Bilan

Une récession aux Etats-Unis serait-elle imminente?

Le marché du travail est solide. La consommation et le pouvoir d’achat se maintiennent. Pas d’inquiétude, à court terme.

Conjoncture A bien des égards, il peut paraître surprenant que les investisseurs s’interrogent aujourd’hui sur l’imminence d’une récession aux Etats-Unis. Les fondamentaux économiques sont solides, le S&P 500 a progressé de 55% au cours des cinq dernières années et la consommation, qui présente plus des deux tiers de l’activité, se porte bien. Les dépenses de consommation ont atteint un chiffre record au deuxième trimestre, tandis que la confiance des consommateurs a rebondi ce mois-ci à son plus haut niveau depuis juillet. 

Afin d’anticiper une possible aggravation, il convient de surveiller l’évolution du pouvoir d’achat des consommateurs 1 sur la base de plusieurs indicateurs: la croissance de l’emploi et des salaires, les prix des carburants, l’immobilier et l’épargne. 

Le taux de chômage américain atteint aujourd’hui 3,5%, son plus bas niveau en 50 ans. Si le salaire horaire moyen a augmenté de 2,9% au cours de la dernière année, les gains horaires moyens réels ont diminué de 1,2% 2

S’agissant des prix des carburants, même si les tensions au Moyen-Orient ont provoqué une hausse temporaire des cours, le coût réel reste inférieur à ce qu’il était il y a deux ou trois décennies. Force est de constater que si une flambée des prix du pétrole annonce invariablement une récession aux Etats-Unis, le pétrole joue aujourd’hui un rôle moins important dans le déclenchement d’une crise économique, d’autant plus que les Américains approchent de l’autosuffisance.

Un autre facteur semble également confirmer la résilience du consommateur américain: l’immobilier. Les achats de logements neufs ont crû de 6,4% entre janvier et août 2019 3. Pour le moment, rien ne laisse présager une chute de l’investissement résidentiel, qui avait précédé la grande crise financière.

Le taux d’épargne moyen devrait aussi fournir une marge de sécurité: il atteignait 8,1% en août, bien au-dessus de sa moyenne sur 20 ans de 6%. Historiquement, l’inversion de la courbe de rendement s’est avérée un indicateur fiable d’une récession. Aujourd’hui, la courbe s’est aplatie, mais les maturités ne convergent pas toujours toutes et on ne peut donc voir là le signal clair d’une récession. 

Un nouvel indicateur suscite un grand intérêt, la règle Sahm, nommée ainsi en l’honneur de Claudia Sahm, économiste au Conseil des gouverneurs de la Fed. Cette règle énonce qu’une économie est en récession, ou sur le point d’y entrer, si la moyenne sur trois mois de son taux de chômage a augmenté d’au moins un demi-point de pourcentage par rapport à son niveau le plus bas des douze derniers mois. Adoptée ce mois-ci par le service Federal Reserve Economic Data de la Fed, elle se vérifie pour chaque récession américaine depuis 1970. 

A ce stade, l’indicateur Sahm ne donne pas de signal de récession. La valeur actuelle de 0.0 indique qu’il y a 5% de chance qu’une récession survienne d’ici à trois mois et 20% d’ici à douze. Cette probabilité s’élève à 97% pour chaque horizon temporel où le chiffre correspondant est égal ou supérieur à 0,50. Pour le moment, il y a peu de signes avant-coureurs d’une récession à court terme. Le marché du travail reste solide, les entreprises ne licencient pas, le pouvoir d’achat et la consommation se maintiennent. Même si la croissance devrait ralentir au cours des prochains trimestres, elle modérera sans doute les perspectives, mais ne préfigurera pas une récession.

Stéphane Monier, CIO Lombard Odier Private Bank

1 Source: Université du Michigan
2 Entre septembre 2018 et septembre 2019
3 Par rapport à la même période de 2018.

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