Bilan

Un nouveau fonds de capital-risque est né

Spin-off de la Fondation genevoise pour l’innovation technologique (Fongit), Helvetica Smart Capital sera lancé en avril. Soutenu par deux family offices, il investira très tôt dans les startups romandes.
  • Helvetica est né de la rencontre entre les deux directeurs Alberto De Min (Preon Capital Partners) et Antonio Gambardella (Fongit).

    Crédits: Nicolas Righetti/lundi13
  • La Fongit, créée en 1991, est un instrument de la politique d’innovation de Genève.

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La croissance du capital-risque en Suisse se poursuit. Si le fonds d’un demi-milliard promis par le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann devait se concrétiser dans la seconde partie de l’année plutôt que dans la première, les initiatives fleurissent, en particulier lorsqu’il s’agit de fédérer des family offices. Ainsi après 4FO Venture Partners, lancé à Lausanne en 2016 par le serial entrepreneur Jean-Pierre Rosat, c’est maintenant au tour de Genève d’assister à la naissance d’un nouveau fonds de capital-risque: Helvetica Smart Capital, spin-off, en quelque sorte, de la Fondation genevoise pour l’innovation technologique (Fongit).

Créée à l’initiative du patron du groupe industriel LEM, Jean-Pierre Etter, en 1991, la Fongit est le bras de la politique d’innovation de Genève. Soutenue par l’Etat de Genève et l’agence de l’innovation InnoSuisse, elle a incubé certaines success stories récentes comme la biotech Selexis, rachetée l’an dernier par le groupe japonais JSR Corporation, et Anteis, reprise en 2013 par le groupe allemand Merz. Au total, les startups de la Fongit ont levé 150 millions de francs depuis quatre ans.

Depuis qu’il a pris la direction de la Fongit en 2014 après une carrière de capital-risqueur, Antonio Gambardella a, en effet, piloté une croissance qui fait passer l’effectif de startups incubées de 25 à 60 aujourd’hui. «Nous avons quatre piliers à notre action, explique-t-il. D’abord nous avons 5000 m2 d’immobilier entre nos deux espaces de Plan-les-Ouates et un autre au Campus Biotech.» La Fongit offre des baux flexibles adaptés aux startups, en plus de son travail d’animation de la communauté des entrepreneurs. 

A côté de cela, elle soutient les jeunes pousses du point de vue administratif et comptable en s’occupant par exemple des questions légales, fiscales ou de propriété intellectuelle. «C’est très important, commente Antonio Gambardella. Les investisseurs veulent voir des sociétés structurées. Pas seulement des technologies ou des modèles d’affaires.»

La Fongit s’appuie aussi sur le réseau de coachs d’InnoSuisse (recherche des premiers clients, business plans, gouvernance...). Son équipe de 8 personnes s’appuie aussi sur un réseau d’une quinzaine de prestataires (notaires, fiduciaires, avocats…).

La quatrième activité relève des fonds d’amorçage. La Fongit peut investir des sommes allant jusqu’à 150  000 francs sous condition de respect d’objectifs intermédiaires et d’une levée de fonds équivalente d’autres sources. Les représentants de la Fongit prennent ainsi souvent une place aux conseils d’administration des startups pour influer leur gouvernance. 

Toutefois, avec un budget annuel de deux millions de francs, ses moyens d’investissement sont limités, d’autant plus que son statut de fondation freine ses possibilités. Or, ces moyens ne correspondent plus à l’ampleur des opportunités issues de la croissance de l’écosystème startup en Suisse romande (la Fongit reçoit 300 dossiers de candidature par an pour en accepter de 10 à 15). C’est ce qui a suggéré à Antonio Gambardella de créer le nouveau fonds Helvetica dont les opérations débuteront en avril.

Ce projet s’est catalysé avec la rencontre d’Alberto de Min qui gère les investissements dans les startups du family office Preon Capital de l’homme d’affaires finlandais Jari Ovaskainen. Nommé Business Angel européen de l’année 2014, ce serial entrepreneur a, entre autres, investi dès le départ dans le fabricant de jeux en ligne SuperCell, évalué à 3,1 milliards de dollars lors du rachat de 51% des actions par le japonais Softbank fin 2013 puis 10 milliards lors de sa vente au chinois Tencent en 2016.

En Suisse, Preon Capital a investi dans des startups comme Kizy Tracking et GenomSoft et juste de l’autre côté de la frontière dans le spin-off du CERN Advanced Accelerator Applications qui vient d’être racheté 4 milliards par Novartis. 

Un fonds orienté local

Alberto de Min est persuadé du potentiel de l’arc lémanique en particulier «avec des startups occupant des marchés de niche, le plus souvent très business to business et très fortes technologiquement car issues du monde académique». Cette spécialisation demande toutefois des compétences très pointues qu’il est difficile de couvrir pour un seul family office. D’où l’idée de fédérer les efforts avec un autre et quelques institutionnels dans un fonds dédié à ces investissements locaux. 

Avec un objectif final de lever 50 millions de francs (dont 30 déjà atteints), cet instrument, c’est Helvetica Smart Capital. «Nous allons investir très tôt dans les phases d’amorçage jusqu’au premier round (round A), révèle Antonio Gambardella. Parce qu’il est critique de tisser une relation de confiance avec les entrepreneurs. Les bons choisissent leurs investisseurs, pas l’inverse.»

Ces caractéristiques correspondent aussi à une évolution du capital-risque. Fortes de leurs succès, les grandes firmes de capital-risque ont de plus en plus de fonds (100 milliards de dollars pour le Vision Fund de Softbank). Si bien qu’elles interviennent plus tard dans les cycles de financement et demandent parfois des actions privilégiées et des préférences de liquidation pour minimiser leurs risques. 

En structurant un fonds comme Helvetica, les family offices, qui voient de plus en plus les startups comme une classe d’actifs décorrélée de leurs autres investissements mobiliers et immobiliers, se garantissent au contraire de pouvoir investir très en amont avec un rôle de lead investor en gardant beaucoup de souplesse. «Avec ce véhicule, nous pourrons prendre la décision d’un investissement pré-seed de 100  000 francs dans un délai de quelques jours», promet Antonio Gambardella, pour qui les opportunités sont nombreuses, au-delà de la Fongit, dans tout l’arc lémanique.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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