Bilan

UBS montrée du doigt dans la crise de Porto Rico

Le protectorat américain a remboursé les dettes qu’il devait au 1er juillet, mais l’horizon reste bouché. Les pratiques d'UBS sur l’île des Caraïbes sont critiquées.

Porto Rico se débat avec sa dette dont le niveau atteint 100% du produit national brut.

Crédits: wikimedia

“Porto Rico ne fait pas défaut à sa dette (pour l’instant)”. Tout est dans la parenthèse de ce titre d’un article publié mercredi sur cnn.com. L’île des Caraïbes a provisoirement évité une faillite comme Detroit en payant ses dettes au 1er juillet, mais les perspectives restent très sombres.

Le protectorat américain avait plusieurs échéances. Il devait 645 millions de dollars en obligations et 415 millions de dollars en obligations également pour sa compagnie électrique. Ces paiements ont été effectués. Porto Rico a aussi pu rembourser un prêt bancaire à court terme de 245 millions. Le problème reste néanmoins intact. Alejandro Garcia Padilla, le gouverneur de cette île populaire auprès des touristes américains, a affirmé cette semaine que Porto Rico ne pourrait pas payer ses dettes de plus de 72 milliards de dollars et les a qualifiées de “spirale de la mort”.

Comme la Grèce, Porto Rico cherche désespérément une sortie de crise. L’île de 3,6 millions d’habitants rêve de pouvoir se mettre en faillite, mais cette démarche n’est autorisée aux Etats-Unis que pour les villes et les municipalités. Un scénario à la Detroit reste donc exclu pour le paradis déchu des Caraïbes qui est en récession depuis une dizaine d’années.

Entre 2010 et 2013, 48 000 Portoricains ont quitté le protectorat pour aller s’installer aux Etats-Unis. Et comme Porto Rico n’est pas un Etat souverain, le gouvernement de l’île ne peut pas appeler le FMI à l’aide. Le gouverneur a rencontré hier les maires des principales villes de l’île. Objet des discussions: un plan des municipalités pour améliorer de 90% la récolte de la TVA.

Pendant que Porto Rico se débat avec sa dette dont le niveau atteint 100% du produit national brut, des voix s’élèvent aux Etats-Unis pour pointer du doigt le rôle d'UBS dans cette crise. La dette de l’île est émise sur le marché des obligations municipales dont les investisseurs privés sont très friands. UBS fut l’un des acteurs majeurs sur ce marché et de nombreux petits porteurs portoricains qui ont investi dans ces obligations municipales reprochent à la banque helvétique de les avoir induits en erreur et la poursuivent en justice.

“UBS a été le courtier de beaucoup d’obligations du gouvernement de Porto Rico”, clame Steven Toskes, un avocat chez  Klayman & Toskes en Floride qui représente de nombreux petits porteurs. “Elle plaçait ces obligations dans des fonds fermés, non cotés en bourse qu’elle contrôlait. Et elle les vendait ensuite comme des placements peu risqués”.

Déficit plus important que prévu 

En mai, UBS a été condamnée à racheter pour un million de dollars le portfolio en obligations de l’un de ses investisseurs âgé de 66 ans. Dans le raisonnement accompagnant son verdict, le gendarme des marchés boursiers à Porto Rico a critiqué les pratiques de la banque suisse. Ce jugement donne espoir aux clients de Steven Toskes et de Jake Zamansky, un autre avocat new-yorkais représentant les intérêts de nombreux clients portoricains de l’UBS.

De leur côté, Thomas McLoughlin et Kristin Stephens, deux analystes de l’UBS, ont mis mercredi les investisseurs en garde en leur conseillant de diversifier leurs placements même si les prix des obligations portoricaines “peuvent avoir l’air attractifs”. ”Nous sommes sceptiques sur la capacité du Commonwealth à résoudre rapidement ses défis financiers, affirment-ils. Nous nous attendons à une route longue et litigieuse.”

Anne Krueger, une ancienne économiste du FMI, a publié mardi un rapport indépendant sur la situation de Porto Rico. Elle note que le déficit de l’île est bien plus important que prévu. Elle recommande au gouvernement portoricain de faire d’importantes réformes pour faire notamment baisser les coûts du travail et de tenter de restructurer sa dette. Elle conclut que ces mesures peuvent paraître “intimidantes”, mais qu’elles sont “urgentes”.

Jean-Cosme Delaloye

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