Bilan

Un excès de financement bancaire serait néfaste à la croissance

Et si l'obsession des dirigeants politiques à voir les banques financer l'économie et la croissance était erronée? Une étude de l'OCDE pointe les risques d'un excès de crédit bancaire pour la croissance du PIB.

Le recours excessif au prêt bancaire serait néfaste à la croissance et pourrait accroître les inégalités de revenus.

Crédits: Image: Reuters

Tout le monde connaît la maxime tirée de la courbe de Laffer: «Trop d'impôts tue l'impôt». Et si trop de finance tuait la croissance? C'est en tout cas la conclusion d'une étude parue à la mi-juin et qui dénonce les dangers d'une financiarisation excessive, surtout via la place des crédits bancaires, de l'économie. Dans leur enquête intitulée Finance and Inclusive Growth, Boris Cournède, Olivier Denk et Peter Hoeller mettent en cause le modèle soutenu depuis un demi-siècle qui voit dans les établissements financiers la clef quasi-unique de l'apport de fonds aux entreprises.

S'ils ne nient pas l'importance cruciale des banques pour l'injection de capitaux dans l'économie, les trois auteurs vont à contre-courant des principaux dirigeants politiques qui, surtout depuis la crise de 2008, réclament aux banques un accès plus facile au crédit et un accroissement du volume des emprunts consentis. Selon eux, «trop de finance peut freiner la croissance et aggraver les inégalités de revenus». Ils s'appuient notamment pour affirmer cela sur le fait que le volume de crédit bancaire a augmenté trois fois plus vite que le PIB au sein des 34 pays de l'OCDE sur les 50 années écoulées. Conséquence: le crédit bancaire est désormais équivalent à 100% du PIB dans ces 34 pays.

Les USA, bon élève pour le recours aux marchés

Et dès que ce ratio dépasse les 100%, la croissance du PIB est freinée: toute progression de dix points freine la croissance de 0,3%. Ils ont aussi observé a contrario que le recours aux marchés financiers pour permettre le développement des entreprises dope la croissance: se financer sur le marché actions ferait croître plus vite le PIB. Selon leur étude, un accroissement de dix points de la capitalisation boursière ferait gagner 0,2% de croissance. Or, la capitalisation boursière moyenne au sein de l'OCDE ne serait «que» de 65% du PIB.

Et les trois auteurs ne visent pas que le financement des entreprises par les banques, mais aussi le recours à l'emprunt par les particuliers. «ces crédits servent en grande partie à financer des achats immobiliers. Or ce n'est pas l'investissement immobilier qui va financer l'innovation, la croissance de demain», assure ainsi Boris Cournède.

Mais c'est bien du côté des entreprises que la situation est la plus compliquée: les auteurs citent de nombreux exemples de sociétés ayant eu largement recours à l'emprunt bancaire pour se financer en période de croissance et qui se sont retrouvées étranglées par leur endettement lorsque la croissance s'est ralentie, réduisant d'autant leurs capacités de remboursement. Par effet de ricochet, elles ont alors réduit leurs investissements ou taillé dans les effectifs, se privant de moyens de productions essentiels pour assurer leur avenir sur le long terme.

Le bon élève, selon les trois auteurs de l'étude, serait à chercher outre-Atlantique: aux Etats-Unis, la capitalisation boursière représente entre 70 et 80% du PIB, un des taux les plus élevés des pays développés. Ce qui ménage des réserves en cas de crise: lors d'un coup dur, une société américaine peu endettée peut aisément recourir à l'emprunt pour traverser la tempête, sans se mettre en danger.

Or, suite à la crise de 2008, et tout en appelant les banques à soutenir davantage l'économie, les dirigeants politiques européens ont introduit une série de réglementations. «Le phénomène de désintermédiation du financement de l'économie européenne constitue une évolution très favorable. Mais il est pour le moment lié aux nouvelles réglementations bancaires. Il doit être encouragé par une révision de la fiscalité (car) il existe beaucoup d'incitations - notamment fiscales, avec l'impôt sur les sociétés et la taxation des revenus du capital des ménages - au financement par la dette, au détriment du financement par les actions», précise Boris Cournède.

Les hauts revenus du secteur financier

Quant au volet de l'accroissement des inégalités, il est intrinsèquement lié à ce poids des banques dans l'économie. En effet, le phénomène «too big to fail» met les établissements financiers à l'abri du danger, assurés qu'ils sont que les autorités les sauveront quoiqu'il arrive en raison du risque systémique que leur faillite ferait courir à tous, au vu du volume d'emprunts accordés aux acteurs de l'économie. Du fait de cette protection, les auteurs estiment que les rémunérations du secteur financier sont sans commune mesure avec celles des postes à qualifications et responsabilités similaires des autres secteurs.

Dans la branche de la finance, à qualification et expérience égales, les employées toucheraient des salaires supérieurs de 28% en moyenne par rapport aux personnes actives dans d'autres secteurs de l'économie. La différence grimpe même à 40% pour la tranche des 10% de salariés les mieux rémunérés. Les trois auteurs constatent également que les employés du secteur bancaire et financier, qui ne représentent pas plus de 4% de la population active européenne, sont largement su-représentés dans la catégorie des actifs qui touchent les plus hauts revenus: 20% de cette tranche sont issus de ce secteur.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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