restons prudents avec l’Inde qui souffre d’une forte inflation», relève Andreas Höfert. Généralement, les pays émergents bénéficient de la meilleure cote parmi les investisseurs.

Pour Alan Mudie, «les pays émergents continuent de bénéficier de meilleurs fondamentaux et leur dette extérieure reste attrayante». Pour Simon Pickard, responsable de l’équipe actions émergentes chez Carmignac Gestion, «nous continuons de croire fortement au trend «consommation» dans les pays émergents, notamment en Chine et au Brésil où le niveau de vie s’est fortement apprécié ces dernières années. Le crédit est également un thème auquel nous croyons, en particulier à travers une exposition aux banques, par exemple au Mexique.»

«Nous privilégions les petits pays émergents de l’Asie du Sud-Est aux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Le Mexique se profile, car il va bénéficier très vite de la réindustrialisation des Etats-Unis», précise François Savary.

Etats-Unis: porteur

Si les valorisations des actions européennes sont encore attrayantes, «nous continuons de privilégier les positions longues sur les actions américaines et les pays émergents au détriment de l’Europe», nuance François Savary. Les titres participatifs de sociétés américaines sont plutôt bien valorisés par le marché. «Après que les autorités politiques américaines ont finalisé un accord sur les mesures fiscales applicables dans le futur, les actions américaines devraient bénéficier d’une reprise de l’économie au deuxième semestre car les estimations bénéficiaires seront révisées en hausse. Le secteur de l’IT va profiter de la reprise des investissements dans les sociétés au sortir du fiscal cliff», explique Roland Duss, directeur de la recherche chez Gonet & Cie.

Europe: le retour

«Durant notre mandat, la BCE est prête à faire tout ce qu’il faudra pour préserver l’euro.» Les mots lâchés par Mario Draghi en juillet dernier résonnent encore aux oreilles des investisseurs. Rassurés, ces derniers reviennent désormais sur les actions. «Nous préconisons un retour sur les actions européennes, dans un premier temps à court ou à moyen terme, notamment afin de bénéficier de la vague d’optimisme entraînée par les annonces de la BCE. Nous voyons déjà des flux importants revenir sur cette classe d’actifs, notamment en provenance des investisseurs américains», confirme Frédéric Leroux, gérant global auprès de Carmignac Gestion.

La plupart des mauvaises nouvelles ont déjà été intégrées dans les cours. Ces derniers, assez bas, offrent un potentiel de hausse. «Ce marché est segmenté. Les sociétés tournées vers les exportations se portent bien et bénéficient de la croissance des pays émergents. En revanche, sur le marché domestique, on constate que les utilitaires et les télécoms sont pénalisées au vu de leur niveau d’endettement. On recherche aussi des sociétés dites value, avec une valeur basse des P/E (cours/bénéfice) et un prix bon marché compte tenu des qualités de l’entreprise», relève François Savary, directeur des investissements chez Reyl & Cie. En général, mieux vaut rester à l’écart des entreprises avec des gros déficits de caisses de pension ou celles dont les ventes sont liées à des pays comme l’Italie et l’Espagne.

Miser sur les dividendes

Comme en 2012, les actions à haut dividende sont toujours dignes d’intérêt. En revanche, concernant les titres américains, qui présentent des valeurs intéressantes, il faut être prudent avec la réforme fiscale en cours, une des mesures pouvant être la taxation des dividendes.

Les devises Le renforcement de l’euro sur le franc suisse n’est pas à l’ordre du jour. Tant que des tensions persistent dans la zone euro, le franc reste un refuge. Même si la devise nationale demeure une monnaie forte, il faut garder à l’esprit que l’économie helvétique commence aussi à éternuer. Il est possible que les taux passent en dessous de zéro en 2013.  

La résolution de la falaise budgétaire et l’embellie annoncée de l’économie américaine sont des signes positifs pour le billet vert qui devrait s’apprécier en 2013 contre le franc et l’euro. «Parmi ses points forts, le dollar est actuellement sous-évalué, les perspectives économiques sont meilleures aux Etats-Unis que sur le Vieux-Continent, et le déficit de la balance des comptes courants n’est plus un boulet puisqu’il s’est réduit au cours des dernières années et qu’il va continuer à fondre grâce à une plus grande indépendance énergétique liée au développement du gaz de schiste», confie Fabrizio Quirighetti. Pour encourager les exportations et les rendre compétitives à l’international, l’intervention probable de la Banque du Japon devrait déprécier le yen face au dollar.

L’immobilier

Le niveau élevé des prix de l’immobilier en Suisse inquiète, car il est comparable à celui de la fin des années 1980. Cette situation pose la question de l’existence d’une bulle spéculative sur ce marché où la hausse des prix a entraîné une érosion des rendements. La prudence est requise par de nombreux analystes. En revanche, la situation est très différente sur le marché américain, stabilisé en 2012. «L’indice de confiance des constructeurs dans le secteur s’élevait à 15 en été 2011. Aujourd’hui, il atteint 46. On assiste à une hausse des ventes de logement, des demandes de permis de construire, et de plus il  n’y a presque pas de stocks de maisons neuves à vendre», relève Fabrizio Quirighetti. 

Crédits photos: Martin Ruetschi/Keystone, Karl Mathis, Andrew Gombert

Patricia Meunier

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