Bilan

Un patron américain divise son salaire pour augmenter ses salariés

Le CEO d'une société de Seattle a divisé son salaire par treize, passant de 930'000 à 70'000$, afin d'augmenter le salaire de ses 120 collaborateurs tous passés à 70'000$ eux aussi.
  • Dan Price, CEO de Gravity Payments, a choisi de réduire son salaire afin d'augmenter ses 120 collaborateurs.

    Crédits: Image: GeekWire
  • Les salariés de Gravity Payments ont salué avec joie la décision de leur CEO, sous l'objectif des médias et des photographes du New York Times en particulier.

    Crédits: Image: Matthew Ryan Williams/New York Times

Alors que les salaires des patrons font plus souvent la une pour leurs montants extraordinairement élevés, le CEO d'une société américaine spécialisée dans les processus de paiement par carte bancaire a pris le contrepied. Tandis que sa société Gravity Payments fondée en 2004 se porte bien et a prévu de réaliser 2,2 millions de dollars de profits en 2015, il a annoncé lundi 13 avril sa décision de modifier la grille salariale: il réduira son salaire et augmentera ceux de tous ses salariés.

Concrètement, sa rémunération annuelle passera de 930'000$ à 70'000$, soit un montant divisé par treize. Dans le même temps, 70 de ses 120 salariés seront revalorisés et tous toucheront au minimum 70'000$. Jusqu'à présent, le salaire moyen au sein de Gravity Payments tournait autour de 48'000$. Pour 30 collaborateurs de l'entreprise, cette mesure correspond à un doublement du salaire annuel.

Des augmentations grâce à son salaire diminué et aux profits

Pour financer cette mesure très coûteuse, Dan Price se servira évidemment des économies réalisés grâce à la baisse de son salaire, mais il réduira aussi les profits escomptés: 80% de l'enveloppe proviendra de cette enveloppe. Pas question par contre de toucher aux prix des produits ni aux autres coûts fixes de l'entreprise: «Je ne voulais pas augmenter les prix pour les clients ou offrir un service au rabais», explique-t-il au New York Times, invité à suivre la réunion d'entreprise au cours de laquelle il a annoncé sa décision aux salariés.

Le fondateur de l'entreprise a profité de l'annonce pour réaliser un joli coup marketing: en plus du New York Times, il avait aussi invité nombre de médias nationaux à sa réunion interne, comme ABC ou CNN. Mais s'agissant d'un salaire réévalué sur la durée, le coût peut s'avérer exorbitant s'il ne s'agissait que de réaliser un coup marketing.


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Ce bouleversement des salaires dans l'entreprise de Seattle intervient alors même que l'état de Washington (dont relève Seattle) vient d'instaurer un salaire minimal à 15$/h, le plus élevé des Etats-Unis (où il est en moyenne de 7,25$/h). Et ce alors même que les Etats-Unis présentent l'écart maximal dans le monde entre le salaire moyen et celui des CEO (ces derniers gagnent 300 fois plus que leurs employés en moyenne). Toutefois, Dan Price n'a pas seulement été influencé par les débats préalables à l'adoption de cette législation, mais aussi par une réflexion personnelle et des lectures, dont celle d'une étude datant de 2010 et réalisée par Daniel Kahneman (Prix Nobel d'économie en 1982) et Angus Deaton. Ces deux économistes de Princeton estimaient que, aux Etats-Unis, des revenus de 75'000$ annuels «améliorent le bien-être et la satisfaction au quotidien», tandis que des augmentations supérieures à ce montant ont moins d'impact ressenti pour les collaborateurs.

Une diminution de salaire provisoire pour Dan Price

Pour Dan Price, revaloriser les salaires de ses employés constitue donc une récompense et une incitation: selon lui, avoir avec lui des collaborateurs plus épanouis et sans doute plus heureux et investis dans leur travail constituera un plus pour son business. Cependant, c'est aussi sa propre rémunération qui lui posait question: «Mon tarif sur le marché en tant que CEO est déraisonnable comparé à celui d'une personne normale. J'ai beau être un capitaliste, il n'y a rien dans le marché qui m'oblige à agir ainsi». Pour lui, la mesure constitue donc «une solution capitaliste à un questionnement social».

Pas question toutefois de renoncer durablement à des revenus confortables: «Dès que Gravity Payments reviendra au seuil de 2,2 millions de profits, je retrouverai mon salaire d'origine. Ainsi, je vais être motivé pour avoir de bons résultats». Le fait que le CEO touche le salaire minimum dans son entreprise n'est donc que transitoire. En attendant, Dan Price puisera dans les réserves qu'il a pu faire depuis qu'il a créé Gravity Payments en 2004 à l'âge de 19 ans.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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