Bilan

Très attendue sur ses projets 2017, la BCE maintient le statu-quo

La Banque centrale européenne (BCE) n'a apporté aucune modification à ses taux directeurs et n'a pas non plus touché au "QE", son vaste programme de rachats de dettes.

Le patron de la BCE va devoir "expliquer de manière aussi pédagogique que possible pourquoi le conseil ne va plus bouger à court terme".

Crédits: AFP

La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu intacte jeudi sa politique monétaire très interventionniste, mais son président devra préciser ses intentions futures au moment où l'économie semble gagner en tonus.

Le conseil des gouverneurs, auquel siègent six directeurs et les 19 gouverneurs des banques centrales nationales de la zone euro, n'a apporté aucune modification aux taux directeurs de l'institution monétaire.

Il n'a pas non plus touché au "QE", son vaste programme de rachats de dettes, qui avait été prolongé le mois dernier jusqu'en décembre.

Les analystes n'attendaient aucune nouvelle intervention ce mois-ci, mais l'attention sera focalisée sur le président de la BCE Mario Draghi, qui s'exprimera devant la presse à partir de 13H30 GMT.

Cette intervention s'annonce "particulièrement exigeante pour Draghi", anticipe Jesus Castillo, économiste chez Natixis, alors que de plus en plus d'observateurs - principalement en Allemagne - s'inquiètent des effets négatifs à long terme d'une politique monétaire très accommodante et appellent la banque centrale à réduire la voilure.

Le patron de la BCE va devoir "expliquer de manière aussi pédagogique que possible pourquoi le conseil ne va plus bouger à court terme", et ce même si les derniers indicateurs suggèrent une embellie économique en zone euro, ajoute M. Castillo.

Incertitudes politiques 

Début décembre, les banquiers centraux s'étaient inquiétés d'une inflation toujours faible, ainsi que des conséquences encore incalculables du Brexit britannique et de l'élection du nouveau président américain Donald Trump, chantre du protectionnisme.

Dans ce contexte et malgré des perspectives économiques légèrement meilleures, la BCE avait étendu son vaste programme de rachat de dettes publiques et privées lancé début 2015, qui prévoyait d'acquérir pour 80 milliards d'euros de titres tous les mois jusque fin mars.

Passée cette date, l'institut poursuivra ses rachats jusque fin décembre, au rythme toutefois de 60 milliards d'euros par mois. Un dispositif qui s'ajoute à des taux directeurs à un plus bas historique et à des prêts géants gratuits en faveur des banques.

Selon des statistiques récentes, les prix à la consommation en zone euro ont bondi de 1,1% sur un an en décembre, après un gain de 0,6% en novembre, et devraient grimper encore plus fortement ces prochains mois, anticipent les analystes, ce qui constitue une bonne nouvelle pour la BCE, qui vise une inflation légèrement inférieure à 2%.

Mais cette progression est surtout due à la seule remontée des cours du pétrole et masque de profondes disparités: si l'inflation a progressé à 1,7% en décembre en Allemagne, elle n'a en revanche montré aucune vigueur en Grèce ou en Italie.

Une situation qui menace de virer au casse-tête pour la banque centrale, tiraillée entre des appels à en faire davantage et à en faire moins.

Colère des épargnants allemands 

M. Draghi "va vraisemblablement insister sur le fait que la BCE maintiendra sa politique jusqu'à ce qu'elle soit sûre que l'inflation en zone euro revient de manière durable vers son objectif", estime Howard Archer, du cabinet IHS Markit.

Les fortes incertitudes, notamment politiques, qui pèsent sur les perspectives de croissance en 2017 "devraient également l'encourager" à ne pas baisser la garde trop tôt, juge M. Archer.

"Si les indicateurs continuent à s'améliorer, les appels à en faire moins vont devenir plus pressants", estime toutefois Ben May, chez Oxford Economics.

En Allemagne notamment, les très faibles taux d'intérêts provoquent la colère des épargnants qui s'affolent de voir leurs placements rapporter de moins en moins. Et le récent bond de l'inflation fait craindre une évaporation pure et simple d'une partie de leurs économies.

La banque centrale veut toutefois éviter qu'une réduction prématurée de ses aides ne vienne gripper la reprise en zone euro, au moment où plusieurs échéances électorales clés sont attendues en France, aux Pays-Bas, Allemagne et probablement en Italie.

M. Draghi va probablement prendre acte des progrès récents de l'économie tout en "minimisant les craintes sur l'inflation et en calmant les appels à une sortie accélérée" de sa politique, anticipent les analystes de UniCredit.

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