Bilan

Une étrange relation pilote les marchés

Le lien entre le consommateur et l’emploi aura des conséquences importantes sur les bénéfices des sociétés aux Etats-Unis. Il faut rester prudent. Explications et conseils.

Un consommateur en bonne forme pourrait soutenir la croissance.

Crédits: Joe Raedle/AFP

Les stimuli des banques centrales européenne et japonaise, associés à l’abaissement des projections de la Fed pour le niveau des taux, ont permis aux marchés actions de se reprendre. Le S&P 500 a progressé de 15% depuis les tréfonds de février et s’est rapproché de son plus haut historique.

Cependant, la plupart des analystes sont d’avis que l’assouplissement des banques centrales est proche de ses limites – malgré le déni flagrant des décideurs politiques – et par conséquent, les sept années de marché haussier, artificiellement soutenu par une politique monétaire accommodante, devraient désormais se traduire en gains réels. 

Or, malheureusement pour les fervents optimistes, les prévisions de bénéfices par action ont été revues à la baisse dans l’ensemble des secteurs du S&P 500 depuis début décembre, la croissance espérée étant fixée à 2% pour l’année en cours. Pour le premier trimestre, les bénéfices sont même attendus en chute de -8,5%!

Sans surprise, le plus gros déclin devrait apparaître dans le secteur de l’énergie, pour lequel une chute de 100% est pronostiquée par les analystes. Seuls les secteurs de la santé, des télécommunications et des biens de consommation devraient enregistrer une croissance annuelle positive. Dans ce contexte, et avec un ratio cours sur bénéfices de 16 (Price Earning Ratio) pour le S&P 500, beaucoup craignent que le pic ait déjà été atteint. De notre point de vue, les bénéfices des sociétés aux Etats-Unis dépendront principalement de l’étrange relation entre le consommateur et l’emploi.

Il faut inverser le déclin de la population active

Un consommateur en bonne forme pourrait soutenir la croissance. Les ventes du commerce de détail devraient progresser au-dessus de 2% pour 2016, ces dépenses de consommation profitant aux entreprises. Cependant, pour saisir cette opportunité, les sociétés devront augmenter leur production en embauchant plus de collaborateurs.

A ce stade, les choses se compliquent: les bénéfices ne s’amélioreront que si le coût du travail reste stable. Si les nouvelles embauches venaient à coûter plus cher ou provoquaient un bond des salaires, les gains ne tarderaient pas à s’évanouir. Or, avec un taux de chômage aux alentours de 5% aux Etats-Unis, nous approchons de ce que les économistes appellent le plein-emploi. La hausse des effectifs, concomitante au rebond de la production, pourrait par conséquent entamer les bénéfices et anéantir l’appréciation des titres. 

Seuls un renversement du taux de participation de la population active et l’arrivée de nouveaux travailleurs sur le marché du travail permettront d’accroître la production sans pour autant augmenter les coûts. Depuis 2000, la population active a décliné et la tendance à la baisse s’est accélérée durant la crise financière, pour une pluralité de raisons. Mais lorsque les offres d’emploi ou les salaires progressent, la motivation à retourner sur le marché du travail peut être stimulée.
Les deux éléments ont été amorcés cette année, ce qui a permis d’inverser le déclin de la population active. Chaque mois, le nombre d’embauches du secteur privé dépasse les 200 000, tandis que les salaires n’ont que marginalement progressé. 

Si le taux de participation au marché du travail augmente, les grandes entreprises seront en mesure d’augmenter leur profit sans heurter l’optimisme et la propension à consommer des Américains. 

Ces éléments en tête, il faut garder un œil sur la Fed, qui pourrait bien anéantir la reprise en augmentant ses taux directeurs trop rapidement et opter pour la prudence. Et ce, même s’il est envisageable que le bénéfice par action dépasse la prévision actuelle de 2%, ce qui contribuerait à soutenir l’appréciation des titres.  

Dans ce contexte particulier, marqué par une hausse des cours limitée, il est recommandé de se tourner vers des valeurs vedettes pour lesquelles les dividendes sont élevés. Les titres tels qu’AT&T, Lockheed Martin et Eli Lilly & Co. ont des activités solides aux Etats-Unis et offrent une rentabilité du dividende attendue à plus de 5%. 

* Responsable des stratégies de marché, Banque Swissquote.

Peter Rosenstreich*

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