Bilan

Vers quelles valeurs refuge se tourner?

Le contexte actuel caractérisé par une forte instabilité et une faible visibilité sur les marchés favorise le retour des investisseurs vers des actifs tangibles tels que l’or et la pierre.
  • Des flux massifs ont été enregistrés sur l’or, notamment par les ETFs.

    Crédits: Martin Ruetschi/Keystone
  • Merrick Styles, spécialiste Multi Asset: «l’or redevient une protection intéressante.»

    Crédits: Dr
  • Merrick Styles, spécialiste Multi Asset: «l’or redevient une protection intéressante.»

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Bienvenue dans l’année du Singe de feu, sautillant et incontrôlable. En janvier dernier, les grands maîtres feng shui s’accordaient pour annoncer une année faite principalement de volatilité, de hauts et de bas extrêmes, sans tendance claire sur les marchés financiers. La conjonction du caractère facétieux du singe avec le feu ne présageait donc rien de bon pour les bourses asiatiques, avec une propension à la contagion vers le reste du monde. 

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Et la réalité n’a pas tardé à donner raison à la superstition. «Le plus mauvais début d’année», «Les bourses mondiales sombres», «Semaine noire sur les marchés asiatiques», confirmaient les médias dès le 9 février, deuxième jour de la nouvelle année lunaire du Singe. Depuis, rien ne semble rassurer les investisseurs et parvenir à stabiliser les marchés.

Aucune bonne nouvelle à l’horizon: les incertitudes demeurent au plus haut sur les deux sujets principaux de préoccupation que sont la croissance chinoise et la conjoncture américaine, et par extension la politique des taux de la Réserve fédérale américaine.

Dans ce contexte de turbulences et de risques, comme l’ont défini nombre de panélistes lors du dernier World Economic Forum de Davos, ce sont aux extrêmes qu’il faut porter le regard. Pour les plus téméraires, la prise de risques, «jouer» la volatilité, est plus susceptible de générer des rendements.

Pour les plus prudents, motivés principalement par la conservation du capital, c’est le réflexe «valeurs refuge» qui se déclenche face aux défis de 2016. Ce d’autant qu’entre ces deux pôles, la visibilité à douze mois est bien difficile à établir. Les obligations demeurent à la merci d’une hypothétique hausse des taux, sans compter que le segment souverain à faible risque ne génère actuellement qu’un rendement famélique. Du côté des actions, la volatilité reste la première source d’inquiétude pour les investisseurs et le principal danger pour les rendements. Autant de raisons de s’orienter vers les valeurs refuge.

«Depuis le début de l’année, nous avons été témoin de deux retournements brutaux du marché financier: le premier dû à une poussée de négativisme envers l’économie chinoise, et le deuxième lorsque les investisseurs ont remis en question la stabilité du système financier européen. La crainte de voir la situation se propager aux Etats-Unis a contribué à une hausse de la volatilité sur les marchés financiers. En conséquence, les investisseurs se sont effectivement rués vers les actifs refuge», confirme Edith Southammakosane, stratège Multi Asset chez ETF Securities.

Par définition, les valeurs refuge sont des actifs dont la valeur a tendance à se maintenir ou à s’apprécier pendant les périodes de crise des marchés financiers. L’or est typiquement l’un d’eux. Les obligations d’Etat américain, le yen japonais, le franc suisse et l’immobilier sont traditionnellement considérés comme tels. Qu’en est-il pour 2016? 

Or: «in»

«Si l’or a longtemps pu être considéré comme la valeur refuge par excellence, sa capacité à s’affranchir des affres des marchés a passablement été remise en question ces dernières années», relate Merrick Styles, directeur des investissements Multi Asset auprès de Baring Asset Management.

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Or, le retour de la volatilité extrême ces dernières semaines a remis l’or en tête de liste des valeurs refuge, en particulier auprès des investisseurs asiatiques. «Pour un investisseur en actions, l’or redevient une protection intéressante contre les fluctuations erratiques», précise Merrick Styles. 

Une tendance clairement confirmée par les flux massifs enregistrés notamment par les émetteurs de produits indiciels (ETFs) sur l’or, comme l’américain State Street ou le britannique ETF Securities, qui a enregistré «des afflux nets record d’un montant supérieur à 1 milliard de dollars depuis le 1er janvier 2016».

Alors qu’une note émise par State Street Global Advisors précise que la plupart des flux sortants provenaient «des marchés émergents et des marchés actions américains et européens, impactés par les fortes inquiétudes des investisseurs». 

Devises: «out»

Si l’or joue de nouveau un rôle majeur en tant que valeur refuge, historiquement ce sont les devises qui ont assumé cette fonction. Les niveaux élevés de cash affichés par la plupart des fonds de placement à l’heure actuelle en attestent. En effet, privés de visibilité à court terme, les acteurs préfèrent ne pas investir et garder des liquidités disponibles pour les réinvestir lors d’une reprise éventuelle.

