Bilan

Un nouveau fonds suisse mise sur l’Iran

La société genevoise Probus lance un fonds de placement qui anticipe un effet multiplicateur très fort dans le pays. Elle a déjà recruté deux analystes sur place.

La société genevoise Probus lance un fonds de placement qui anticipe un effet multiplicateur très fort dans le pays. Elle a déjà recruté deux analystes sur place.

Crédits: Bloomberg/getty images

Basée à genève, la société de gérants externes Probus s’est étendue jusqu’à posséder des bureaux à Dubaï, Monaco et Bangkok. «Il y a eu trois ouvertures majeures durant ces vingt dernières années: la Russie, le Vietnam et l’Egypte, détaille le CEO Bernard Bonvin. Nous avons besoin de gens qui ont connu les différentes phases de ces marchés.

Par exemple, en Russie, le marché a d’abord été baissier (passant de 100 à 10 points entre 1997 et 1998), avant de grimper (passant de 10 à 540 points).» Selon ce spécialiste, c’est mécanique et n’a rien à voir avec l’aléatoire.

«Nous partons toujours avec un ratio cours sur bénéfice très faible, des bénéfices très bas et une devise largement sous-évaluée. Or, avec l’ouverture et les nouveaux investisseurs, les multiples augmentent, les profits croissent et les devises tendent à revenir proches de leur valeur d’équilibre. Avec l’Iran, la devise actuelle ne vaut qu’un tiers de sa valeur PPP (soit la parité de pouvoir d’achat) à cause de l’embargo.»

Pour l’instant, le démarrage de la commercialisation du Probus Opportunities – Persian Equity Fund a été freiné par le fait qu’une seule banque a autorisé les clients dont les actifs sont déposés chez elle à investir dans des actifs iraniens. D’ailleurs, la Bourse de Téhéran a déclaré voilà quelques jours qu’un montant évalué entre 3 et 7 millions de dollars avait été investi depuis la levée des sanctions, le 16 janvier dernier.

Ce montant extrêmement faible est directement lié aux difficultés rencontrées pour transférer des fonds sur place. «Dans le private equity, le problème ne se pose pas puisque, généralement, les fonds ne sont réellement versés qu’environ deux ans après la conclusion des accords», relève Kim Muller, chef des investissements chez Probus.

Pour s’assurer au mieux de la réussite de leur fonds, Probus a déniché des gens avec une grande expérience: outre François Savary, CIO de Prime Partners, Philippe Mailfait, CEO de CapitalAria à Paris, et Andrew Ranken, chargé du fonds Probus consacré au Mékong (Thaïlande, Vietnam, Laos, Cambodge et bientôt la Birmanie, lequel a eu un rendement en 2015 de 10,6% alors que l’indice MSCI South East Asia a réalisé -20,8% sur la même période), l’équipe est allée chercher Jean-Louis Tauvy, qui était physiquement présent sur place lorsque le marché russe s’est libéralisé. Il a eu à faire face à un certain nombre de chausse-trappes inévitables. 

A la recherche de pépites 

«Le même problème va surgir en Iran. Il s’agira de les éviter au maximum en trouvant des sociétés cotées où les flux financiers vont venir en priorité. Autrement dit, il s’agira d’anticiper les investissements des acteurs connaissant relativement mal le marché iranien, en se focalisant dans un premier temps sur les grandes et moyennes capitalisations dont l’activité est simple à analyser», déclare Bernard Bonvin. La recherche de «pépites» cachées se fera dans un second temps, lorsque le marché sera un peu plus mature. 

En 1995 à Moscou, Jean-Louis Tauvy dirigeait 17 analystes, sauf qu’un an après, il ne lui en restait plus qu’un! Ils étaient tous partis ailleurs pour être rémunérés davantage. «Nous visons dix analystes dans un pays où le niveau des salaires est très bas. Après avoir publié quelques annonces en Iran, nous avons reçu environ 700 candidatures. Nous nous sommes rendus sur place et notre bureau de Dubaï en a recruté deux avec des profils atypiques durant l’été 2015. Le premier a grandi au Japon avant de revenir en Iran et d’œuvrer dans une société de courtage. Le second a fait ses études en Angleterre avant de rentrer au pays. Bref, ils ont une vision extérieure indispensable au succès.»  

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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