Bilan

Un nécessaire nouveau New Deal

La pandémie a mis en évidence les faiblesses des infrastructures publiques. Mais elle attire également l’attention sur des opportunités de placement à venir.

Dépenses publiques La pandémie a montré que l’infrastructure économique actuelle, notamment dans le domaine des soins de santé, était insuffisante. Le moment est venu de faire évoluer la structure sociale de l’économie mondiale, créée il y a plus de septante ans. Les récents plans de relance destinés à faire face à l’impact économique du Covid-19, y compris les garanties de prêts et les facilités de crédit, éclipsent aujourd’hui les « New Deals » historiques en augmentant la part des dépenses publiques. Cette année, ils équivalent ainsi à environ 20% du PIB aux Etats-Unis, à plus de 30% en Allemagne et à 17% en France. Pour l’Union européenne dans son ensemble, le total des dépenses de relance fiscale, en plus des mesures de soutien nationales, s’élève à environ 5% du PIB (cf. graphique ci-dessus).

Ces dépenses renforcent encore le rôle croissant de l’Etat pour répondre à la demande en soins de santé, en soutien en matière de revenus et en subventions aux entreprises (cf. graphique ci-contre). En avril de cette année, le Fonds monétaire international (FMI) a prévu que le ratio des dépenses publiques de la France par rapport à son PIB passerait de 56% en 2018 à 61% cette année, celui de l’Allemagne de 44 à 51%. Aux Etats-Unis, les dépenses augmenteront de 38% à plus de 41%, et en Suisse, de 33 à 37%.

Cependant, les dépenses publiques sont souvent mal réparties. Le FMI estime que les gouvernements ont consacré 6,3% du PIB mondial pour subventionner la consommation d’énergie. Un montant qui éclipse les 4,5% du PIB consacrés à l’éducation, selon la Banque mondiale. Les dépenses de formation permettent de réduire les inégalités à long terme et, grâce aux investissements publics dans les infrastructures numériques, les étudiants peuvent accéder à des cursus dans le monde entier. Toutefois, les investissements dans la recherche et le développement ne suivent pas le rythme croissant de ces besoins. En 2018, le total des dépenses privées et publiques des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) s’élevait à 2,4% de leurs PIB combinés. La participation du secteur privé à la création d’un avenir durable est certes déterminante, mais il existe des domaines où l’Etat peut avoir une incidence plus importante. Par exemple, ce sont des partenariats publics-privés qui ont récemment financé des projets d’infrastructure de transport tels que le tunnel routier de Silvertown au Royaume-Uni, sous la Tamise, un matériel roulant ferroviaire en Allemagne et l’autoroute A9 aux Pays-Bas.

Les partenariats avec l’Etat ouvrent la voie aux investissements privés. Cependant, le secteur privé n’est pas à même de financer la refonte complète de ces secteurs. Seuls les Etats peuvent y parvenir, même si certains pays sont clairement mieux équipés pour atteindre efficacement les objectifs à long terme. Le moment est bien choisi, car on peut bénéficier de financements bon marché. Lorsque les taux d’intérêt se montaient à 4%, des dépenses budgétaires de 80% du PIB semblaient raisonnables. Avec les taux d’intérêt actuels, ce seuil pourrait se rapprocher de 200% du PIB. Ce qui ne signifie pas nécessairement que ces dépenses soient soutenables, si elles sont mal gérées.

Début octobre, le FMI a encouragé les gouvernements des pays avancés à profiter de la faiblesse des taux d’intérêt pour investir dans l’amélioration des infrastructures et les technologies durables. Selon cette institution, en augmentant les dépenses publiques de 1% du PIB, la confiance dans la reprise pourrait se traduire par une augmentation de 2,7% du PIB et stimuler les investissements privés de 10%, induisant une croissance des emplois de 1,2%. Alors que la riposte fiscale et monétaire à la pandémie de Covid-19 change la donne, un rôle étatique plus important pourrait bien devenir la nouvelle normalité.

Stéphane Monier, Chief investment officer, Banque Lombard Odier & Cie

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