Bilan

Un fonds mise sur les femmes CEO

Sélectionner des entreprises avec des femmes à leur direction plutôt que simplement au conseil d’administration favorise mieux la diversité, qui est source de performance.

  • Une femme CEO, telle Mary Barra à la tête de General Motors, double la probabilité de nommer une femme au poste de CFO.

    Crédits: Bill Pugliano/Getty Images
  • Soliane Varlet, gestionnaire de fonds chez Mirova, filiale de Natixis.

    Crédits: Dr

Soliane Varlet, gestionnaire de fonds chez Mirova, filiale de Natixis, gère depuis avril 2019 un fonds qui sélectionne des entreprises dont la direction est assurée par des femmes. Lors d’un récent passage à Genève, la gérante parisienne explique à Bilan sa démarche: «Nous n’avons pas choisi de nous en tenir aux entreprises ayant des femmes au conseil d’administration, mais de privilégier celles qui ont des femmes CEO, car c’est aux postes de direction que l’égalité se joue: une femme dans le top management est la meilleure illustration de l’engagement d’une société.» Le fonds qu’elle gère, le Mirova Women Leaders Equity Fund, a des objectifs de performance et d’impact (ISR) tout à la fois.

A l’heure où toutes les entreprises mentionnent dans leurs rapports combien la diversité est importante, Soliane Varlet sélectionne les groupes qui ne se contentent pas de simples paroles. Les critères recherchés par le fonds sont les entreprises ayant pour CEO une femme, au moins 30% de femmes au comité de direction, une femme CFO, et un pourcentage élevé de femmes qui ont des trajectoires d’ascension de carrière. Avoir des femmes au conseil d’administration ne garantit pas à lui seul une véritable politique d’égalité, estime Soliane Varlet. En France et en Norvège, les conseils suivent les prescriptions de la loi, qui imposent un quota de 40% de femmes, et cela n’aboutit pas forcément à avoir des femmes CEO pour autant. «C’est pourquoi on n’a pas misé sur les boards.» A l’inverse, elle explique qu’une femme CEO a deux fois plus de chances de nommer une femme CFO (directrice financière) qu’un homme. «Il y a des effets d’entraînement positifs.» Des groupes comme le français Engie, l’américain General Motors et l’italien Prada ont à leur tête des femmes à la fois CEO et CFO. La gérante de Mirova analyse aussi les politiques de diversité des groupes qu’elle sélectionne: l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, le travail flexible, les subventions de crèches, le congé paternité, le mentoring destiné aux femmes. «L’impulsion doit venir du top management, qui doit donner l’exemple.»

Vision à long terme

Miser sur des critères concrets permet de faire avancer les choses: «On entend parler du sujet de l’égalité tout le temps, mais lorsqu’on regarde les chiffres, il y a toujours d’énormes disparités», note Soliane Varlet, dont le fonds suit les objectifs de développement durable de l’ONU, où l’égalité des genres et l’avancement des femmes et des filles figurent en cinquième place.

S’agissant de la rentabilité du fonds, ce dernier n’a qu’un court historique. Sa performance atteignait 10% entre sa création (en avril) et décembre 2019, contre 12% pour le MSCI Monde. La gestionnaire souligne que la diversité est source de performance sur le long terme. «Il existe une corrélation entre la diversité dans le top management et une meilleure rentabilité de l’entreprise.» Elle cite en exemple un comité de direction qui serait composé exclusivement d’hommes blancs de plus de 50 ans, tous diplômés d’HEC ou d’écoles polytechniques: «Ils auront tous des idées et approches très similaires. Le fait d’avoir des femmes va diversifier le style de leadership et enrichir l’apport, la perspective, les décisions. La diversité vous permet de mieux représenter vos clients, cela relève du bon sens managérial.» Reste à croire aux bénéfices de la diversité, car pour l’heure, et malgré ces données, «les choses bougent quand même très peu», observe Soliane Varlet.

Mirova, société de gestion spécialisée dans l’investissement socialement responsable (ISR), a été fondée en 2012, avant de devenir une filiale de Natixis Investment Managers en 2014.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante, spécialisée en économie et finance, et conseillère pour influenceurs et leaders d’opinion. Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque genevoise Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale". Elle obtient le prix Schweizer Journalist 2008. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle prédit que la fin du secret bancaire profitera à d'autres centres financiers. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin du billet vert comme monnaie de réserve, puis «La finance de l'ombre a pris le contrôle» en 2016.

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