Bilan

Un «millennial» à la tête d’Hinduja Bank

Nommé CEO avec effet immédiat, le descendant de la quatrième génération veut intégrer les critères ESG dans la banque privée genevoise, mais ne croit pas aux labels de durabilité.

Karam Hinduja a grandi en Suisse avant de vivre onze ans à New York.

Crédits: Pierre Vogel

La famille fondatrice Hinduja prend les choses en main et monte en puissance à la Banque Hinduja (Switzerland). En juin, Karam Hinduja, 29 ans, issu de la quatrième génération, a été nommé CEO de la banque genevoise, succédant avec effet immédiat à son prédécesseur, Gilbert Pfaeffli. Ce dernier a eu des démêlés avec l’autorité monétaire des Caïmans, qui a retiré le 27 mai à la banque sa licence bancaire sur l’île à la suite de manquements dans la gestion.

Après des années de flou stratégique, l’établissement se recentre désormais sur son branding familial et sur le private banking. Un domaine sur lequel Karam Hinduja porte un regard neuf. «L’avenir de l’activité bancaire émerge à l’intersection du profit et du but», dit le jeune banquier lors d’un entretien dans un salon de la banque de la place de la Fusterie. Un discours aux tonalités «millennials» qui vient dépoussiérer l’image traditionnelle de la banque.

Comme c’est souvent le cas des entrepreneurs de sa génération, Karam Hinduja attache, depuis sa sortie d’université, une grande importance au développement durable et aux dimensions de responsabilité sociale et environnementale (ESG) dans les affaires. Mais il n’adhère pas aveuglément aux labels de durabilité. En la matière, l’habit ne fait pas le moine, explique-t-il: «Certains fonds ayant le label durable intègrent des entreprises qui ne le sont pas toujours, tandis que des acteurs de l’investissement qui ne parlent pas d’ESG tiennent compte de ces critères.» A la sémantique des labels, il préfère la compréhension fondamentale des activités des entreprises sous-jacentes.

Le nouveau CEO veut aussi renforcer le lien avec les clients en mettant en avant les valeurs entrepreneuriales des fondateurs, selon le principe qu’une famille s’identifie davantage à une autre famille. «Nos clients sont des membres de la famille étendue», résume-t-il. Avec ses 2,5 milliards d’avoirs privés sous gestion, la Banque Hinduja s’assimile à un familly office.

L’établissement s’était réorganisé en profondeur en 2016, au moment de l’arrivée du précédent CEO, Gilbert Pfaeffli, en renonçant à ses activités de négoce de matières premières, qui avaient valu quelques millions de pertes à la banque. Le clan des Hinduja à Genève compte également Shanu Hinduja, mère de l’actuel CEO et présidente du conseil d’administration de la banque depuis 2016. Fille de Srichand Parmanand Hinduja, elle a appris de lui les ficelles du métier et s’est faite également plus visible dans les médias ces derniers temps. Srichand est le principal actionnaire et président du conglomérat Hinduja, dont le siège est à Londres. Avec son frère Gopichand, les deux hommes d’affaires indiens figurent au deuxième rang des plus grandes fortunes britanniques. Leur père, Parmanand Deepchand Hinduja, avait fondé le groupe en 1924 à Mumbai.

Proche de la tech

Karam Hinduja a grandi en Suisse. Après avoir été élevé à l’internat chic d’Aiglon College à Villars (VD), il a fait ses études universitaires à la Columbia University, et vécu onze ans à New York, ce qui lui confère un accent américain impeccable. Durant ces années, il a investi pour le compte de la famille dans des startups prometteuses, tout en s’initiant à l’asset management. «J’ai pris diverses participations dans des deals de private equity et de capital-risque, allant des médias aux fintechs en passant par la santé, et participé au lancement de startups. Il était intéressant d’évoluer dans l’environnement de la tech, tout en apprenant, ici à Genève au sein du conseil d’administration, ainsi qu’à notre succursale de Dubaï, les bonnes pratiques de gouvernance.»

Intéressé par la production cinématographique durant ses jeunes années, il a travaillé à l’écriture de scénarios, avec un angle philosophique, avant d’évoluer progressivement vers les médias, dont la dimension du storytelling le fascine par sa capacité à changer les mentalités. Il a notamment fondé Karma, média en ligne économique et financier, qui privilégie les enjeux de durabilité et d’éthique dans les affaires. «Ayant exploré les manières d’apporter de l’inspiration et de l’espoir à l’humanité, j’ai cherché comment institutionnaliser ces valeurs et les ancrer dans le contexte de l’entreprise.» Il se dit ouvert à plus de transparence de la banque, qui ne publie pas à ce jour de rapport annuel.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante, spécialisée en économie et finance, et conseillère pour influenceurs et leaders d’opinion. Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque genevoise Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale". Elle obtient le prix Schweizer Journalist 2008. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle prédit que la fin du secret bancaire profitera à d'autres centres financiers. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin du billet vert comme monnaie de réserve, puis «La finance de l'ombre a pris le contrôle» en 2016.

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