Bilan

UBS et Credit Suisse? «C’est une fake news»

«Cela fait vingt ans qu’il y a des rumeurs», affirme Axel Lehmann, qui quittera fin janvier ses fonctions de président d’UBS Switzerland. La banque s’oriente toujours plus vers le digital.

Axel Lehmann: «Nos clients ont utilisé massivement l’e-banking et le mobile banking d’UBS.»

Crédits: Markus Bertschi

La pandémie du Covid-19 n’a pas affecté toutes les industries de la même façon. Alors que certains secteurs comme le tourisme ou l’aviation ont été frappés de plein fouet, d’autres ont su tirer leur épingle du jeu. C’est le cas notamment du domaine bancaire qui, avec des volumes de transaction et une masse sous gestion qui ont fortement augmenté, a enregistré de très bons résultats en 2020. Interview d’Axel Lehmann, président d’UBS Switzerland.

Est-ce que 2020 a été une bonne année pour UBS?

Sur les trois premiers trimestres, UBS a progressé dans tous les domaines (voir tableau ci-contre, ndlr). Nos performances ont été très bonnes, notamment au niveau de la croissance des hypothèques, des prêts, ainsi que des activités bancaires de la clientèle. Mais cette crise a aussi eu un effet négatif sur les banques, avec, par exemple, des pertes sur les crédits. Du fait des normes comptables IFRS, les grandes banques globales comme UBS ont absorbé ces pertes cette année, alors que d’autres banques les comptabiliseront sur le prochain exercice. Durant le confinement du printemps, nous avons aussi enregistré une très forte baisse de l’utilisation des cartes de crédit, en particulier sur les achats à l’étranger.

UBS Suisse a versé plusieurs milliards de prêts Covid garantis par la Confédération. Comment avez-vous réagi à ces demandes?

Cela a d’abord été un défi incroyable pour toutes les banques. En quelques jours, UBS Suisse a reçu plus de 10 000 demandes de crédit de la clientèle. Nous avons pu y répondre très rapidement. A l’heure actuelle, nous avons ouvert 3,2 milliards de lignes de crédit. Mais seulement 55% de ces crédits ont été utilisés, qui correspondent toutefois à 20% des crédits totaux versés en Suisse. Cela démontre une certaine stabilité et une réelle force de nos PME helvétiques.

Craignez-vous toutefois des faillites de commerces et d’entreprises?

La Suisse va sûrement mieux s’en sortir que les autres pays, même s’il y aura certainement à terme une augmentation des faillites. Cette année, le pays va enregistrer une forte récession économique, de 3,2%. L’an prochain, nous pouvons espérer une croissance de 3,6%, qui restera en deçà du niveau de 2019.

Quelles ont été les conséquences directes de cette crise sur UBS Suisse?

Premièrement, nous avons observé une volonté des entreprises de renforcer leurs relations avec UBS, qui était là pour les aider au niveau du service et via son expertise. Nous avons également constaté une augmentation de l’utilisation de nos prestations digitales comme Twint ou l’intégration en ligne de nouveaux clients (plus de 70% de téléchargements de l’application par rapport à l’an dernier). Nos clients ont par ailleurs utilisé massivement l’e-banking et le mobile banking d’UBS. Nous avons comptabilisé plus de 160 millions de logins, soit plus de 50% de hausse sur un an. Il y a un réel changement de comportement de la clientèle.

UBS développe de plus en plus son offre digitale, avec notamment la possibilité aujourd’hui d’ouvrir un compte ou de souscrire une hypothèque directement en ligne. Pourriez-vous fermer de petites agences?

Durant la crise, nous avons observé deux phénomènes: l’augmentation de la digitalisation des services et de l’utilisation de ces services en ligne, mais aussi l’importance d’avoir une relation personnelle avec nos conseillers. Nous allons donc continuer à nous occuper de nos clients tout en augmentant nos offres digitales. Quant aux agences, oui, nous ajustons en permanence notre réseau. Nous en avions 267 en début d’année et nous en aurons 240 à la fin 2020. Mais cela va de pair avec l’évolution des modes de vie et de consommation de nos clients.

En parlant justement des offres en ligne que vous développez, craignez-vous la concurrence des néobanques, de la finance digitale, des applications financières asiatiques comme WeChat et WePay qui prennent beaucoup de parts de marché aux banques?

C’est une nouvelle concurrence qui est saine, car elle nous pousse à nous transformer afin de répondre au mieux aux demandes de nos clients. Par exemple, nous proposons déjà une carte de crédit extrêmement compétitive pour concurrencer les cartes des néobanques. Nous allons lancer des cartes virtuelles l’an prochain. Nous continuons à innover dans toutes nos offres digitales, c’est le challenge de la banque ces prochaines années.

Sachant que 70% des femmes confient à leurs partenaires la gestion de leurs UBS entend attirer une clientèle plus féminine avec la création de la Women’s Wealth Academy. Est-ce que cette plateforme financière destinée aux femmes rencontre le succès escompté?

Oui, car les femmes gèrent de plus en plus la fortune de la famille ou leur propre fortune. Nous voulions leur offrir une plateforme pour les aider à gérer leur argent. Cela montre aussi qu’il existe des véritables changements de comportement au sein de la société.

La durabilité est aussi au cœur des préoccupations de la population suisse. Quelle est la politique d’UBS en matière de finance durable?

Pour la sixième année consécutive, le groupe UBS a gagné le titre de numéro un mondial dans le domaine des services financiers durables décerné par l’indice Dow Jones Sustainability. Depuis la crise de 2008, nous avons investi massivement dans la finance durable. Sur l’exercice 2019, les placements durables ont totalisé 490 milliards de dollars. Soit 13% de la masse sous gestion alors que nous étions à 5% il y a quatre ans. Nous avons ainsi triplé ce montant. Nous conseillons également à tous nos clients d’investir dans des produits durables et éthiques qui sont désormais notre approche privilégiée. C’est une manière de protéger l’environnement tout en réalisant des investissements financiers intéressants.

Quels sont les objectifs d’UBS Suisse en 2021?

Cette année, nous n’avons et n’allons procéder à aucune restructuration majeure, ni à aucun licenciement de masse. En 2021, nous voulons continuer à être présents sur le marché et accélérer nos offres digitales.

Pouvez-vous dire un mot sur la rumeur de fusion entre UBS et Credit Suisse?

C’est clairement une «fake news». Cela fait vingt ans qu’il y a des spéculations et des rumeurs à propos d’UBS et d’une fusion éventuelle.

Vous quittez vos fonctions de président à fin janvier 2021 et serez remplacé par Sabine Keller-Busse. Pourquoi partir maintenant?

Nos résultats opérationnels sont excellents, notre clientèle croît de façon significative. Et nous venons d’engager un projet d’amélioration et de transformation qui doit durer plusieurs années. Pour toutes ces raisons, c’est le bon moment de passer la main à des forces nouvelles. Afin d’assurer une transition en douceur, je resterai d’ailleurs à la disposition de la banque jusqu’à fin juillet.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Depuis 2010, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est depuis 2019 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

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