Or, dans l’environnement actuel de taux négatifs, thésauriser «peut s’avérer très coûteux et doit dès lors être envisagé uniquement comme une option stratégique à court terme», précise Merrick Styles.

De fait, dans ces conditions de taux d’intérêt négatifs, la plupart des devises ont perdu de leur attrait, même le franc suisse et le yen japonais, traditionnellement considérés comme des refuges en période de crise. Les bons du Trésor américain, également une valeur refuge qui a démontré sa capacité à rester stable dans des environnements de grandes turbulences par le passé. «Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que les rendements ont fortement chuté, réduisant, par-là même, l’effet d’«amortisseur» des bons du Trésor américain», souligne Merrick Styles. 

Reste que, malgré ces handicaps, tous ces actifs ont été plébiscités par les investisseurs depuis deux mois, trahissant pour le moins une crainte avérée et profonde chez les investisseurs que l’économie mondiale puisse entrer prochainement en récession.

Or, paradoxalement, la grande majorité des économistes et des spécialistes des marchés financiers s’accordent sur un scénario qui voit une poursuite de la croissance et plutôt une sortie par le haut de la situation actuelle. «La valorisation des actifs refuge est très élevée aujourd’hui. On ne devrait par conséquent les acheter que si l’on croit qu’une récession globale est en préparation; ce que nous n’envisageons pas», confirme Merrick Styles. 

En temps de crise, une bonne diversification reste le meilleur moyen d’éviter le pire en s’exposant excessivement à un seul type de risque. En clair, plus le portefeuille est diversifié, plus l’investisseur réduit sa probabilité de faire des pertes. Et «un portefeuille diversifié inclut une allocation dans des actifs refuge tels que l’or afin de le protéger contre un retournement brutal du marché», précise ETF Securities. 

L’immobilier: une valeur sûre

Outre l’or, l’immobilier est une option de diversification très prisée, notamment en Suisse. De tout temps, la pierre a attiré les investisseurs avec une vision à long terme dans une recherche de revenus réguliers. Sans parler de la crise des années 1990, l’immobilier suisse, en particulier, permet d’assurer un retour sur investissement constant.

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Si ce dernier a souvent été critiqué parce que plus faible que celui obtenu sur les marchés actions, l’environnement actuel, marqué par une aversion généralisée au risque, en fait un actif particulièrement pertinent. Ce d’autant que l’immobilier suisse direct et indirect a affiché une progression de plus de 5% en 2015, selon l’Association suisse des institutions de prévoyance (ASIP).

«A 300 points de base, la prime de risque de l’immobilier suisse par rapport aux obligations de la Confédération à dix ans est très attractive. Notamment parce que les taux devraient rester bas encore plusieurs années», confirme Arnaud Andrieu, directeur chez Orox Asset Management. L’expert est, par ailleurs, convaincu que le marché suisse n’est en aucune manière en situation de bulle et que le risque de surchauffe demeure faible.

Mais la Suisse n’est pas le seul marché attractif. Globalement, il existe de nombreuses opportunités dans l’immobilier. Les institutions financières l’ont bien compris et elles sont nombreuses à (re)sortir des produits liés à cette classe d’actifs. «Dans un portefeuille type, on recommande en général une allocation de 4 à 5% dans l’immobilier coté», précise Olivier Hertoghe, gérant de portefeuille senior auprès de Petercam, gestion institutionnelle.

Il recommande de réaliser cette allocation à travers un fonds de sociétés cotées d’investissements immobiliers. Pour le gérant, ce type d’investissement offre en effet «la liquidité que l’immobilier direct (l’achat d’immeubles) n’offre pas, tout en affichant une volatilité plus faible que le marché actions». 

Et encore...

Art, vin, voitures de collection, ces «hard assets» surperforment les indices. Selon le Knight Frank Luxury Investment Index (KFLII), placer son argent dans le secteur des voitures de collection en 2015 aurait permis de surperformer le FTSE 100. «Investir dans ce genre d’objets précieux offre tous les avantages habituels des valeurs refuge: décorrélation, imperméabilité à l’inflation, et un historique de performance solide», peut-on lire sur le site de The Classic Car Fund.

Lancé il y a un peu plus de trois ans sous la houlette de la société zurichoise Count Custoza Family Office, ce fonds affichait, par exemple, une performance annuelle de quelque 9,3% fin 2015. Une belle performance qui n’empêche pas les critiques.

Selon certains acteurs, si ces hard assets ont pu être portés par des revenus disponibles en croissance exponentielle ces dernières années en Asie et dans les pays du Moyen-Orient, l’affaiblissement de la conjoncture dans ces deux régions pourrait porter un coup d’arrêt à ces success stories. Reste que c’est bien le 5 février dernier qu’a été vendue la voiture la plus chère du monde à Paris, une Ferrari 335 S Spider de 1957, pour plus de 32 millions d’euros à un acheteur apparemment…. américain!  

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